Bloguer anonymement, ou pas?

La question se pose nécessairement lorsque l’on débute un blog personnel (j’exclus donc les blogs médicaux « professionnels ») et que l’on est médecin, et elle se posera tout au long de son existence.

J’ai expérimenté les deux: j’ai écrit anonymement entre mars 2005 et janvier 2010 puis sous mon nom depuis.

Écrire sous un pseudonyme permet:

  • de parler de nos patients de façon plus libre, et avec plus de détails
  • de parler des confrères de façon plus libre
  • de parler de soi de façon plus libre

L’anonymat permet donc une liberté de ton incomparable, dans les limites du respect de l’autre, ça reste une évidence.

Un patient lisant une note qui le concerne ne devrait pas pouvoir se reconnaître.

Attention aux maladies rares! Écrivez « Monsieur X a cette maladie » plutôt que « Monsieur X a un syndrome de Kartagener ». Google est si puissant, et les patients si curieux! (heureusement).

Idem lorsque vous parlez d’un confrère, même si il tombe sur votre note par hasard, il ne devrait pas pouvoir se reconnaître tout en rigolant et en pensant « Mais quel con, mais quel con » de lui même!

Mais cette liberté peut être grisante et amener l’auteur à mordre le gravier.

Même en écrivant sous son vrai nom, et même expérimenté, le blogueur peut mordre la ligne rouge, j’en ai fait l’expérience.

Écrire sous son nom bride, et implique de réfléchir encore une fois de plus avant de publier sa note, c’est évident. Mais rien de mieux qu’une limite pour stimuler la créativité, non?

Mais ce que vous perdez en liberté, vous le gagnez en crédibilité.

Évidemment, si vous ne racontez que des histoires de patients, gardez votre anonymat, et éclatez-vous. Par contre, si vous commencez à causer métier, technique, EBM, l’anonymat peut induire une certaine perte de crédibilité.

Encore que…

Si votre synthèse du problème est pertinente, un lecteur averti/patient ne devrait pas se laisser freiner par un pseudonyme.

Encore une chose, si vous tirez une certaine fierté de ce que vous écrivez, et cela arrive tôt ou tard, même si ce que vous produisez est parfaitement inepte, vous voudrez probablement que vos écrits vous soient crédités et non plus à votre pseudo.

Comme souvent, j’ai du mal à avoir une opinion tranchée, les deux modes d’écriture ont leurs avantages, et leurs inconvénients.

Je n’ai jamais regretté ma perte d’anonymat.

L’idée de cette note m’a été donnée par une conservation que j’ai eu avec l’un de vous il y a peu et par les deux excellentes récentes notes du Dr. Ves qui s’intéresse beaucoup au problème:

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

11 thoughts on “Bloguer anonymement, ou pas?”

  1. Le problème se retrouve chez le lecteur quand il veut laisser un commentaire. En tout cas je le ressent comme ça. C’est pourquoi je ne suis pas anonyme ici puisque tu ne l’es pas. A vrai dire je ne le suis pas beaucoup plus ailleurs puisque je n’y laisse que mes initiales…

  2. Oups, un autre problème sur internet, l’orthographe : « je ressens » me parait mieux. J’ai bon ?

  3. J’ai rencontré le problème aussi. Néammoins les patients qui se sont reconnus n’ont pas été fâchés. Par contre mes confrères n’ont pas aimé ma théorie du burn-out et un m’a lançé  » comment, il parait que tu racontes des conneries sur nous! » Comme il n’a pas lu le livre il ne savait même pas de quoi je parlais!
    Continuez bien!

  4. l’anonymat s’est imposé à moi comme une nécessité puis une contrainte assez amusante
    il n’est que relatif car qq amis ou confrères me connaissent . j’y parle assez peu « métier technique » mais je me sens libre d’en parler
    paradoxalement je me sens plus libre grâce à cette contrainte d’anonymat.elle m’oblige à quelques mensonges mais l’anonymat est à ce prix

  5. Comme lectrice, en fait je m’adapte au blog et aux noms des commentaires (soit un de mes prénoms, soit un pseudo le hic est de s’en souvenir ensuite).

    Il y a du pour et du contre pour l’anonymat, pour écrire sous son nom. Je pense que l’objectif, le but poursuivie fait choisir l’anonymat ou son identité, mais aussi le contexte dans lequel l’auteur vit (dans un village avec 1500 habitants ou une ville avec 300 000 habitants, le risque d’être reconnu est plus probablement dans le premier que dans le second cas, du moins je le présume).

    En tout cas, j’apprécie beaucoup votre blog qui aborde une foule de sujets variés. Ainsi, ceux d’autres médecins ou soignants (ou de policier ou de vétérinaire, même de psy) – qui incite à se poser des questions, par exemple, quel est mon degrés de responsabilités / ma part pour être en bonne santé? Est que ce seul le médecin a la parole sur les soins?

    Bonne journée à tous

  6. Super post ! Evidemment que la question se pose +++

    J’ai choisi un truc bâtard… J’utilise majoritairement mon pseudo mais pour protéger mes écrits j’ai placé mon nom dans l’entête du blog et notamment de la page about. Attention au name branding😉

    Evidemment ça intéresse surtout les moteurs de recherche. Par ailleurs, je communique assez librement sur l’existence du blog : tiens va voir ceci ou cela… mais les internes qui réclament tout le temps des cours ne vont quand même pas lire le topo sur la nutrition artificielle…. raaaaaaaa😉

    Quant aux histoires de patients je n’ai pas trop développé cette thématique, surtout dans les centres de références pour telle ou telle chirurgie on peut encore plus vite faire le rapprochement… Disons que j’envisage de peut être faire des billets sur certaines situations médicales « élargies » l’inspiration venant d’un cas clinique.

