A l’insu de son plein gré

La série de trois articles parus ce jour dans Libération sur le dossier du Médiator est dévastatrice.

Dévastatrice pour le praticien qui accuse Servier d’avoir modifié son diaporama à l’insu de son plein gré, dévastatrice pour Servier et par contiguïté pour l’industrie en général, dévastatrice pour la profession de cardiologue, dévastatrice pour la Société Française de Cardiologie.

La présidente de la SFC a eu une vision profonde en parlant d’infiltration (« Je ne suis pas choquée qu’il y ait des infiltrations des sociétés savantes par les laboratoires ». Le Monde 06/01/11).

Les murs de notre maison commune sont en effet infiltrés, cloqués, noircis, ils se craquellent de toute part.

Comment avons-nous pu à l’insu de notre plein gré, laisser faire cela?

Comment regarder un patient en face après cette mascarade aussi ridicule que lourde de sous-entendus?

Comment lui montrer que les médicaments qu’on lui a prescrits ne l’ont pas été à l’insu de notre plein gré?

L’affaire du Mediator jette une lumière crue sur une réalité aussi choquante qu’elle est banale.

Page de garde et première page du programme du congrès de la SFC (12-15 janvier 2011)

L’argent de l’industrie a infiltré notre profession et il la fait pourrir.

Pourtant, comme l’eau, cet argent est essentiel à la recherche fondamentale et clinique. Et c’est terrible, mais petit à petit il devient aussi essentiel à la formation des médecins. Dans pas longtemps, il le deviendra pour la formation des patients.

Liste des partenaires du congrès de la SFC (12-15 janvier 2011)

Sans eau, pas de vie; sans argent de l’industrie, pas de médicaments, pas de formation.

Symposium organisé par les laboratoires Servier qui ne sont pas mentionnés. Un erratum a corrigé ultérieurement cet oubli.

Trop d’eau, ou mal canalisée, le moisi remplace le germe.

C’est terrible car je n’entrevois aucune solution réaliste.

Ce soir je porte le deuil de ma profession.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°


Médiator: un cardiologue tire sur le labo Servier. Libération 13/01/2011

Les conflits d’intérêts mis à nu. Libération 13/01/2011

Servier sait soigner les cardiologues. Libération 13/01/2011

14/01/2011 Modification: ajout des trois copies d’écran du programme du congrès de la SFC

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

22 thoughts on “A l’insu de son plein gré”

  1. Cette affaire affecte je pense toutes les personnes qui comme vous font leur métier avec sérieux et de façon éthique: je pense aux médecins, mais également aux communicants en santé (dont je fais partie) et à ceux qui travaillent dans les laboratoires.

    Il est facile de glisser de ce constat vers une opposition manichéenne les bons / les pourris. La réalité n’est jamais si simple et les solutions non plus.

    Je n’ai pas plus d’idée que vous, juste la conviction profonde que nous ne sommes pas seuls à vouloir changer les choses pour les rendre meilleurs, à vouloir que les décisions politiques soient indépendantes des laboratoires et la communication transparente entre les deux et vers le grand public.

    Avec votre blog, vous avez fait connaître à beaucoup la revue Prescrire, vous attirez l’attention sur les études mal conduites ou les conclusions trop optimistes.

    C’est peut-être le début de la solution: trouver d’autres voix, d’autres points de vue et travailler à ce que pourrait être cette nouvelle organisation… Et continuez à vous poser des questions. Vous êtes bien la preuve qu’on entend les autres voix !

  2. Dans le magazine de la santé aujourd’hui, ils avaient interrogé un cardiologue rapidement (une question ) sur les conflits d’intérêts, sa réponse (pas mots pour mots, j’ai pas une aussi bonne mémoire) : Les conflits d’intérêts, il y en partout, peu importe la spécialité étant donné que ce sont les laboratoires qui financent les formations. Cette affaire pourrait permettre de remettre à plat ce système, le modifier.

