Doromamire no Tora de Hayao Miyazaki

Je n’ai jamais lu de Manga, je n’accroche pas vraiment en fait, mais j’en ai découvert une qui m’a interpellé cet été.

Cet été, donc, entres hommes (mes 2 fils et moi), nous avons parcouru 4300km en voiture pour visiter 3 musées de chars: Munster, Bovington et Saumur. Pour résumer un peu rapidement, Munster est bien sans plus, la collection de Saumur est superbe mais la muséographie respire l’indigence par manque cruel de moyens, alors que la collection de Bovington et sa présentation hyper-pédagogique sont fabuleuses.

tigreiLe beau Tigre I de Munster.

ddUn très rare Sherman DD (ils ont presque tous coulé le jour du débarquement) avec sa jupe à Bovington.

thomasThomas en soldat du corps expéditionnaire britannique en Afghanistan (Bovington).

fireflyUn superbe Sherman Firefly avec son canon 17-pounder (un des rares chars alliés pouvant rivaliser avec les Tigres), et un Cromwell en arrière plan à Bovington

thomas1Thomas en officier britannique de la première guerre mondiale à Bovington

jagdtiger« LE » Jagdtiger de Bovington.

pantherLe très beau Panther recouvert de Zimmerit (ou plutôt de colle à carrelage après restauration) de Saumur. A droite, l’uniforme d’Otto Carius.

wittmannAu Cimetière militaire allemand de la Cambe, la tombe du pas très sympathique (mais très doué) Michael Wittmann et de son équipage. Vous remarquerez l’âge des combattants…

Bref, le thème de l’été était blindé. J’ai ainsi découvert Otto Carius, pharmacien de son état qui fut un redoutable tankiste allemand sur Tigre I et Jagdtiger.

cariusapothekeOtto Carius devant sa pharmacie en 2009 (Source)

J’ai trouvé ses mémoires, ici en anglais, qui décrivent le difficile quotidien des tankistes allemands lors de la seconde guerre mondiale.

tigri3N’allez pas comparer ce témoignage avec un récit de guerre comme À l’est rien de nouveau, (la guerre ne meurt jamais, n’est-ce pas…) mais vous en garderez des images saisissantes.

Living in a tank for weeks at a time wasn’t something to shout about. One needs a little bit of fantasy to be able to imagine it in real terms. The confinement and the grim cold took its toll after a while. Our health was under considerable attack, even though we didn’t want to admit it to ourselves. The results showed up later, however. Moisture from our breath and the petroleum lamp settled onto the inner walls of the tank. It soon froze and formed a thick, white coat of frost. If one of the crew nodded off and wound up with his hair on the wall of the tank, then it was actually frozen to it when he woke up. To a certain extent, we could only hunch down and shiver ourselves warm.

Tigers in the Mud. Otto Carius

Puis, par la grâce de Google, j’ai découvert que le grand Miyasaki avait publié une Manga tiré du récit d’Otto Carius en 1998, Doromamire no Tora.

miyazaki_cariusHayao Miyazaki et Otto Carius (Source)

J’ai eu un peu de mal à trouver cette Manga qui ne possède qu’une traduction pirate en anglais, faite par des fans absolus. Pour encore compliquer le tout, plusieurs fans ont fait plusieurs traductions partielles disséminées dans l’immensité du web (on dirait un pitch pour le futur Star Wars)…

tigri2 tigriBref, il faut vraiment vouloir lire cette manga pour y arriver. Mais ça vaut le coup pour les passionnés de chars et de Miyazaki (il doit bien en avoir?). La manga est très sympa et elle est remarquablement détaillée d’un point de vue technique. J’ai rassemblé les différents feuillets dans ce PDF de 124Mb, téléchargeable dans Google Drive.

(Première note co-écrite avec les petits Vailloud)

Les innovations disruptives de la E-santé (ou #sefaireacheterparGoogle) depuis 2009, en quelques dates

paradigmesante20dokbodyEt si on augmentait le numerus clausus (08/09/2016)

Commentaires sur la note précédente (30/07/2016)

Prendre en charge sa santé (14/06/2016)

La Révolution de la E-santé, l’éternel matin du Grand Soir (29/05/2016)

Theranos, la meilleure des tragédies grecques? (21/05/2016)

iDoigts, le compteur de doigts connecté (21/03/2016)

Une invention incroyable: la gélule connectée pour prendre la température corporelle (21/03/2016)

Surtout ne pas utiliser une application pour surveiller sa pression artérielle (PerrUche en automne. 03/03/2016)

La fin du stéthoscope (31/01/2016)

L’überisation de la santé (03/01/2016)

Dédé(ontologie) (19/12/2015)

Troisièmeavis.fr (14/12/2015)

Santé connectée. De la E-santé à la Santé connectée (janvier 2015. CNOM)

Du grand n’importe quoi… (22/11/2012)

Les patients aussi, ont leurs coquilles vides… (11/11/2012)

Des coquilles vides (27/10/2012)

Sede Vacante (03/04/2010)

Bravo!! (30/01/2010, aucun rapport avec le sujet mais cette note m’a de nouveau fait rire. Surtout quand on connait l’avenir radieux qu’a eu HON par la suite…)

Entreprenariat santé 2.0 (26/12/2009)

#Innovation #eSante #BigData #OpenData #hcsmeufr #hcsmeu #mSante #DigitalHealth #Biotech #DonnéesBiométriques #santéconnectée #FrenchTech #sefaireacheterparGoogle #DisruptiveTechnology #QuantifiedSelf #progrès

Malmener le cœur des femmes

Chaque année, c’est une tradition comme Octobre Rose, des communiqués de presse fleurissent sur le thème de la mauvaise reconnaissance des pathologies cardio-vasculaires chez la femme.