  7. Eh bien cette note me dit quelque chose…

    Je crois que deux choses conditionnent la question soulevée : anonyme ou pas ?

    La première, tu l’as évoquée, c’est celle des sujets abordés.
    Si l’on s’en tient à des sujets assez généraux, des articles de fond et autres alors, en effet, il n’y a pas vraiment de raison de le faire anonymement.
    Si l’on aborde des questions beaucoup plus personnelles, des tranches de vie, des cas particuliers, alors c’est beaucoup plus délicat. Crois-tu que j’aurais pu écrire un billet tel que « La bonne mort » de manière officielle ?
    Par ailleurs, comme tu le soulignes, il est primordial que les patients (et accessoirement les confrères) ne puissent pas se reconnaître et, plus important, ne puissent pas être reconnus.

    C’est là qu’intervient le second facteur que tu n’abordes pas et qui est complètement zappé par les billets du Dr Ves : celui du contexte.
    Dans un contexte urbain, et plus encore hospitalier, l’anonymat n’est finalement pas très difficile à préserver. Il suffit de ne pas donner de nom, de détails trop précis ou de détail trop rare. Si un de tes patients se reconnaît dans un billet en sachant que tu es son cardiologue, ça ne le dérangera probablement guère. Sauf si tu te moques de lui ou que tu le méprises, ce que tu ne fais jamais. Par contre, il n’apprécierait certainement pas que son voisin connaisse son histoire médicale.
    Dans mon contexte très rural (5000 habitants et 5 MG dans le canton), le même raisonnement est tout bonnement impossible. Pour éviter qu’un tel ou une telle soit reconnu, il faudrait que je dissimule, ou que je travestisse, tellement la réalité que les tranches de vie décrites n’auraient plus grand sens. Autant écrire un roman.

    Alors, en effet, pour des blogs mixtes tels que le mien ou le tien, la question se pose. Suis-je vraiment moins crédible dans mes billets de fond parce qu’anonyme ? Peut-être, mais je ne pense pas plus que ça.

    Quant à la quête de notoriété, j’ai déjà donné et je ne crois pas que ce soit ma motivation principale.

    Donc, dans l’immédiat, je reste attaché à cet anonymat qui me permet de livrer des expériences de vie en toute confiance. Le secret est bien souvent la condition d’une expression libre et sincère.

  8. Je partage l’avis de Borée, de mon point de vue de jeune étudiant.

    Ecrire des articles sur le fond me paraît prématuré pour moi, vu ma faible expérience du monde médical et mon manque de recul sur tout, de l’hôpital à la relation avec le patient. Par conséquent, je n’écris que sur mon expérience, et c’était d’ailleurs mon primum movens, quand je me suis lancé le but était de partager mon expérience d’abord avec les « suivants ». Parce que j’avais peur de faire ma première garde en SAU, que je ne savais pas comment ça allait se passer, et qu’il était assez difficile de trouver des témoignages sur le sujet sur le net.

    Et puis, toujours en tant qu’étudiant, je suis je pense encore moins à l’abri d’un problème avec ma hiérarchie. Que ce soit au niveau universitaire ou hospitalier. Même dans une agglomération de 160 000 habitants, il n’est finalement pas très difficile le petit étudiant qui écrit sur le service, sur le chef, sur le patient, sur la fac. Et je pense que mon statut fait que je suis plus exposé encore aux foudres de mes supérieurs que ne pourrait l’être un médecin senior (surtout s’il exerce en libéral :p).

    Je ne pense pas qu’il faille trancher entre rester anonyme ou non, c’est à chacun de choisir, et je pense qu’un patient qui visite un blog doit être capable de faire la part des choses entre un article sur une technique écrit par un médecin sous pseudonyme et un autre bien identifié. Je suis persuadé que la responsabilité de donner confiance relève avant tout de la cohérence du blog, de l’écriture et de la qualité du blog dans son ensemble.

    Pour toutes ces raisons, je préfère (en tout cas pour le moment), écrire de façon anonyme. Pour cette liberté d’expression, pour pouvoir sans gêne critiquer un service, un chef, un prof, que ce soit en bien ou en mal, et discuter d’un patient qui m’a marqué, sans avoir à m’inquiéter de retombées éventuelles, et surtout sans que le secret professionnel ne soit bafoué.

  9. On n’est jamais trop anonyme sur internet. Qu’on soit médecins ou pas. Même si, comme c’est mon cas, on n’y écrit jamais rien dont on ait à rougir, ce qu’on a écrit il y cinq ans ne correspond plus forcément à ce qu’on pense aujourd’hui. Quand on est médecins, on n’a pas forcément envie que des patients apprennent ce que l’on fait quand on n’est pas à l’hosto, etc. Donc, à mon avis anonymat, et surtout peut-être d’ailleurs quand on tient un blog qui n’est pas consacré à la médecine.

  10. que les blogs soient anonymes ou non, ils sont « épluchés » par le conseil de l’ordre et sans doute d’autres joyeux drilles du mm acabit.
    j’ai un jour raconté la partie touristique d’un congrès ‘très « studieux  » par ailleurs (tt simplement parce que la partie médicale pure n’intéressait pas les visiteurs de mon blog). ils ont pris ces articles comme prétexte pour déclarer que la partie scientifique était trop « light » pour être reconnue formatrice et pour poser problèmes à l’organisateur.
    l’anonymat a été alors un moyen de freiner ma colère .je crois que j’aurais réagi plus violemment s’ils avaient cité mon nom.
    par ailleurs comme Borée, suis assez isolé : pas envie d’avoir des demandes de RDV ou des demandes d’avis sur mon blog, déjà que je peux difficilement traverser mon bled tranquille !…
    l’anonymat garantit une certaine liberté d’expression.

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