Under the Bridge

Cette après-midi, je suis allé voir une patiente dans un service de chirurgie, à l’hôpital.

Je l’avais vue il y a maintenant un mois ou deux en consultation, totalement désespérée et au bout du rouleau pour des poussés hypertensives associées à des crises d’angoisse récidivantes et pour lesquelles on l’avait mise sous de multiples antihypertenseurs et même des antidépresseurs.

Sans aucun succès, d’ailleurs,  ni pour l’hypertension ni pour le « syndrome anxio-dépressif »

Quand je l’ai vue, j’ai été très impressionné par son désespoir et sa fatigue de nager à contre courant avec au pied le lourd boulet d’être étiquetée comme timbrée chez son cardiologue, son médecin généraliste, dans les services d’urgences de la région.

Très curieusement, la solution était pourtant assez évidente sur les différents examens du très épais dossier qu’elle m’avait apporté.

Niveau ECN, en étant indulgent, pour évoquer un diagnostic.

Par contre, il est vrai qu’établir une certitude dans ce cas particulier demande au praticien qui s’en occupe une certaine dose de patience, et d’acharnement.

J’ai appelé une copine brillante, adorable, mais acharnée, spécialiste du problème pour lui confier cette patiente.

Elle a remis les choses à plat, établi un diagnostic, et demain on va opérer notre patiente de son « syndrome anxio-dépressif ».

Je suis donc allé la voir avec la copine pour la soutenir et voir comment elle se sentait.

Elle est confiante et soulagée qu’on lui ait décroché ce sale boulet.

Sa tension artérielle est quasi parfaite, et la chirurgie a un excellent pronostic.

Elle nous a remerciés mille et une fois.

A la fin, avant de partir, on s’est tous les trois pris dans les bras et on s’est serrés, comme des bisounours.

A ce jour, le seul moment essentiel de médecine de ma vie.