Le retour de Havidol

Justine Cooper, une artiste australienne avait brillamment caricaturé une certaine forme de communication des firmes pharmaceutiques en créant une fausse campagne de promotion d’un médicament non moins factice, l’HAVIDOL.

Le site qui vente vante l’Havidol est ici, et j’en avais parlé .

Pour ceux qui ne connaissent pas, la visite du site vaut vraiment le détour.

Maintenant, je vous propose de visiter ce site, qui est un vrai site, pour un vrai médicament.

(vous remarquerez comme les gammes de couleurs sont similaires)

Le NYT en parle dans un article publié hier sur son site.

L’article décrit parfaitement le phénomène du disease mongering,  c’est à dire créer une maladie pour pouvoir vendre le médicament qui la soigne.

Cela n’a heureusement pas abusé les experts de la FDA qui ont émis un avis négatif sur ce produit.

J’aime beaucoup l’exemple donné par le NYT, exemple qui justifierait de dépister, selon un cours financé par le laboratoire, un hypoactive sexual desire disorder:

Boehringer has also sponsored medical education classes for doctors and nurses about hypoactive sexual desire disorder. In one course, released online in May, a quiz asked doctors to diagnose the condition of a 42-year-old working mother who takes care of three children and her own sick mother, and who had no desire for sex. (Her husband is mentioned only in passing.)

The correct answer? Schedule a follow-up visit to evaluate whether she has diagnosable hypoactive sexual desire disorder.

Étonnant, qu’elle n’ait pas envie, vous ne trouvez pas? Vite un médoc!

J’ai aussi retenu cette très belle phrase:

Women’s sex lives are often a struggle, a disappointment, an archipelago of regret.

Uhhh, ça ne doit pas rigoler tous les jours à la maison…

Dans le site promotionnel, je n’ai pas résisté à l’envie de télécharger l’Educational Toolkit, et je n’ai pas été déçu:

Photobucket

Tant de non-dits dans un seul mot, main.

Pas motivée pour ça non plus, vite un médoc!

Bref, revenons au problème soulevé par le NYT: bientôt pour coucher heureux, il va falloir être au minimum 4: 2 partenaires et 2 médocs…

(voire 5 si votre IELT est un peu limite)


Get off the track!

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Push to Market Pill Stirs Debate on Sexual Desire. By Duff Wilson. The New York Times. Published: June 16, 2010.


Tiefer L, 2006 Female Sexual Dysfunction: A Case Study of Disease Mongering and Activist Resistance. PLoS Med 3(4): e178. doi:10.1371/journal.pmed.0030178.


Disease Mongering: Turning Healthy People into Patients. PLoS Medicine Avril 2006.

L’avis de la commission de transparence sur le Multaq

Vous vous souvenez de la spéculation qui a entouré le titre de Sanofi sur l’éventuel avis défavorable de la commission de transparence de la HAS sur le Multaq® (dronédarone)?

Et bien, ça y est, l’avis de la commission vient d’être publié sur le site de la HAS.

Le Multaq® sera remboursé à 65%:

Avis favorable à l’inscription sur la liste des spécialités remboursables aux assurés sociaux (B/60) et sur la liste des médicaments agréés à l’usage des collectivités et divers services publics (B/60 et B/100) dans l’indication et aux posologies de l’AMM.

Conditionnements : adaptés aux conditions de prescription

Taux de remboursement : 65%

Mais son ASMR est bien V:

MULTAQ n’apporte pas d’amélioration du service médical rendu (ASMR V) par rapport à l’amiodarone dans la prise en charge des patients adultes cliniquement stables présentant un antécédent de fibrillation auriculaire (FA) ou actuellement en FA non permanente mais représente un moyen thérapeutique supplémentaire utile.

L’intégralité du rapport est ici.


Bon, c’est bien ce qu’il m’avait semblé…

La bioéquivalence en pratique

Un des principaux reproches fait par les adversaires des génériques est l’apparemment très large fourchette de tolérance (entre 80 et 125%) acceptée par les autorités sanitaires françaises lors de la détermination de la bioéquivalence d’un générique et d’un princeps.

