Toujours prêt!

C’est une histoire que j’ai déjà rapidement racontée sur Twitter (pléonasme) mais je crois que ça vaut le coup de me répéter.

J’ai croisé un très gentil monsieur d’un certain âge qui voulait être « toujours prêt le matin ». Attention, soyons bien clairs, il n’avait pas de problème du tout, mais il voulait quand même être « toujours prêt le matin ». Au cas où.

Il ne souhaitait pas non plus prendre un comprimé « juste avant » (même quelques heures).

Il voulait juste prendre un truc régulièrement pour être « toujours prêt le matin ».

Alors il est allé sur internet pour rechercher une pilule miraculeuse digne de St Servier.

Là, vous pouvez déjà toucher du bout du doigt, si j’ose dire, le paradoxe du patient. Il préfère prendre un truc bizarre déniché sur internet tous les jours plutôt que de prendre un médicament raisonnablement sûr, une fois avant d’honorer Madame, c’est à dire probablement pas très souvent.

Oui, mais, il voulait juste prendre un truc régulièrement pour être « toujours prêt le matin »…

Rien que cela montre la quasi inutilité des messages de prévention que l’industrie pharmaceutique et les professionnels de santé font passer très régulièrement sur les risques à avaler des pilules achetées sur internet.

Ces messages s’adressent au cerveau, il faudrait qu’ils s’adressent au roi Kiki, qui s’assied sur la rationalité et le bon sens (belle image, non?).

Le patient (à l’époque il n’en était pas encore un) n’a pas mis bien longtemps avant de googler ça:

Kiki ne s’est pas mis à être du matin pour autant, mais le patient a présenté une fatigue grandissante et des douleurs un peu diffuses. Il a néanmoins continué à prendre consciencieusement ses pilules pendant 6 mois.

Second paradoxe du patient, il aurait présenté un dixième de ces effets secondaires, quarante-trois secondes après la première prise d’un médicament qui lui prolongerait la vie, il se serait rué le lendemain matin même au cabinet afin de le faire arrêter sur-le-champ (et il aurait jeté un sort à son médecin avec un regard mauvais, tout en crachant par terre).

Mais Kiki commande et fait accepter beaucoup de choses.  

Puis il a fait une embolie pulmonaire (le patient, pas Kiki), et a failli en mourir. Pire, il a failli survivre avec des séquelles terribles. Ben finalement non, il s’en sort comme un charme.

A force de se les toucher, il s’est mis à avoir de la chance.

Je ne sais absolument pas si il y a un lien de causalité entre la prise de ces pilules et l’embolie pulmonaire, ni même ce qu’elles contenaient effectivement. Je présume (et j’espère) que le centre qui l’a pris en charge initialement s’est chargé de les faire analyser.

Si tu achètes des pilules sur internet, ton kiki, y risque de se paralyser, de devenir tout froid, puis de tomber!

C’est clair, là ??

Industriels et associations de patients : vers des liens plus transparents

La HAS a publié récemment les chiffres 2010 des aides déclarées par l’industrie pharmaceutique aux associations de patients.

L’industrie pharmaceutique a déclaré avoir versé 5 millions d’euros à 360 associations. Je ne reviendrais pas sur l’intérêt mutuel d’un tel partenariat.

Je vais plutôt vous montrer comment optimiser l’utilisation de l’outil mis en place par la HAS.

Jusqu’à présent, les données étaient colligées dans un ficher excel à mon avis bien peu ergonomique.

Puis j’ai découvert cette page, et là, l’extraction des données devient simplissime. Prenons deux exemples pour illustrer mon propos.

Voyons voyons, quelles associations je pourrais bien choisir, euhhhh…

Euuuuuhh, je ne fréquente pas trop les associations de patients, veuillez pardonner mon hésitation.

Ah, oui, prenons les deux associations dont un représentant siège au Codeem dans le collège des parties prenantes:

  • Association Française des Diabétiques (le représentant en est le trésorier)
  • Action contre les spondylarthropathies

Dans l’onglet « Sélectionner une fédération », choisissez Association Française des Diabétiques, et vous tombez sur cette page. 321821€, beau score.

Dans l’onglet « Sélectionner une association »; choisissez Action contre les spondylarthropathies, et vous tombez sur cette page. 14000€.

Facile, non?

Par miracle, ni Genopharm, ni Riemser, les deux protagonistes du seul dossier instruit tambour battant par le Codeem à ce jour, font partie des généreux donateurs de ces deux associations. Leurs représentants n’ont donc pas eu à quitter la salle et boire un café au distributeur du fond du couloir durant les débats.

Ah oui, une chose encore, hasard total, je suis récemment tombé sur la déclaration d’intérêt des membres du Codeem publiée par le Leem, notamment celle de nos deux représentants.

La transparence avance, merci la HAS et le Codeem!

Casser la graine

Un petit monsieur sec, à la chevelure blanche bien apprêtée, il me dira plus tard être coiffeur retraité, vient de rentrer dans ma salle de consultations. Il vient pour une tension artérielle totalement déstabilisée. Il est pris en charge par son médecin traitant qui l’a finalement envoyé voir une consœur cardiologue la semaine avant notre consultation.