    Le problème dans ce genre de conflits, c’est que c’est surtout le patient qui est le plus touché. Ceux qui étaient déjà contre les médicaments, le seront sans doute encore plus, et ceux qui ne se doutaient de rien commencent à se méfier en apprenant que notre système n’est peut-être pas aussi bon que ce qu’ils pensaient. (pensée purement personnelle, sans aucune étude, ni aucun lien avec une industrie pharmaceutique quelconque.)

    Et on commence à entendre parler de conflits d’intérêts au sein du gouvernement avec les firmes pharmaceutiques.

    Si cela continue dans ce sens, ce sera peut-être un mal pour un bien. Comme le disait ce cardiologue. La découverte de ce « scandale  » et son exposition au grand public (se rajoutant à celui du H1N1 et ces millions de doses de vaccins achetés en vain avec l’ex-ministre de la santé et ses anciens intérêts) pourrait permettre de changer un peu ces manières de faire. (Même si j’ai un gros doute)

  3. Depuis le sang contaminé, nous n’avons toujours rien compris en France. Coupable ou non responsable, responsable ou non coupable, ni l’un ni l’autre comme des français ont la mémoire courte. Une honte, une de plus.

  4. que la honte soit sur ceux de nos confrères qui continuent , hélas, à se rendre à ces simulacres de formation que sont les « séminaires de labo » organisés parfois dans des hôtels luxueux de pays lointain … ce ne sont pas les mêmes que les lecteurs de la revue « prescrire » qui passent parfois à leurs yeux pour des « ronchons » ou une sorte d’extra terrestres; si leurs patients (clients !!!) savaient ça ; mais le plus étonnant c’est que ces derniers même si ils ne sont pas dupes, continuent le plus souvent à leur faire confiance.
    Désolée, mais les cardiologues (pas Jean Marie Grange Blanche, on l’a bien compris )sont assez bien placés dans ce domaine …ce sont de très bonnes cibles pour atteindre certains objectifs commerciaux ; ils adorent le dernier cri !!!
    je trouve aussi dans Prescrire « quelque substantifique moëlle » , bien que n’étant qu’un humble médecin du travail qui ne comprend certes pas tout et mariée à un médecin généraliste abonné à Prescrire et  » lecteur émérite » (j’en suis fière)
    Merci pour ce blog

  5. le caractère trouble des relations médecins/société savante/industrie est une évidence de longue date dans une dialectique très spécifique puisque le premier concerné le patient est totalement hors jeu,il y a un net progrès avec la suppression progressive des petits cadeaux qui transformaient les visiteurs en vrp de quincaillerie- papeterie et des plus gros:le week end au ski se fait rare et je ne parle pas de l’invitation en chine de tous les cardiologues français en 1987 pour le lancement de l’énalapril excellente molécule qui nen’avait pas besoin
    sur le plan individuel l’argumentation systématique de ses prescriptions par rapport à la littérature est un bon moyen quotidien de vérifier que l’on échappe à l’influence publicitaire présente meme si on ne reçoit plus les VM
    la FMC est parfaitement organisable par la profession sans support industriel c’est bien d’avoir un peu de subventions officielles mais l’avenir conventionnel actuel est incertain,certaines spés pauvres font de beaux congrès le programme est intéressant la convivialité identique il faut juste sortir 1000 euros de plus….
    je n’ai aucune leçon de vertu individuelle ou collective à donner: je n’ai payé totalement ma participation à la SFC de janvier que deux fois mais il est clair que la folie des grandeurs de ces dernières années a largement majoré la présence des labos avec des sujets d’actualité traités souvent de manière partisane,pas toujours ce qui mettait du sport quand un jeune agrégé se levait pour expliquer les biais de l’étude promue!
    actuellement il y a urgence pour la société à mettre sur la table la totalité de son sponsoring en particulier SERVIER pour envisager de travailler sereinement sur la suite, l’exclusion des conflits d’intérets personnels majeurs est une évidence ce qui devrait sortir du panel au moins une trentaine de PUPH dont notre charmante présidente qui est utilisée comme première ligne de défense par SERVIER
    nb après une quarantaine d’échos une IAO à opérer dans l’année une IM sure à moyen terme une foultitude de lésions mineures et des cas insolubles😡 années de Mediator sur atcd de RAA,sur bicuspidie ce qui confirme mon opinion première sur le projet détude afssaps

