Mao, poète.

La main levée dans un adieu, je me mets en route.

Les regards désolés que nous échangeons aggravent notre amertume.

La tension dans tes yeux et tes sourcils

Montre que tu retiens des larmes brûlantes.

Je sais que tu as mal compris nos dernières conversations.

Nous nageons dans les nuages et le brouillard, alors même que nous croyions nous connaître mieux

[que personne.

Quand on souffre autant, le Ciel en est-il conscient?

En cette aube, le chemin givré vers la porte de l’Est

Le reflet de la lune pâlissante et de la moitié du ciel dans notre étang

Font l’un et l’autre écho à notre désolation.

Le sifflement du train me transperce.

Désormais, je serai seul partout.

Je te supplie de trancher ce nœud d’émotions.

Je voudrais être moi-même un voyageur sans racines

Que ne touchent plus les confidences des amants. Les montagnes vont bientôt s’effondrer.

[Des nuages filent dans le ciel.


Cité dans « Le Singe et le Tigre. Mao, un destin chinois » de Alain Roux. Éditions Larousse. Page 135.


Ce beau et touchant poème écrit en décembre 1923 pour sa seconde femme, Yang Kaihui, donne une image assez étonnante de Mao, qui sans être un fin lettré, avait une solide culture classique et a écrit de nombreux poèmes. A cette époque, le couple de Mao traversait des moments difficiles car son activité politique grandissante le tenait le plus souvent éloigné de son foyer.