La ville musée

J’ai profité d’une petite escapade sur Paris pour faire mon touriste de base et visiter quelques expositions.

A tout seigneur tout honneur, le Louvre. Je suis allé revoir tous ceux que j’aime, Vermeer, Rembrandt, van Eyck, de La Tour, Vinci (pas le parking…)… Je suis aussi allé dire bonjour au somptueux Code d’Hamm(o)urabi.

En 1750 av J-C, on se préoccupait déjà des honoraires et des sanctions disciplinaires des médecins:

215. Si un médecin a traité un homme d’une plaie grave avec le poinçon de bronze, et guéri l’homme, s’il a ouvert la taie d’un homme avec le poinçon de bronze, et a guéri l’œil de l’homme, il recevra dix šíqil d’argent.

216. S’il s’agit d’un mouchkînou , il recevra cinq šíqil d’argent.

217. S’il s’agit d’un esclave d’homme libre, le maître de l’esclave donnera au médecin deux šíqil d’argent.

218. Si un médecin a traité un homme libre d’une plaie grave, avec le poinçon de bronze, et a fait mourir l’homme, s’il a ouvert la taie de l’homme avec le poinçon de bronze, et a crevé l’œil de l’homme on coupera ses mains.

219. Si un médecin a traité d’une plaie grave l’esclave d’un mouchkînou, avec le poinçon de bronze, et l’a tué, il rendra esclave pour esclave.

220. S’il a ouvert la taie avec le poinçon de bronze, et a crevé l’œil, il payera en argent la moitié de son prix.

221. Si un médecin a guéri un membre brisé d’un homme libre, et a fait revivre un viscère malade, le patient donnera au médecin cinq šíqil d’argent.

222. Si c’est un fils de mouchkînou , il donnera trois šíqil d’argent.

223. S’il s’agit d’un esclave d’homme libre, le maître de l’esclave donnera au médecin deux šíqil d’argent.

224. Si le médecin des bœufs ou des ânes a traité d’une plaie grave un bœuf ou un âne, et l’a guéri, le maître du bœuf ou de l’âne donnera au médecin, pour son salaire, un sixième (de šíqil?) d’argent.

225. S’il a traité un bœuf ou un âne d’une plaie grave et causé sa mort, il donnera le quart de son prix au maître du bœuf ou de l’âne.

226. Si un chirurgien, à l’insu du maître de l’esclave, a imprimé une marque d’esclave inaliénable, on coupera les mains à ce chirurgien.

227. Si un homme a trompé un chirurgien, et si celui-ci a imprimé une marque d’esclave inaliénable, on tuera l’autre et on l’enterrera dans sa maison ; le chirurgien jurera : « je ne l’ai pas marqué sciemment », et il sera quitte.

Hormis les deux articles (224 et 225) qui concernent les vétos, vous remarquerez que le préoccupations de la société vis à vis des médecins ne sont pas très différentes des nôtres, un peu plus de 3700 ans plus tard: accès aux soins, réparation d’un préjudice… Pour ceux qui veulent approfondir, je vous conseille vivement de visiter ce fabuleux site pour lire les commentaires de cette traduction que j’ai copiée (Jean-Vincent Scheil-1904-).

Je suis passé rapidement voir l’expo temporaire sur les dernières années de Raphaël (je ne suis pas fan). Au début, je croyais que c’était une rétrospective sur le chanteur (pas fan non plus)…

Petite visite à Notre-Dame, que je n’avais visitée. Le tourisme de masse y étouffe presque toute spiritualité.

Second Musée, dont je n’avais jamais vu les collections permanentes, le Centre Pompidou. J’y suis allé pour l’expo Abdessemed, et surtout Décor.

L’expo est toute petite, je n’ai pas de souvenirs bien nets autres que les 4 Christs de Décor. J’ai été tellement impressionné que j’ai oublié de prendre une photo. Vous en trouverez ici et ici.

