Prendre en charge sa santé

Je suis tombé sur cet article intéressant dans le blog Well du NYT, qui décrit le fonctionnement d’un laboratoire US, proposant des analyses biologiques au « consommateur », sans passer par un médecin. Le DTC (Direct-to-consumer) en santé représente à la fois l’Eldorado pour ceux qui vendent ces services et le Shangri-La de l’Empowerment et du Patient-centered care pour ceux qui savent qu’ils en ont besoin.

Cela tombe finalement assez bien, les premiers savent parfaitement quoi dire aux seconds pour que ceux-ci accourent à eux les yeux brillants et les mains pleines d’euros (ou de dollars). Les labos US, dont Theranos, vendent donc du rêve et ont très bien développé leur marché qui est passé de 15 millions de US$ en 2010 à 131 l’an dernier.

Tant pis pour la pertinence clinique des examens, le théorème de Bayes, les comparaisons multiples et tout un tas d’autres considérations (ici et ici avec l’ami nephro) font bien piètre figure face aux Dieux Dollar et Ego.

L’article est intéressant car il pèse bien le pour et le contre de ce sytème, et raconte deux histoires de consommateurs/patients très satisfaits de ce système.

La première patiente se sentait fatiguée et est allée se faire faire une trentaine de tests biologiques, sans notion de consultation médicale préalable. Surprise, elle découvre un taux élevé de vitamine D. Elle arrête de prendre des suppléments qu’elle prenait (sur avis médical?) et tout est rentré dans l’ordre. Super histoire. Je fais n’importe quoi avec ma santé, car j’ai cédé à l’appel des marchands de compléments-alimentaires-low-carb-gluten-free-low-electromagnetic-hypervitaminés, en autoprescription et je refais n’importe quoi en m’auto-prescrivant une large batterie de tests plus ou moins pertinents. Heureusement pour elle, ça a marché. Cette fois.

Le second patient est plus intéressant. Les médecins consultés sont passés à côté d’un diagnostic de carence en testostérone (trauma cérébral en 2003) que le patient s’est auto-diagnostiqué en se prescrivant des analyses biologiques. Les analyses ont aussi montré une vitamine D trop basse et une B12 trop élevée (merci là aussi aux compléments alimentaires auto-prescrits). Dans ce cas, le patient a réellement participé activement à ses soins, rien à redire.

Je reste très dubitatif devant ce concept d’analyses DTC (pas de mauvais esprit…) dont l’absence de pertinence est un peu compensée par le nombre de tests faits à chaque prélèvement, mais qui reste statistiquement aberrant. Déjà, arrêtons de faire n’importe quoi en se gavant de trucs inutiles, au pire nuisibles, ça, c’est le véritable patient-centered-care.

Et en France, me direz-vous? Une start-up va t’elle enfin amener une innovation disruptive permettant de mettre à bas l’oppressant monopole médical des prescriptions biologiques et permettre de développer l’empowerment éclairé des consommateurs, pour leur plus grand bien, bien entendu?

Cette start-up existe depuis des années, il s’agit de votre laboratoire d’analyses médicales de quartier. Nul besoin de prescription pour se faire faire des batteries infinies de tests biologiques, à vos frais, bien sûr (sous réserve que le biologiste soit médecin, m’a dit sans certitude mon biologiste favori).

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

2 thoughts on “Prendre en charge sa santé”

    1. J’ai un patient qui est effectivement allé directement au labo pour se faire faire des D dimères, des troponines et un pro BNP devant quelques douleurs thoraciques . Il est venu me demander de les prescrire par la suite! Il est vrai qu’il a un stent coronaire. J’ai téléphoné au labo qui m’a confirmé ne pas pouvoir(!) refuser de les faire. La seule différence est que le laborantin lui a conseillé de venir me trouver pour se faire rembourser par une prescription à posteriori. J’ai expliqué au laboratoire que les troponines n’étaient pas un examen à prescrire par un généraliste lors d’une douleur , et que leur négativité pouvait être faussement trompeuse et que la responsabilité du labo dans ce cas pourrait être totale et très grave. J’étais furieux et ai sermonné mon patient en lui disant que c’était la première et dernière fois que j’acceptais celà, notre relation a été quelque peu refroidie…

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