Il souhaitait avoir un deuxième avis. J’ai accepté de le voir car c’est le copain du beau-père d’un copain médecin (nous sommes à Marseille, je vous le rappelle). Je n’aime pourtant pas trop ce genre d’infidélités, et j’aime encore moins gérer les hypertensions artérielles #mercrediconfession )

Il a été sous Aprovel, puis Co-Aprovel, puis Lercan, seuls ou en association. La consœur l’a mis en désespoir de cause sous Coveram 5/5 (St Servier, patron des causes perdues…).

Sa tension artérielle, retrouvée à ma consultation reste toujours à 170/80. J’ai jeté un coup d’œil rapide à ses artères rénales, et je n’ai retrouvé aucune anomalie en faveur d’une hypertension reno-vasculaire. Il est un peu stressé, mais sans plus.Petit coup d’œil au cœur, aux carotides, rien de terrible.

Je braque alors ma lampe sur le visage du patient et débute ce qui m’occupe le plus de temps dans ce genre de consultation, la recherche du régime hypersalé. Je tourne autour du bonhomme en posant plusieurs fois les mêmes questions en variant la forme, je joue au bon flic et au méchant flic…

Au bout de quelques minutes, je n’ai pas trouvé de faute diététique bien nette (un jour, j’ai fait avouer à un breton expatrié qu’il consommait 250g de beurre demi-sel par jour). De fait, le patient est particulièrement sec, ce qui me confirme qu’il mange plutôt frugalement. Et j’ai passé en revue l’alimentation industrielle, les anchois, le beurre salé, donc, l’eau minérale…

C’est alors qu’IL pose LA question: Dites, les graines de courge, que je prends pour la prostate, ça compte?

Euh ben euh… Pourquoi, elles sont salées?

Euh, oui.

Et vous en prenez combien?

Environ 1 kilo par mois.

C’était il y a 1 mois. Je lui ai demandé d’arrêter ces fameuses graines de courge, et le kilo de cacahuètes qu’il se mangeait en plus chaque mois.

Je l’ai revu il y a quelques jours. Il a 110/70 sous Coveram 5/5 (je n’ai pas changé ce traitement instauré peu avant la première consultation).

Aucun des deux confrères ne lui avait même évoqué le problème qu’est le sel dans l’HTA.

Il aurait fait un bon candidat pour la dernière molécule/association révolutionnaire, ou une dénervation, non?

Mouhahahahahahahahaha!


Un médecin au cimetière (2)

Finalement, cette note, c’était un ramassis de conneries.

Enfin, pas totalement non plus.

Disons que c’était une vision très théorique d’une situation que je n’ai vécue qu’aujourd’hui.

Et tout le monde sait que de la théorie à la pratique…

Je me suis rendu à la cérémonie religieuse célébrant le départ d’un médecin-patient (ou patient-médecin, selon l’humeur).

La petite église était pleine, j’y ai croisé pas mal de mes patients que le bon Docteur avait mis au monde. Il faisait de la scopie à tout va au cabinet. Ce médecin généraliste faisait définitivement partie d’un monde révolu.

L’élégie du fils à été très juste, très émouvante. Le bon Dr était un cancre (j’ai pensé à toi, Stéphane, d’autant plus que c’était un grand copain du vieux pharmacien), il est rentré dans la Résistance puis a eu une longue et prolifique carrière. Plus important que toute autre chose à mes yeux, il est encore aimé de ses anciens patients. Puis il a fait de l’humanitaire et une péritonite a bien failli avoir sa peau au fin fond de l’Afrique. Finalement, c’est autre chose qui a eu sa peau, bien des années après, et c’est moi qui lui ai fermé les yeux.

Notre premier adieu, intime, a été difficile, tant j’ai perdu avec lui. Il représentait pour moi le côté humain de notre métier. Il n’avait pas les techniques et les connaissances qui sont et seront à notre disposition, mais il soignait avec son cœur, et ça, nous le perdons par manque de temps, trop occupés que nous sommes à faire des chiffres pour la HAS, la T2A, et parfois pire que tout, pour faire du chiffre tout court. Je ne regrette pas le moins du monde le passé, la médecine de papa. Mais si au moins nous pouvions conserver les choses bonnes, et arrêter de faire semblant (« remettre le patient au centre de son projet thérapeutique »…).

Si vous me permettez une anecdote qui n’a pas été rapportée ce jour, mais qui me paraît très significative: il ne supportait pas l’autre spécialiste qui s’occupait de lui, car « elle ne le touchait pas ». Derrière cette remarque qu’il laissait interpréter librement d’un oeil pétillant, se cache le constat d’une vérité plus profonde. Je suis certain qu’il aurait adoré ce billet de Jaddo.

Il a bien vécu, même très bien. Son train de vie avait bien peu de rapport avec celui des généralistes d’aujourd’hui. Et incroyablement, il ne me semble pas qu’il en ait éprouvé la moindre honte, ni même que personne n’ait imaginé le lui reprocher. Une époque révolue, je vous dis.

Je craignais le second adieu, le monde, la cérémonie sociale, de ne pas être à ma place, de revoir ses proches, maintenant qu’il nous faudrait parler de lui au passé et que mon rôle était échu.

Patients, confrères, proches, nous lui avons tous rendu un hommage discret, sincère et émouvant.

Nous nous sommes beaucoup remémorés.

Et j’étais content d’être là, pour lui.