Je n’ai jamais trouvé d’explications bien satisfaisantes sur ces limites. Pourquoi elles et pas d’autres ?

La plupart des documents sont soit non explicatifs, soit tellement techniques que je n’y comprends strictement rien.

Mais on va quand même essayer d’éclaircir un peu les choses.

Premièrement, ce n’est pas l‘action qui varie entre 80 et 125%, mais la biodisponibilité.

Byers JP, Sarver JG. Pharmacokinetic Modeling. In Hacker M, Bachmann K, Messer W. Pharmacology Principles and Practice. London: Academic Press; 2009. p. 202.

Par exemple, pour le clopidogrel, si tant est que l’on puisse mesurer son action autrement que par des critères cliniques ce serait par un test d’agrégabilité plaquettaire. Sa biodisponibilité est mesurée notamment par l’aire sous la courbe (ASC en français, AUC en anglais) des concentrations plasmatiques de clopidogrel en fonction du temps (AUC 0-t).

La biodisponibilité est censée être un reflet de l’efficacité. Tout le système de la bioéquivalence repose sur cette approximation. Après, on peut s’écharper sans fin pour savoir quelle est l’exactitude de cette approximation. Je ne vais pas rentrer dans ce débat.

Deuxièmement, et cela me semble bien plus important, ces bornes sont des bornes maximales d’acceptabilité.

C’est à dire qu’elles ne reflètent pas du tout la différence de biodisponibilité effectivement constatée entre un générique et un princeps.

Je vais prendre un exemple « chaud », un essai de bioéquivalence entre le Plavix® et le clopidogrel Mylan® qui a permis à ce dernier d’obtenir une AMM européenne.

Ce princeps et ce générique contiennent des sels différents: chlorydrate pour le générique et hydrogène sulfate pour le princeps. Mais dans les deux cas, c’est bien la biodisponibilité du clopidogrel que l’on mesure (petit rappel sur le métabolisme du clopidogrel ici).

Cet essai est disponible ici, à partir de la page 10.

Je ne vais pas décrire le protocole qui est le même pour la plupart des essais de bioéquivalence. Ici, on a étudié 96 sujets sains.

Les résultats sont les suivants (page 12) et représentent la disponibilité du clopidogrel dans le plasma:


Comme ça, ça fait peur, mais en fait, ce n’est pas si compliqué que cela.

On va se contenter de regarder la première colonne, c’est à dire l’aire sous la courbe entre t0 et un instant t: AUC 0-t.

Test, c’est le générique, Reference le princeps.

Ratio, c’est le rapport entre l’aire sur la courbe du test sur celle de la référence. C’est ce ratio dont l’intervalle de confiance doit se situer entre 80% et 125%. Ici, ce ratio est de 100% avec un intervalle de confiance de 90-110% On est donc parfaitement au sein des bornes.

BM Davit et al. Ann. Pharmacother., Oct 2009; 43: 1583 – 1597.

On va regarder très rapidement les autres colonnes: les Cmax (la concentration maximale de clopidogrel), Tmax (le temps mis pour arriver à la Cmax), et la demi-vie sont sensiblement les mêmes pour le générique et le princeps.

Voici deux autres exemples de ratios observés pour AUC 0-t:

  • clopidogrel Sandoz®: 90.43%

  • clopidogrel Qualimed®: 100%

Maintenant, vous allez me dire que ce ne sont que 3 exemples.

J’en conviens parfaitement.

Mais il y a des gens qui ont regardé de près cette fameuse différence effective. Ils ont étudié 2070 essais de bioéquivalence déposés depuis 12 ans devant la FDA.

La différence moyenne observée entre les aires sous la courbe du princeps et du générique est de…3.56%.

Dans 98% des cas, cette différence était inférieure à 10%. Le résumé de cette étude publiée dans Annals of Pharmacotherapy est ici.