  6. Si je reprends tes mots, qui ne seraient pas les miens, je dis que tu portes le deuil d’une époque de notre profession. Elle n’est pas morte car restent les patients et il leur faudra bien des solutions. On reste devant eux, forcément. Il doit bien y avoir, on l’espère, une masse non négligable qui va se réveiller et commencer à penser différemment, pas seulement chez les médecins.
    On est tous sur le même bateau, faudra ramer et je ne doute pas que ce sera long et dur…
    (J’ai entendu celui qui fait le malin au fond de la salle !)

    1. Ce qui est terrible est que nous savons tous qu’il existe des relations troubles entre certains d’entre nous et l’industrie depuis des décennies.
      Mais jusqu’à présent, on ne voyait émerger que des « histoires américaines ».
      Ici, deux faits nouveaux.
      Ça se passe chez nous, et ce n’est qu’un début. La chasse aux sorcières/nettoyage des écuries d’Augias (en fonction du point de vue) ne fait que commencer.
      Et pour la première fois, les conséquences de cette collusion douce sont mises en avant et révélées au grand public, à nos patients.
      « Je ne peux pas dire que je n’ai pas dit ça, mais je peux dire que ce n’était pas mon sentiment ». Cette phrase est quand même terrible.
      C’est un tournant qui annonce des temps difficiles, pour l’ensemble de la profession, pour ceux qui sont humides et ceux qui ne le sont pas.

      http://www.theheart.org/article/1162297.do

      http://www.20minutes.fr/article/652430/sante-mediator-ministere-sante-veut-medecins-plus-conciliants-victimes

  7. L’industrie excelle dans la manipulation au point que notre expert n’a donc pas su ou pu livrer son sentiment, sa diapositive finale ayant été travestie à la guise du promoteur de l’étude. Ça a probablement été déconcertant pour notre expert qui a fait cette découverte au moment de sa présentation.
    C’est dire à quel point l’humain, toujours vulnérable, est éminemment sensible aux conflits d’intérêts mais appréhende très mal ce biais. Les êtres sont plus ou moins influençables malgré leur rigueur intellectuelle et l’industrie cartographie probablement très bien cette problématique pour faire ses choix et adapter sa stratégie qui n’est pas du tout laissée au hasard. C’est mon sentiment.
    Accordons à notre confrère le crédit d’avoir fait l’aveu de sa faiblesse. Ça donne un éclairage supplémentaire sur les méthodes Servier, un vrai label qualité en terme de manipulation.
    La solution est politique pour mettre un terme à tout ça. J’en ai entendu certains émettre des propositions intéressantes comme interdire le démarchage des médecins par l’industrie, interdire la publicité des médicaments, interdire le financement de la formation continue des médecins par l’industrie. La profession doit financer sa formation et à l’ère des NTIC il n’y a aucun besoin de se déplacer très souvent dans des destinations exotiques pour avoir accès à l’information.
    Quant à l’Afssaps, son futur ex directeur propose aussi des pistes intéressantes de réforme.

    PS: je reçois des calendriers de labo avec leurs voeux, je reçois toujours une abondante presse médicale gratuite, tout ça bien sûr sans l’avoir jamais sollicité ni sans qu’on m’est demandé mon avis sur ce que j’en pense… La HAS se propose de labelliser ce merdier (les calendriers aussi?). Je dis mauvaise piste: à supprimer. A-t-on déjà chiffré ce que représente ce harcèlement non sollicité en détournement des ressources des structures de soins (temps de secrétariat pour distribuer ces pollutions, temps de femmes de ménage pour trier et évacuer ces déchets que personne ne garde…) ? L’industrie paye-t-elle pour ça? A-t-on chiffrer ce que représente en détournement de temps de travail la présence de la visite médicale dans les couloirs des établissements à distraire les soignants de leurs tâches, à organiser des coktails, petits déjeuners et autres évènements incongrus?
    Stop à tout ça! Dehors!