Un seul regret, de ne pas avoir pu aller voir Décor à Issenheim, quand il était à côté du retable qui a inspiré Abdessemed. Je ne suis pas un grand intellectuel, mais le travail sur l’anatomie du Christ, rendue avec du fil de fer barbelé, m’a coupé le souffle.

J’ai donc aussi découvert les collections permanentes.

J’ai retenu quelques œuvres pour des raisons diverses:

Chapter de Robert Ryman (1981)

ikb 3, monochrome bleu de Yves Klein (1960)

La vibration produite par ce bleu est tout à fait incroyable. Je comprends mieux la notion de persistance rétinienne dans l’œuvre de Klein. Aucune reproduction ne peut rendre cela (une illustration caricaturale ici). Il faut le voir pour le croire.

Ghost de Kader Attia (2007)

Ce sont des formes humaines en position de prière, moulées par du papier alu alimentaire. Le cliché ne rend pas l’émotion (l’impermanence de l’œuvre/des hommes?). Je crois que ce qui est impressionnant est le mouvement du papier alu quand on marche à côté et l’envie difficilement répressible de faire d’une forme une grosse boule. Si vous allez voir Ghost, vous comprendrez ce que je veux dire.

La vie, si fragile et pourtant polarisée par le néant.

Pan sur le bec du canard qui cause d’un pigeon

Le Canard de mercredi dernier fait une allusion au mouvement de grogne de certains médecins concernant la loi sur les dépassements d’honoraires:

Une coloscopie de la vésicule biliaire

Voilà un acte qui doit être techniquement difficile et qui justifie à lui seul un tel dépassement.

Imaginez en plus de l’examen habituel que tout le monde fait, la remontée intégrale du grêle, l’intubation de la papille, la périlleuse remontée du cholédoque et du canal cystique, le tout avec un une sonde de coloscopie.

Dans le même geste, on pourrait pas aussi dénerver une HTA?

Le cul-de-sac de Douglas

J’ai reçu aujourd’hui le Cul-de-sac de Douglas Kennedy, de la part d’un(e) inconnu(e).

J’ai fait des recherches extensives parmi mes proches, sans succès.

J’espère seulement ne pas faire d’impair en ne voyant pas qui aurait pu m’envoyer ce bouquin!

J’assume ma démence débutante, et je tiens à remercier mon/ma bienfaiteur/bienfaitrice dans le cas probable qu’il/elle lise ce blog.

Je suis très touché par ce cadeau, merci du fond du cœur!

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Les patients aussi, ont leurs coquilles vides…

Depuis peu, mon compte Twitter a un nouvel abonné, @journalpatients ,le compte du site web « Le journal des patients: premier site d’informations par maladie destiné aux patients et à leurs proches » .

Premier en terme d’audience, ou en terme chronologique? (Entrepatients.net date au moins de 2010.)

Comme je suis curieux, j’ai regardé qui ils étaient. A cette heure, ils ont oublié de remplir leur section « à propos » .

La section « mentions légales » est un peu plus explicite, ce sont des lyonnais! Hasard rigolo, leur quartier est celui de mes jeunes années de médecine (place Guichard, Préfecture, le nouveau palais de justice…).

Youpi, salut les copains!

Je suis tombé sur leur article sur le fingolimod, le Gilenya®, un nouveau traitement de la sclérose en plaques (SEP).

Je ne suis pas un grand connaisseur de ce traitement, ni ce cette maladie, mais j’en ai pas mal entendu parler.

D’abord, contrairement à ce qui est écrit dans l’article, cette molécule est commercialisée depuis le 16 décembre 2011 (l’ANSM a aussi fait une petite coquille dans le texte). Comme vous pouvez le constater, cette molécule est sous surveillance renforcée pour des problèmes cardio-vasculaires graves (ça, je connais).

Dommage que cet article n’y fasse aucune mention, ça me semble être un détail important pour le patient qui le lirait et qui pourrait être séduit par l’expression « efficacité prouvée ». Malheureusement, tout n’est pas si simple, et il n’y a pas que des bénéfices à prendre un traitement. D’où la notion de balance risques/bénéfices.

