La pensine

L’ensemble de nos blogs et comptes Twitter forme une gigantesque pensine dans laquelle nous déposons des souvenirs, des émotions, que d’autres viennent recueillir un peu plus tard.

Nous sommes tous très différents, nous n’avons pas la même pratique, pas dans le même lieu, pas les mêmes patients, pas le même âge, pas la même éducation (je parle d’avant nos études de médecine), pas les mêmes croyances, pas les mêmes convictions, pas le même environnement familial, pas les mêmes goûts (certains d’entre nous ont des goûts…bizarres 😉 )…

Bref, nous n’avons rien en commun, hormis une éducation médicale vaguement commune pendant 6 ans et un cadre très flou: nous soignons des patients. Je crois aussi que nous les aimons, et c’est probablement là que réside la magie.

Parfois, ce n’est pas rare, nous ne sommes pas d’accord entre nous. Mais nous nous respectons toujours.

Malgré toutes ces différences:

Et c’est exactement ça.

Quand je consulte la pensine, j’ai souvent l’impression que ces souvenirs et sentiments pourraient être les miens. Ce sont les mêmes, d’ailleurs. Des circonstances différentes, mais exactement le même ressenti. Nous faisons partie d’une communauté tellement informelle qu’elle n’a pas de définition, pas de hiérarchie, à peine quelques codes même pas secrets, pas de ressentiment ni de jalousie.

Pourtant, nous sommes tous indubitablement liés, et nous rentrons en résonance.

https://twitter.com/de_bakey/status/170944243240669184
https://twitter.com/Taltyelemna/status/171165694526894081

Et nous nous soutenons les uns les autres quand l’un de nous a des soucis ou a plus simplement besoin de quelque chose.

Le kéké

Il vient de faire un gros infarctus, heureusement qu’à Marseille il y a plus de tables de coronarographie que de poubelles pour le recyclage, sinon son cœur serait au tapis.

Je n’ai pas trop compris ce qu’il faisait dans la vie. Après 4-5 phrases évasives, j’en ai déduit que, rien.

Il est trapu, porte quelques tatouages et ses cheveux gris sont ras. Il parle vite avec un fort accent et ses gestes brusques dévoilent un caractère emporté. Un sanguin, comme les champignons. Quand je suis allé le voir, il était en pleine conversation avec un téléconseiller SFR. J’ai patienté sans rien dire. Sa copine,habillée en jeune, un peu gênée quand même, s’est excusée: on leur a dit qu’on allait passer chez Free, alors ils nous ont rappelé pour négocier. Quand on les a, il ne faut plus les lâcher...

Finalement, SFR a diminué sa note mensuelle de 40€, et lui reprend son iPhone 3G avec des conditions intéressantes, afin qu’il puisse avoir un 4S. Ensuite, une fois qu’il a raccroché, il m’a expliqué les offres de Free.

Pour les 2 paquets par jour, c’est pas le moment, trop de problèmes à gérer à la fois dans sa vie, et puis il lui faudrait arrêter trop de choses à la fois, avec une œillade très appuyée à sa copine qui répond en minaudant.

De toute façon, l’infarctus, c’est pas le tabac, il en est certain. Il sait pas pourquoi il a eu ça.

Son iPhone 4S, il le veut noir et qu’on le livre dans n’importe quel point relais, mais à côté de chez lui.