  8. Votre billet m’émeut!la situation paraît être apocalyptique pour l’exercice de la profession médicale.

  9. Hier soir, j’ai lu libé et le nouvel obs sur le mediator, je dois avoué que l’histoire ne me passionne pas outre mesure, tant je trouve que c’est du réchauffé et des infos que tous le monde connaissaient plus ou moins, les conflits d’intérêt, servier pas gentil, des experts aux ordres des politiques protégeant l’emploi etc. Je trouve que les articles sont à la limite de la mauvaise aggrégation de coupures de presses et de blog sans vraiment d’investigations. On tire sur l’ambulance dans le monde journalistique, juste parce qu’on sait bien qu’on ne va que dans le sens du vent. On est très loin de ce que peux faire le NYT ou surtout propublica. Ces articles auraient pu être écrit il y a au moins 5 ans sans changer une virgule. C’est assez énervant.
    Il y a trois ans avant de partir en allemagne, je vois une patiente pour une histoire d’insuffisance rénale pas très sévère. Elle a une tension pas très bien équilibrée, je modifie son traitement, elle en profite pour me demander son renouvellement d’ordonnance. Elle me tend son ordonnance, je vois du médiator. Je lui explique que ça ne sert à rien et que je ne prescris pas ce truc. Je concède que parfois je prescris des trucs qui servent à rien. Mais bon pour le médiator, c’était de l’isoméride sous un autre emballage. Elle râle mais alors vraiment très fort en disant que j’étais dangereux de ne pas lui prescrire ce médicament miraculeux qui l’avait fait maigrir sans effort. Elle n’est jamais revenue… Je pense que servier devrait essayer de la retrouver pour affiner sa délicate communication.
    Sinon concernant l’article de libé, juste sur la page 5 en face de l’article sur la sale ambiance à la SFC il y a une encart publicitaire sur l’IDM (http://www.infarctus-info.org/) , le sponsor principal et le seul qu’on voit vraiment, astra-zeneca.
    Business has usual, ce qu’il y a de bien avec le capitalisme, c’est que la ligne directrice est facile à suivre…

  10. Excellent post. Difficile pour moi de commenter (…), mais j’ai bien envie de compléter la discussion.
    Il est clair qu’une spécialité comme la cardiologie a certainement été la plus exposée à l’industrie pharma. Lipitor, Crestor, Plavix, Zocor, les anti hypertenseurs etc… On parle de blockbusters. Lipitor et Plavix c’est (enfin, c’était) près de 10 milliards de dollars annuel chacun. Pas étonnant de retrouver des équipes marketing dans chaque congrès, l’industrie protège son CA face aux concurrents (nombreux dans ce domaine), et développe son patient flow; comme toute entreprise dont le métier est de vendre un produit.
    Le problème ici, c’est que le produit est mauvais. Mais ultra-marketé. (honte aux équipes médicales de Servier)
    Pour vous donner une idée des outils utilisés je vous recommande de jeter un oeil à ce provider : http://www.heartbeatexperts.com/life-science-software/kol-management/
    Avec ce genre de soft, vous savez chez qui « taper », qui inviter, qui « sponsoriser ».

    On vient de toucher la limite (ou du moins, la place publique vient de s’en rendre compte), la gueule de bois est sévère, même pour ceux qui ne se sont pas enivrés.

    Bonne continuation à tous !

    1. Justement, j’avais une question à laquelle vous pouvez tout à fait répondre sur mon adresse personnelle: comment voyez-vous, avec votre oeil pro, le service marketing de Servier?
      Agressif et disons, imaginatif (pour rester politiquement correct), comme moi je le vois? Je pense notamment à la campagne en faveur de l’ivabradine avant SHIFT?