Le 3 avril dernier (un temps infini, à l’échelle d’internet), l’ANSM avait émis cette lettre aux professionnels de santé, afin de les informer sur la nécessité d’une surveillance renforcée.

D’ailleurs, en pratique, c’est ce qui est fait, je vois passer de telles consultations:

Sur la même page de cet article « informatif », se trouvent aussi des publicités contextuelles insérées par AdSense, la régie publicitaire de Google:

Et là, ça me gène beaucoup plus. Je ne suis pas certain que le rapport risques/bénéfices de ces méthodes de traitement de la SEP aient été scientifiquement évaluées.

Pourtant, dans la rubrique « Associations » , on trouve du beau monde, des associations reconnues de patients, par exemple l’association « Vivre sans sa thyroïde » .

Ces associations sont-elles partenaires du site? L’endossent-elles?

Par contre, ce site est partenaire avec un site communautaire dédiés aux patients, touspatients.com. Ça tombe bien, les deux sont publiés par la même société lyonnaise.

Je me suis inscrit, c’est un peu vide pour l’instant, mais je pense que comme leurs homologues, les sites communautaires spécifiques aux professionnels de santé, ils viennent juste de commencer, et donc que c’est normal…

On peut notamment y déclarer l’effet secondaire d’un médicament.

Ils transmettent cette déclaration à l’ANSM (et à l’industrie)… après que « L’équipe médicale de Tous Patients analyse votre déclaration et fait des recherches bibliographiques sur votre cas »

😯

Pourquoi ne pas avoir fait un lien direct avec la page dédiée de l’ANSM, qui est certes aussi ergonomique qu’un tracteur soviétique, mais qui est le seul interlocuteur validé?

(Question faussement naïve).

Je suis allé jeter un œil dans la section « médicaments pour la sclérose en plaques », et là-aussi, la proximité avec des publicités pour des méthodes « thérapeutiques » particulièrement discutables me pose un réel problème:

Chez entrepatients.net, l’ambiance est un peu différente. On y trouve de la pub pour des cartouches d’imprimante, les informations commerciales sur des spas sensationnels et même une base de données sur les médicaments, fournie par la BCB:

Chacun remplit une sorte de questionnaire de santé, que l’on peut partager avec ses « amis », ou tout les inscrits, en fonction de ses paramètres de confidentialité. Évidemment, ça fait curieux pour un médecin qui est particulièrement concerné par le secret médical:

Donc un mélange un peu curieux…

Les sites communautaires, qu’ils soient destinés aux patients ou aux professionnels de santé, sont un Eldorado qui attire les chercheurs d’or, pour reprendre la belle expression de Dominique Dupagne qui parlait en l’occurrence de la télémédecine.

J’y vois aussi le Far-West: des publicités pour des méthodes non validées côtoient des informations au mieux partielles, on ne sait pas qui joue quel rôle, par exemple les associations de patients citées, qui est partenaire avec qui, le devenir d’informations confidentielles…

Donc méfiance, toujours se demander comment ça tourne, qui finance quoi (qui est le produit? Quand c’est gratuit, c’est que c’est vous!)…

Je vous propose une méthode systématique, que vous améliorerez, j’espère, qui est une lointaine descendante du Quis, Quid, Ubi, Quibus auxiliis, Cur, Quomodo, Quando des auteurs latins.

Ces derniers ne connaissaient pas le web, mais ils avaient oublié d’être cons. D’autres variantes viennent aussi de là: QQOQCCP ou les Five Ws.

Je propose donc ma variante, pour l’analyse des sites communautaires destinés aux patients ou aux professionnels de santé:

  • Comment c’est financé?
  • Pourquoi? (quelle est la motivation des gens qui l’ont fait?)
  • Qui est derrière?
  • Quel intérêt pour l’utilisateur?
  • Quelle est la qualité des infos?

Vous remarquerez aussi l’excellent moyen mnémotechnique qui s’y rattache: C‘est du PQ pour le QQ.