La décision

C’est l’histoire d’une dame qui a décidé de ne pas se faire opérer car elle se sent âgée. Ce n’est pas tant qu’elle a peur de l’intervention, mais elle ne souhaite tout simplement pas prolonger sa vie au-delà de ce que le destin lui a alloué. Cette toute jeune octogénaire plutôt pimpante n’a aucun handicap ni morbidité évidente susceptible de  diminuer son espérance de vie.

Elle a parlé de sa décision avec son époux, ses enfants, et même si ils n’approuvent pas sa décision, elle s’y tiendra.

Je l’ai adressé à un ami qui a confirmé l’indication chirurgicale, et lui a parlé des options thérapeutiques.

Il a culpabilisé devant le refus de la patiente. Moi aussi. Ai-je été assez clair sur les enjeux de cette intervention? N’aurais-je pas pu être plus persuasif? Je pense que nous nous sommes posé les mêmes questions.

Hier, j’ai essayé de me mettre à la place de la patiente, d’oublier Kaplan-Meyer et d’oublier l’affection que j’ai pour elle. Cela n’a pas été simple.

Je me suis vu lui dire que je l’accompagnerai jusqu’au bout, en me souvenant du mantra de Jean Léonetti : Je ne t’abandonnerai pas. Je ne te laisserai pas souffrir. Je ne te prolongerai pas de manière anormale.

Elle s’est éclairée quand je lui ai dit ça. C’était poignant.

Et quand les premiers symptômes apparaitront?

Nous verrons, a-elle répondu.

Nous verrons cela, ensemble.

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

3 thoughts on “La décision”

  1. Je me suis souvent posé la question de savoir quelle serait ma décision si j’ étais confronté à un choix similaire. Une chose est sûre : plus j’avance en âge, plus je penche pour un choix identique à celui de la dame en question.

  2. Bonjour
    J. M. Vailloud pose le doigt sur un point douloureux. Il risque de se poser une question lancinante « Pourquoi n’ai-je pas trouvé les mots qui m’auraient permis de convaincre ma patiente ? »
    Je reste sur ses plates-bandes en suggérant aux internautes la lecture du texte suivant publié sur GérontoLiberté, site animé par le Dr Pradines, gériatre :
    http://free.geriatrics.overblog.com/2014/12/ne-pas-changer-la-pile-d-un-pacemaker-suicide-medicalement-assiste-euthanasie-ou-ni-l-un-ni-l-autre.html

    En fait, comme la législation reconnait au patient le droit de refuser ou d’interrompre un traitement le praticien se retrouve ici dans la même situation que devant des directives anticipées. La patiente étant en pleine possession de ses capacités intellectuelles elle peut imposer sa décision. Dans le cas inverse la situation serait loin d’être simple, voir, toujours sur GérontoLiberté : http://free.geriatrics.overblog.com/2015/04/directives-anticipees-aux-usa-advance-directives-portee-et-limites.html

  3. les premiers cas sont difficiles, après l’habitude du contrat thérapeutique et du libre choix du patient rend tout naturel, hélas demeurent georgio le fils maudit vivant en australie arrivant prémortem vous casser la figure et surtout les cons frères culpabilisant l’entourage si croisant le malade aux temps d’orage…

Laissez une réponse

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s