      1. Je vais malheureusement avoir du mal à vous répondre, n’étant ni en France ni chez Servier.
        Je peux juste vous dire que j’ai eu l’occasion d’échanger avec une ancienne directrice régionale (en France, fin 80 début 90 en plein dans les années frics) de Servier qui m’a relaté des formations internes pour le moins singulières.
        Mais pour ce qui est du sentiment des gens chez nous avec un profil « senior » et un périmètre plus international, ils n’ont pas le sentiment que Servier soit pire ou plus agressif qu’un autre. Ils se souviennent par contre du Coversyl qui malgré un prix plus élevé et moins d’études a continué d’être massivement prescrit (« ils sont restés assertifs »).
        Servier a beaucoup excellé dans le KOL management, peut être un peu trop…

  11. merci pour cet article qui donne à réfléchir. comme je l’ai déjà écrit en d’autres endroits* :
    nos rapports avec les labos ne sont jamais clairs. au mieux nous sommes « humides « au pire nous sommes « arrosés ».
    depuis quelques années la page de garde des revues oph auxquelles je ne suis pas abonné, et que je reçois, est une pub comme pour l’annonce de votre congrès de cardio.
    je suppose que l’ambiance va être super plombée à ce congrès , on peut espérer que personne n’en viendra aux noms d’oiseau ou aux mains.
    un des problèmes de la formation médicale est que le pré requis est que les médecins sont riches et ne sauraient être reçus dans un « formule 1 » (bien sûr j’exagère)
    un autre problème est la rémunération des orateurs experts : gratuits ? invités ?(pas logés au formule 1) …
    « le problème est complexe et la réponse n’est pas univoque » comme disaient nos maitres quand ils séchaient sur un truc.

    j’essaie d’imaginer le cas d’un collyre anti glaucome qui se révèlerait plus dangereux pour la vision que l’abstention thérapeutique … ça fait froid dans le dos !
    mais j’arrête là conscient d’enfoncer des portes ouvertes

    *(http://le-rhinoceros-regarde-la-lune.over-blog.org/article-les-beaux-labos-56832751.html)

    1. A propos des médecins « riches »…
      Je suis médecin généraliste remplaçant depuis 15 ans, je limite mon activité libérale volontairement à 24000 € nets par an. Je participe aux formations financées par l’OGC, souvent libres de toute influence néfaste, et j’ai payé de ma poche 2 formations universitaires (des DIU) ce qui entraine un manque à gagner certain (cours, stages, rédaction de mémoires), des frais de déplacement, de nourriture, et d’hôtel (F1…?). Je suis lecteur émérite de Prescrire et j’ai une exigence de formation. Je n’ai donc jamais prescrit de Vioxx, de Cholstat, de Médiator ni d’Acomplia. Et j’ai toujours prévenu les patients (qui ne sont pas les miens, hein, mais ceux du médecin remplacé) du danger potentiel de ces molécules, ce qui m’a valu et me vaut encore de solides rancœurs de plusieurs confrères.
      Mais voilà : je me suis promis de soigner des patients, pas mon chiffre d’affaire ni celui des labo -que je ne reçois jamais et eux aussi m’en veulent- ni la susceptibilité des collègues.
      Et la voie est étroite et difficile, très difficile ! Que les « riches » médecins se demandent quel prix payent les patients in fine pour qu’il puissent loger ailleurs que dans les F1…

