American Psycho

J’ai enfin terminé American Psycho de Bret Easton Ellis, probablement après l’avoir commencé il y a un an, un an et demi. J’ai bien failli ne pas le finir, écœuré d’abord par l’énumération pointilleuse de toutes les marques d’oripeaux de luxe qui entourent Patrick Bateman, le héros (millionnaire), puis par les descriptions ignobles des meurtres qu’il commet (ou imagine commettre?) au fur et à mesure qu’il plonge dans la folie.

american-psychoPassé cela, et ce n’est pas simple, ce bouquin restera pour moi un grand roman, quelque chose de marquant, un texte qui joue, et sort de son espace à deux dimensions en se contorsionnant comme un ruban de Möbius.

L’univers de American Psycho est grouillant, et il est parfois difficile de se souvenir qui est qui. Au fait, cela n’a aucune importance, puisque tous les personnages sont interchangeables. D’ailleurs, le texte fourmille de fausses reconnaissances (cela me touche beaucoup, moi qui ai toujours eu des problèmes de reconnaissance de visages, je dois être prosopagnosique a minima…).

Certains chapitres sont réellement à couper le souffle de virtuosité, par exemple Anniversaire entre frères. D’autres, paraissent initialement totalement inutiles (?) comme l’analyse pointilleuse  d’un album de Whitney Houston, mais ils permettent au lecteur de souffler avant de mieux souffrir avec le suivant. Ces chapitres intercalaires m’évoquent ceux sur la biologie du cachalot dont Herman Melville a truffé son Moby-Dick. D’autres, enfin, ne sont qu’une longue hallucination, dont on n’arrive même pas à estimer la part de réalité puisque le narrateur est tout sauf fiable. La description de la folie de Bateman est impressionnante: à mesure que son univers mental se délite, il se raccroche comme il peut à des détails qui le rassurent mais deviennent des obsessions: la date de retour des cassettes vidéos louées, l’aspect de ses cheveux, de ses dents…

am psychoL’univers décrit est celui des yuppies de la fin des années 80. Rien n’a changé depuis la sortie du livre, en 1991. L’image torturée de ce monde est probablement bien plus généralisable à notre époque, et pas seulement à Wall-Street, dans le monde des super-riches.

J’ai eu le courage de reprendre ma lecture en regardant la bande annonce du Loup de Wall Street qui se déroule à la même époque. Mais je n’irai pas voir ce film (comme je ne suis pas allé voir l’adaptation cinématographique de American Psycho).

J’ai mon compte de cet univers décadent. Je vais aller regarder les belles couleurs des feuilles d’arbres sur fond de ciel bleu…

feuilles

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Dans le Monde, un excellent entretien avec ce grand fou de Bret Easton Elis .

Auteur : Jean-Marie Vailloud

Cardiologue de formation, je suis aussi l'administrateur du blog Grange Blanche.

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