La décision

C’est l’histoire d’une dame qui a décidé de ne pas se faire opérer car elle se sent âgée. Ce n’est pas tant qu’elle a peur de l’intervention, mais elle ne souhaite tout simplement pas prolonger sa vie au-delà de ce que le destin lui a alloué. Cette toute jeune octogénaire plutôt pimpante n’a aucun handicap ni morbidité évidente susceptible de  diminuer son espérance de vie.

Elle a parlé de sa décision avec son époux, ses enfants, et même si ils n’approuvent pas sa décision, elle s’y tiendra.

Je l’ai adressé à un ami qui a confirmé l’indication chirurgicale, et lui a parlé des options thérapeutiques.

Il a culpabilisé devant le refus de la patiente. Moi aussi. Ai-je été assez clair sur les enjeux de cette intervention? N’aurais-je pas pu être plus persuasif? Je pense que nous nous sommes posé les mêmes questions.

Hier, j’ai essayé de me mettre à la place de la patiente, d’oublier Kaplan-Meyer et d’oublier l’affection que j’ai pour elle. Cela n’a pas été simple.

Je me suis vu lui dire que je l’accompagnerai jusqu’au bout, en me souvenant du mantra de Jean Léonetti : Je ne t’abandonnerai pas. Je ne te laisserai pas souffrir. Je ne te prolongerai pas de manière anormale.

Elle s’est éclairée quand je lui ai dit ça. C’était poignant.

Et quand les premiers symptômes apparaitront?

Nous verrons, a-elle répondu.

Nous verrons cela, ensemble.