  12. Je viens juste de revenir des journées européennes de la SFC à Paris. Ayant assidument assisté au maximum de communications, je n’avais pas eu le loisir de lire l’article de Libé et viens de le faire. Au moins je n’ai pas été parasité par ces « infos » et peux vous livrer mon impression brute: moins de participants, pas d’impression de »panique » mais plutôt une certaine morosité voire de découragement, des confrères mais surtout des labos. Je ne suis de loin pas un habitué des soirées labos et des congrès sponsorisés, et le net permet maintenant un accès largement suffisant à de multiples sources d’information indépendantes. Ceci dit, rien ne remplacera le contact direct et l’échange avec les confrères, libéraux et hospitaliers et même aux sympos labos aux orateurs prestigieux mais forcément suspects maintenant, il n’est pas difficile de ressentir le fond des choses et de pointer les non-dits surtout lorsque l’on pose en direct les questions qui fâchent.
    Alors d’accord pour être exigeants envers nous-mêmes, mais non à l’auto-flagellation et surtout que ceux qui nous jugent aient la même intransigeance à leur endroit. Moi j’apprécierais assez que les journalistes et les politiques qui nous tirent dessus avec une délectation difficile à contenir soient comme nous tenus de déclarer avant de s’exprimer tous leurs conflits d’intérêt potentiels…
    J’aimerai bien une recherche et une FMC indépendante de l’industrie, mais si l’on présente la facture à l’Etat, il risque de tousser…Et si l’on ne demande aux labos que des molécules qui augmente encore l’espérance de vie et totalement safe, le retour de bâton risque de d’être brutal. 10 ans de recherche et dév. + 5 à 10 ans d’études de morbi-mortalité pour se faire dégommer à la 1ère hépatite…Nous avons fait de tels progrès en cardio ces 15 dernières années que le jeu risque de ne plus en valoir la chandelle (l’asymptote de l’espérance de vie).
    Enfin bref, je vais continuer à essayer de prescrire honnêtement à mes patients et espère qu’avec tout ça il ne me regarderons pas comme un empoisonneur vendu au CAC40.
    Triste époque.

    1. Vi, tout à fait d’accord pour les journalistes. Dominique Dupagne avait colligé plusieurs vidéos assez terribles où l’on voyait qu’ils ne faisaient pas mieux que nous dans leur collusion avec les labos. J’avais aussi écrit un mot sur un dossier de presse copié-collé sans aucune réflexion dans des tas de titres de la presse écrite.
      Jean-Daniel Flaysakier connait aussi très bien ce problème (pour le combattre, pas de contre-sens!).

      Maintenant, j’espère que cette guerre de marigot va permettre de rendre plus saines nos relations avec l’industrie, notamment en montrant que ce que nous faisons actuellement ne peut que nous nuire à terme et que jusqu’à présent toute tentative d’assainissement a échoué malgré une dialectique de mise.
      (je ne parle même pas de nuire à nos patients, ce qui me paraît une évidence)
      Au niveau des cardios, je n’ai encore vu personne s’autoflageller parce que notamment, ces relations incestueuses paraissent normales, même nécessaire à nos instances.
      Mais après, quand on écoute attentivement, on se rend compte qu’il y a un malaise.
      C’est la Présidente qui a demandé une analyse ETT dans REGULATE, ce qui a largement aidé à la sortie de route du Mediator, idem pour les registres ETT. Mais à côté de cela, ses déclarations l’ont mise dans une situation pas possible alors qu’objectivement, elle n’avait pas à rougir: Servier est un « grand » laboratoire? Grand pourquoi, pour ses molécules? Ok pour périndopril (nième IEC, quand même…) et ivabradine, mais il faut alors fermer les yeux sur Isoméride, Mediator, Protélos, Vastarel! Si Servier est « grand », que dire de Sanofi, BMS, Pfizer?
      Pourquoi avoir dit cela?
      Après, évidemment, après, quand on retrouve son nom en haut de l’affiche d’un symposium Servier, même un esprit très naïf peut se poser un début de question…
      Or, les journalistes ne sont pas naïfs et ils ont une grosse propension pour la Schadenfreude….
      Et après on s’étonne pourquoi un tel emballement médiatique.

      In fine, l’éternel problème reste l’argent.
      Où le trouver?
      Certainement pas auprès de l’État!
      D’où mon pessimisme.
      Triste époque, en effet.