Et chaque année, c’est une tradition, comme Octobre Rose, ces communiqués de presse égorgent sur l’autel de la bonne intention de pauvres statistiques innocentes. Si vous ne vous rappelez plus le massacre des années précédentes, je vous conseille la lecture de cette superbe note: Le cardiologue rêve des femmes.

Aujourd’hui, je suis tombé sur cet article de Ouest-France, au titre accrocheur. Cet article est remarquable car il est cité (je présume donc endossé) par la très vénérable Fédération Française de Cardiologie:

fedecardioOn y voit une femme qui souffre et un titre frappant: Infarctus; les femmes ont 40% de risque d’être mal diagnostiquées.

40% By Jove!!! Je me précipite sur ma souris et je tombe sur cet article.

Le chapeau de l’article dit déjà quelque chose de différent:

Les personnes âgées de plus de 80 ans et les femmes atteintes d’un infarctus sont souvent victimes de mauvais diagnostic. Par rapport aux hommes, le risque d’être mal diagnostiquées augmente de 40 % chez les femmes.

Il ne s’agit donc pas d’un risque de 40% de mauvais diagnostic d’infarctus chez la femme, mais d’un sur-risque de 40% par rapport aux hommes. Je me dis que j’aimerais bien voir la source, et très opportunément, l’article donne un lien direct (ce qui est rare et remarquable): Impact of initial hospital diagnosis on mortality for acute myocardial infarction: A national cohort study. Je chipote un peu, mais cette étude n’a pas été publiée dans l’assez prestigieux EHJ mais dans une de ses sous-éditions.

ehjUn peu comme si un journaliste se vantait d’avoir publié un article dans Ouest-France, alors qu’il n’a eu qu’un entrefilet dans Ouest-France édition Plouézec.

L’erreur sur les 40% est déjà grave, mais le reste est pas mal non plus.

En fait, la population étudiée comporte 66.8% d’hommes et 33.2% de femmes. Pas de raz de marée féminin, donc. L’erreur de diagnostic initial, sur l’ensemble de la population, hommes et femmes compris, est de 29.9%. C’est beaucoup, mais nous sommes très loin des 40% du titre, et surtout, il n’existe pas de discrimination sexuelle bien nette dans l’erreur diagnostique. Vous allez me dire que c’est clairement marqué dans l’article de Ouest-France:

ehj1 Ce qui est déjà rigolo, c’est qu’on attend 3 facteurs, et seuls 2 sont cités. on sent que le journaliste a eu le doigt qui a bavé sur le ctrl+C. 

Ces fameux 3 facteurs viennent de là: 

baseline

Pas de statistiques, on ne connait ni la significativité, ni l’intensité du lien entre être une femme et avoir un diagnostic erroné à admission. Sur l’ensemble de l’article, je ne trouve que deux mentions de « female » et une de « women ». Donc pas vraiment un article intéressé par la discrimination liée au fait d’être une femme…

Si on lit le résumé de l’article scientifique, qui met en exergue les points forts du papier, à aucun moment le fait d’être une femme n’est cité, ne serait que comme donnée démographique, et encore moins comme facteur pronostic. La lecture de l’article le confirme, la soi-disant importante discrimination sexuelle du diagnostic d’infarctus n’apparaît que de façon très éparse, et sans aucune analyse statistique bien convainquante.

Ce qui n’a pas empêché le rédacteur de la dépêche d’en faire un brulot digne de la pasionaria.

Et encore, Ouest-France (et tous les médias français) ont eu une certaine retenue, contrairement aux medias britanniques qui rapportant exactement la même étude arrivent à 41, 50, voire 59% de sur-risque lié au sexe féminin:

gb(Source)

Alors quoi?

La lecture de l’article de Ouest-France, endossé par la FFC, comparé à l’article scientifique original m’a fait toucher du doigt quelques points intéressants:

  • Le rédacteur de la dépêche d’agence reprise par Ouest-France est soit d’une mauvaise foi énorme, soit il comprend encore moins que moi les biostatistiques.
  • La presse écrite se meurt et elle le mérite largement car faire ctrl+C-ctrl+V devant un écran toute la journée n’est pas du journalisme. Un minimum de vérification auprès des gens qui savent (je ne me comprends pas dedans) aurait pu être fait.
  • Défendre une cause juste, la reconnaissance des maladies cardio-vasculaires chez la femme en est une, n’excuse aucunement une torture des données digne du pire laboratoire pharmaceutique (pas de nom).
  • La presse britannique, pour faire bonne mesure et par chauvinisme a rajouté 10% de sur-risque féminin en plus par rapport à la notre. C’est dire la qualité des dépêches d’agences qui ont rapporté les résultats de ce papier. 

J’ai hâte d’arriver à l’an prochain pour savoir quelle pauvre étude scientifique va être malmenée pour le cœur des femmes.