Un argument des adversaires des génériques souligne que l’aspect du générique peut troubler les patients. Mais je pense qu’un peu de pédagogie peut le plus souvent améliorer les choses.

Enfin, ils accusent parfois les autorités sanitaires de ne pas analyser les génériques avec la même rigueur que les princeps.

Le problème est que de nombreuses autorités sanitaires, et non des moindres (EMA, FDA, autorités sanitaires japonaises, australiennes, sud-africaines, canadiennes) utilisent grosso modo les mêmes limites 80-125 et les mêmes protocoles d’études de pharmacovigilance.

Admettons que l’Afssaps (qui suit les protocoles de l’EMA, mais admettons quand même) soit aux ordres de Roselyne qui veut faire des économies à tout prix sur le dos des patients, j’arrive plus difficilement à comprendre que notre brillante Ministre ait une telle influence au niveau mondial. Dans le même ordre d’idées, j’ai du mal à imaginer une telle unanimité autour de protocoles qui seraient si peu rigoureux.

Peut-être un complot mondial concocté par un groupe de génériqueurs qui tire les ficelles du fond de leur base secrète édifiée sous le volcan Eyjafjöll ?

(c’est en réalisant un essai clinique de bioéquivalence de l’ExforgeHCT® qu’ils auraient accidentellement provoqué la fameuse éruption)

Je n’y crois pas trop.


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EPARs for authorised medicinal products for human use (lettre C, pour Clopidogrel)

CPMP. Note for Guidance on the Investigation of Bioavailability and Bioequivalence.


CHMP. Guideline on the Investigation of Bioequivalence.

History of Bioequivalence for Critical Dose Drugs. Gary Buehler, R. Ph. Acting Deputy Director Office of Pharmaceutical Science FDA. April 13, 2010 (présentation PPT).


Barbara M Davit, Patrick E Nwakama, Gary J Buehler, Dale P Conner, Sam H Haidar, Devvrat T Patel, Yongsheng Yang, Lawrence X Yu, and Janet Woodcock. Comparing Generic and Innovator Drugs: A Review of 12 Years of Bioequivalence Data from the United States Food and Drug Administration. Ann. Pharmacother., Oct 2009; 43: 1583 – 1597.


Rapport du CNOM sur le médicament générique, 4 février 2010.


Bioavailability and Bioequivalence. Jake J. Thiessen. Site de l’IUPHAR.

 

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16/06/10,  17/06/10 et 20/06/10: pas mal de petites modifications, c’est confirmé, j’ai besoin de vacances!

26/07/10: ré-actualisation en fonction du nouveau site de l’EMA

09/12/10: modification de la note

 

Ambulances héliportées (2)

Le NYT vient de publier un nouvel article sur l’activité des ambulances héliportées de l’armée américaine en Afghanistan.

J’avais parlé du premier article ici.

Rien de très nouveau, donc, mais l’article souligne le courage insensé des Medics.

Par ailleurs, au décours de l’article, une petite phrase en dit très long sur le moral des troupes américaines:

At the airfield, the crews had talked about what propelled them. Some of them mentioned a luxury: They did not wonder, as some soldiers do, if their efforts mattered, if this patrol or that meeting with Afghans or this convoy affected anything in a lasting way. Their work could be measured, life by life. They spoke of the infantry, living without comforts in outposts, patrolling in the sweltering heat over ground spiced with hidden bombs and watched over by Afghans preparing complex ambushes. When the Marines called, the air crews said, they needed help.

Leur luxe, c’est qu’ils savent que leurs efforts sont mesurables et servent à quelque chose, sauver des vies.

Fait très remarquable, étant donné les circonstances, en général, il se passe moins de 60 minutes entre l’appel d’une unité pour évacuer un blessé et l’arrivée de ce dernier à un poste médical.

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As Afghan Fighting Expands, U.S. Medics Plunge In. By C. J. Chivers. The New York Times. Published: June 12, 2010.

(Ne délaissez pas le reportage photo, dans la colonne de gauche)