      1. Je viens de me relire, désolé pour les nombreuses coquilles et fautes. M’apprendra a pas me relire. La honte…

  13. @Pierre @JM
    Les entreprises du médicament sont privées certes mais elles tirent leurs revenus de financements collectifs qui rendent solvables leurs clients finaux. On peut s’interroger sur la légitimité d’une liberté presque totale accordée aux firmes dans leurs choix sans quasiment aucun compte à rendre. On voit bien à quel point les agences du médicament ne sont pas un rempart efficace pour protéger les intérêts sanitaires collectifs. En France le financement de la santé est celui de la solidarité nationale qui puise dans des cotisations, des impôts et du déficit public. On constate à quel point les déficits publics hypothèquent l’avenir d’un pays et les conséquences sociales peuvent être dramatiques. A côté de ça les entreprises du médicament sont tranquilles et assez peu mises en danger avec des résultats (financiers et non thérapeutiques) toujours plus exorbitants. Comment se fait-il que l’on renverse la situation en donnant la main aux entreprises du médicament pour piloter la politique de santé publique, financer la FMC alors que ce sont des systèmes financiers collectifs de protection qui font leurs revenus ? Si nos politiques arrivaient à se défaire de leurs propres conflits d’intérêts, ils arriveraient peut être à répondre à notre désir d’indépendance de façon plus efficace qu’en pseudo contrôlant l’industrie qui infiltre naturellement et bien «normalement » toutes les instances et administrations qui les concernent. Les politiques ne consultent-ils jamais précisément le CV de leurs collaborateurs dans le détail et sont-ils noyautés à leur insu?
    J’ai entendu un débat en début d’après-midi sur RTL qui confirme ce que je pensais. La question de l’emploi intervient dans la plus ou moins grande vélocité à retirer un produit du marché. Pour le DIANTALVIC on nous a expliqué que c’était pour rédiger de nouvelles recommandations de prise en charge de la douleur … et garantir une bonne transition pour les malades !!! Je le dis comme je le pense : après avoir lu lesdites recommandations je confirme qu’on nous prend vraiment pour des cons!!! Plus d’un an pour rédiger ça ??? Comme autre argument il y avait le fait que l’Afssaps ne partageait pas l’opinion européenne sur le sujet (mais pourquoi quel véritable motif ???? probablement parce que ça devait sûrement arrangé un fabricant !). Et puis il y a eu l’étude américaine donnant un prétexte à l’Afssaps pour accélérer le processus de retrait du marché dans le contexte actuel… sinon, j’en suis sûr, l’AMM aurait été jusqu’au bout du bout !!! puisque ce qui compte c’est l’emploi ! A force de mélanger les problèmes, on en arrive à une fuite en avant absolument délirante !!! Mais cela est rendu possible par la grande faiblesse de notre système de pharmacovigilance probablement volontairement entretenue car il limite le développement des parts de marché et peut même les annihiler du jour au lendemain. Est-il souvent question de pharmacovigilance dans les congrès ? Quelle est notre formation sur le sujet? On entretient l’idée de voir le médicament comme un bienfait et jamais comme un produit potentiellement toxique ce qui permet d’entretenir un conflit d’intérêts intrapsychique qui peut faciliter une forme de déni sur les effets secondaires des médicaments lorsqu’ils sont graves.

  14. orso pleinement d’accord mais pour le seul système français qui fonctionne en couverture maladie universelle comme mise en oeuvre du principe de fraternité(les trous du gruyère sont de plus en plus gros surtout s ‘ils osent sortir l’hta sévère des ald) ceci ne suffit pas à modifier les règles du jeu dans un contexte européen ou le concept meme de service public fait débat et pose problème à nos politiques de tous bords.
    Autre chose en cardio et dans d’autres spés on pourrait parler toujours et et encore des problèmes de matériels :ce doit etre difficile de parler de stimulation triple chambre ou de defs sans conflit d’intéret !

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