Quelques applications médicales pour iPad/iPhone

L’iPad/iPhone n’a pas (encore?) révolutionné ma pratique médicale, mais hier j’ai trouvé quelques applications gratuites sympas.

Une application qui présente des planches anatomiques configurables et sur lesquelles on peut dessiner. Pas mal pour illustrer une explication à un patient. Existe pour l’uro/anesthésie/ortho/chirurgie générale.

Tout savoir sur les gaz du sang (application universelle).

J’ai déjà parlé de ces Apps, mais ce sont celles que j’utilise le plus au quotidien. J’ai une préférence pour MedCalc.

De jolis schémas pour illustrer les explications aux patients. L’App est publiée par Boston Scientific.

Publié par le CLUD de l’APHP en partenariat avec l’Institut Upsa.

Deux exemples réussis d’Apps de publications scientifiques.

Une application gratuite développée par Édouard Daubin ( @Docteuri et @Appocrate ), que j’ai découverte via la @supergelule. Il s’agit d’un logiciel d’aide à la prescription comparable à BCB pour iPhone, Vidal (tiens, je viens de me rendre compte que Vidal pour iPhone n’existe plus, des infos?)…

L’ergonomie est magnifique d’intelligence, sur ce point la BCB est enfoncée. On peut scanner le code barre d’une boite de médicament et l’application affiche sa notice complète. Ajouter les molécules pour le contrôle des interactions est un plaisir (les utilisateurs de la BCB apprécieront).

Par contre, je dirais Work in Progress car l’application n’est pour l’instant pas fiable du fait de bugs et surtout de lacunes au niveau de la recherche des interactions médicamenteuses:

Copie d’écran app’Ocrate

Copie d’écran BCB pour iPhone

  Copie d’écran du Thesaurus du 29/03/2012

On peut très facilement dialoguer avec le développeur qui est ouvert aux suggestions. Donc tout cela devrait rentrer dans l’ordre rapidement. Reste à voir si cette App restera gratuite, quel est son modèle économique, la périodicité des mises à jour…

Si tous les voyants passent/restent au vert, elle pourrait tout à fait concurrencer mon App de référence, la BCB pour iPhone, qui est fiable mais dont l’interface est aussi ergonomique que celle d’un tracteur soviétique.

A surveiller et à garder dans un coin de son esprit.

HBPM et valves mécaniques (suite)

Je ne pensais pas faire de suite, mais j’ai trouvé une recommandation très récent de l’ACCP (février 2012) et deux lecteurs m’ont signalé l’existence d’un texte de la HAS.

D’abord l’ACCP 2012. Le texte se concentre principalement sur la pertinence de relayer les AVK avant chirurgie:

2.4. In patients with a mechanical heart valve, atrial fibrillation, or VTE at high risk for thromboembolism, we suggest bridging anticoagulation instead of no bridging during interruption of VKA therapy (Grade 2C) .

Remarks: Patients who place a higher value on avoiding perioperative bleeding than on avoiding perioperative thromboembolism are likely to decline heparin bridging.

In patients with a mechanical heart valve, atrial fi brillation, or VTE at low risk for thromboembolism, we suggest no-bridging instead of bridging anticoagulation during interruption of VKA therapy (Grade 2C) .

In patients with a mechanical heart valve, atrial fi brillation, or VTE at moderate risk for thromboembolism, the bridging or no-bridging approach chosen is, as in the higher- and lowerrisk patients, based on an assessment of individual patient- and surgery-related factors.

Et pour les procédures mineures:

2.5. In patients who require a minor dental procedure, we suggest continuing VKAs with coadministration of an oral prohemostatic agent or stopping VKAs 2 to 3 days before the procedure instead of alternative strategies (Grade 2C) . In patients who require minor dermatologic procedures and are receiving VKA therapy, we suggest continuing VKAs around the time of the procedure and optimizing local hemostasis instead of other strategies (Grade 2C) . In patients who require cataract surgery and are receiving VKA therapy, we suggest continuing VKAs around the time of the surgery instead of other strategies (Grade 2C) .

Donc ici pas question de critère de choix HBPM/HNF. Mais ce point est abordé dans la discussion:

In observational studies, patients at high risk for thromboembolism have typically received bridging with therapeutic-dose SC LMWH (Table S2).

This bridging regimen was associated with a low (1%-2%) incidence of ATE. 31,45-47,51,79-85 Fewer, typically older, stud ies assessed bridging therapy with IV UFH in high-risk patients. 47,66,86 The incidence of thromboembolic events with IV UFH bridging was more varied, between 0% and 5%, in these studies. In one cohort study involving patients with a mechanical heart valve, there was no signifi cant difference in thromboembolic and major bleeding between patients bridged with LMWH and those bridged with UFH.

In one cohort study that included 79 patients with a mechanical heart valve who received intermediatedose bridging (ie, enoxaparin 40 mg bid), there were no perioperative ATE events. 49 As shown in the evidence profi le (Table S3), there were no studies assessing throm boembolic risk in high-risk patients who had VKA interruption and did not receive any heparin bridging.

Donc en gros pas de différence entre HNF et HBPM.

Que dit la HAS dans sa recommandation de 2008?

Pas grand chose, il faut aller chercher dans l’argumentaire pour que ça devienne intéressant:

La seule étude randomisée, de très faible effectif (14 patients porteurs de valves mécaniques), a observé que les HBPM permettaient d’obtenir le taux attendu d’activité anti-Xa de façon plus rapide et plus stable que l’HNF intraveineuse à la seringue électrique (Omran 2003). Les mêmes résultats sont mis en évidence dans l’étude comparative de Montalescot (2000) (niveau de preuve 3).

Les données de l’étude de Carrel (1999) sont en faveur d’une supériorité du relais par HBPM par rapport à l’ensemble des autres options testées (relais par HNF, absence de relais, poursuite desAVK) : hémorragies 0 % versus 8,5 % et accident thromboembolique 0 %versus 7,5 % (niveau de preuve 4).

Les séries de cas ont décrit l’usage des HBPM pour des patients bénéficiant aussi bien de chirurgie majeure, mineure, d’actes invasifs ou de chirurgie orale (Spyropoulos 2006, Spandorfer 1999, Ferreira 2003, Spyropoulos 2004, Wilson 2001, Douketis 2004, Kovacs 2004, Jaffer 2005, Tinmouth 2001). Les taux de complications thromboemboliques et hémorragiques étaient bas.

Ces séries de cas ont établi que les HBPM étaient une alternative à l’HNF :

– efficaces, évaluées sur l’incidence des complications thromboemboliques (Spandorfer 1999, Ferreira 2003, Kovacs 2004, Tinmouth 2001, Spyropoulos 2004, O’Neill 2005, Meurin 2006) ;

– sûres, évaluées sur l’incidence des complications hémorragiques (Ferreira 2003, Kovacs 2004, Tinmouth 2001, Spyropoulos 2004, O’Neill 2005, Meurin 2006) ;

– économiques, évaluées sur la réduction des coûts de prise en charge permise par les HBPM (Tinmouth 2001, Spyropoulos 2004), qui ont pour avantage la possibilité d’être administrées en ambulatoire pour éviter la contrainte et le coût de l’hospitalisation ;

– satisfaisant pour les patients (Spandorfer 1999).

Elles ont aussi montré qu’elles permettaient d’atteindre des taux thérapeutiques de façon plus rapide et plus stable.

Conclusion

Le groupe recommande un relais pré et postopératoire par une héparine à dose curative chez tous les patients porteurs d’une PVM. Les HBPM (hors AMM dans cette indication) sont une alternative à l’HNF, sous réserve du respect de leurs contre-indications.

La HAS propose donc les HBPM comme alternative hors AMM…

Curieux, mais c’est ainsi.

Bilan des courses, j’en sais indubitablement plus qu’hier et mes certitudes se sont transformées en doutes.

Merci @nfkb!

HBPM et valves mécaniques

Cette question revient très fréquemment sur le tapis, et comme toujours, ma réponse fut sans nuance:

Puis j’ai réfléchi, et je suis allé voir les recommandations en vigueur.

Il en existe deux:

L’américaine est la moins directive sur l’utilisation des HBPM:

9.2.5. Bridging Therapy in Patients With Mechanical Valves Who Require Interruption of Warfarin Therapy for Noncardiac Surgery, Invasive Procedures, or Dental Care

Class I

1. In patients at low risk of thrombosis, defined as those with a bileaflet mechanical AVR with no risk factors,* it is recommended that warfarin be stopped 48 to 72 h before the procedure (so the INR falls to less than

1.5) and restarted within 24 h after the procedure. Heparin is usually unnecessary. (Level of Evidence: B)

2. In patients at high risk of thrombosis, defined as those with any mechanical MV replacement or a mechanical AVR with any risk factor, therapeutic doses of intravenous UFH should be started when the INR falls below 2.0 (typically 48 h before surgery), stopped 4 to 6 h before the procedure, restarted as early after surgery as bleeding stability allows, and continued until the INR is again therapeutic with warfarin therapy. (Level of Evidence: B)

Class IIa

It is reasonable to give fresh frozen plasma to patients with mechanical valves who require interruption of warfarin therapy for emergency noncardiac surgery, invasive procedures, or dental care. Fresh frozen plasma is preferable to high-dose vitamin K1. (Level of Evidence: B)

Class IIb

In patients at high risk of thrombosis (see above), therapeutic doses of subcutaneous UFH (15 000 U every 12 h) or LMWH (100 U per kg every 12 h) may be considered during the period of a subtherapeutic INR. (Level of Evidence: B)

Class III

In patients with mechanical valves who require interruption of warfarin therapy for noncardiac surgery, invasive procedures, or dental care, high-dose vitamin K1 should not be given routinely, because this may create a hypercoagulable condition. (Level of Evidence: B)

*Risk factors: atrial fibrillation, previous thromboembolism, LV dysfunction, hypercoagulable conditions, older-generation thrombogenic valves, mechanical tricuspid valves, or more than 1 mechanical valve.

[…]

LMWH is attractive because it is more easily used outside the hospital. One study of bridging therapy for interruption of warfarin included 215 patients with mechanical valves. In the total group of 650 patients, the risk of thromboembolism (including possible events) was 0.62%, with 95% confidence intervals of 0.17% to 1.57%. Major bleeding occurred in 0.95% (0.34% to 2.00%). However, concerns about the use of LMWH for mechanical valves persists, and package inserts continue to list a warning for this use of these medications.

En fait, elle ne recommande rien sur ce point précis. Le praticien qui prescrit des HBPM le fait à ses risques et périls.

L’européenne est nettement plus précise:

Interruption of anticoagulant therapy

Although most instances of short-term anticoagulation interruption do not lead to thrombo-embolism or valve thrombosis, the corollary is that most cases of valve thrombosis occur following a period of anticoagulation interruption for bleeding or another operative procedure.

Anticoagulation management during subsequent non-cardiac surgery therefore requires very careful management on the basis of risk assessment. Besides prosthesis- and patient-related prothrombotic factors (Table 17), surgery for malignant disease or an infective process carries a particular risk, due to the hypercoagulability associated with these conditions. For very high-risk patients, anticoagulation interruption should be avoided if at all possible. Many minor surgical procedures (including dental extraction) and those where bleeding is easily controlled do not require anticoagulation interruption. The INR should be lowered to a target of 2.0.(Recommendation class I, Level of evidence B).

For major surgical procedures, in which anticoagulant interruption is considered essential (INR ,1.5), patients should be admitted to hospital in advance and transferred to intravenous unfractionated heparin (Recommendation class IIa, Level of evidence C). Heparin is stopped 6 h before surgery and resumed 6–12 h after. Low molecular weight heparin (LMWH) can be given subcutaneously as an alternative preoperative preparation for surgery (Recommendation class IIb, Level of evidence C).

However, despite their wide use and the positive results of observational studies, the safety of LMWHs in this situation has not been widely established and their efficacy has not been proved by controlled studies, particularly in patients at high risk of valve thrombosis. When LMWHs are used, they should be administered twice a day, using therapeutic rather than prophylactic doses, adapted to body weight and if possible according to monitoring of anti-Xa activity. LMWHs are contraindicated in case of renal failure.

Despite the low level of evidence for both strategies, the committee favours the use of unfractionated intravenous heparin.

Donc les HBPM sont une alternative malgré l’absence d’argument d’essai contrôlé. Les auteurs recommandent néanmoins l’héparine non fractionnée.

Voilà voilà voilà…

Donc, les HBPM, c’est possible mais sans preuve scientifique bien nette.

Donc mea culpa, les recos en parlent et ne les excluent pas formellement.

Mais pour moi, étant donné la faiblesse des preuves scientifiques en faveur de leur utilisation, ça reste non.

Un peu hors sujet, mais intéressant quand même, les recommandations de l’ACCP de février 2012 parlent des HBPM chez les porteurs de valves mécaniques en post-opératoire immédiat de chirurgie cardiaque:

9.1 Early Postoperative Bridging to Intermediate/ Long-term Therapy (Postoperative Day 0 to 5)

9.1. In patients with mechanical heart valves, we suggest bridging with unfractionated heparin (UFH, prophylactic dose) or LMWH (prophylactic or therapeutic dose) over IV therapeutic UFH until stable on VKA therapy (Grade 2C)

Mais cette période reste très particulière et ne doit certainement pas être généralisée. La suite de cette note ici.