Publicité pour produits de santé et médias sociaux

Vous savez que je suis un fan des comptes-rendus de la commission de contrôle de la publicité de l’Afssaps. On y trouve souvent quelques perles, mais aussi des mises au point intéressantes.

Le compte-rendu de la commission du 08/07/2011 amorce un débat contradictoire sur une publicité pour un produit anti-poux qui pourrait avoir Facebook comme support. Ca commence page 11. Pour les flemmards du clic, en voici le texte intégral:

0994G11 Support : page Facebook
Aucune situation de conflit d’intérêt important susceptible de faire obstacle à la participation des membres de la commission aux débats et à la délibération n’a été identifiée ni déclarée sur ce dossier.

Cette publicité en faveur d’une gamme de spécialités indiquées dans le traitement des poux et des lentes du cuir chevelu (poux de tête) est une page promotionnelle créée sur le site Facebook.

Le groupe de travail souligne que ce nouveau support publicitaire soulève différentes problématiques :

1) La fonctionnalité « partager » est un lien qui permet l’intégration en l’état de la page promotionnelle sur la page Facebook personnelle de l’internaute qui le souhaite ou sur la page Facebook personnelle d’un ami si celui-ci l’a autorisé ; la fonctionnalité « partager » permet également la transmission à un ami de la page promotionnelle au sein d’un message privé. Or, s’il n’est pas possible de modifier l’élément transmis lui-même, il est d’une part possible de lui accoler un contenu libre dans le message privé, et d’autre part possible de lui accoler un commentaire lors de sa publication sur une page Facebook personnelle ; dans le cas d’une publication sur une page Facebook personnelle, l’ensemble (page promotionnelle + commentaires) sera visible par le réseau social de la personne concernée, réseau social qui pourra à son tour rédiger un commentaire accolé à cette publication, approuver la page promotionnelle en appuyant sur un bouton « j’aime » ou intégrer à son tour la publication sur sa page Facebook personnelle pour la partager avec son propre réseau social.

Or, le contenu de ces commentaires n’étant pas contrôlable, il est par conséquent susceptible de contrevenir aux dispositions du code de la santé publique relatives à la publicité grand public.

Il est ainsi rappelé qu’à la suite de la séance de la commission du 11 mai dernier, une application pour
téléphone i-phone intitulée « [marque ombrelle] i-Pollen » a été refusée, dans la mesure où la plateforme commerciale Apple-store laisse aux internautes la possibilité de donner leur avis sur les différentes applications s’y trouvant ou encore d’envoyer des messages électroniques à leurs contacts pour leur recommander des applications, ces avis et messages n’étant pas maîtrisables.

2) La fonctionnalité affichant le nombre de « personnes aiment ça » pourrait constituer une attestation de guérison ce qui serait contraire à l’article R. 5122-4 du code de la santé publique.

3) Par la fonctionnalité « événements de vos amis », des événements auxquels participent les amis de la page promotionnelle peuvent être évoqués ; la fonctionnalité « vous connaissez peut-être » présente des amis pouvant être communs ; or, ces deux fonctions pourraient mettre en avant des personnes connues ou des professionnels de santé et contrevenir ainsi à l’article R. 5122-4 6°) du code de la santé publique qui stipule qu’une publicité pour un médicament auprès du public ne peut comporter aucun élément qui se référerait à une recommandation émanant de scientifiques, de professionnels de santé ou de personnes qui, bien que n’étant ni des scientifiques ni des professionnels de santé, peuvent, par leur notoriété, inciter à la consommation du médicament concerné.

Ainsi il est proposé à la commission de refuser ce nouveau support.

AVIS DE LA COMMISSION :

Un membre de la commission demande s’il serait réalisable de bloquer les différentes possibilités jugées problématiques par le groupe de travail.

L’Afssaps précise que ces différentes possibilités font partie des fonctionnalités inhérentes à Facebook, et qu’il n’est techniquement pas envisageable pour le laboratoire de les limiter. Plusieurs membres de la commission estiment que ce support publicitaire n’est pas acceptable.

A l’issue des délibérations, il est procédé à un vote à main levée dont les résultats sur 21 votants sont :

– 18 voix en faveur de refuser l’octroi d’un visa à cette publicité

– 3 abstentions.

A suivre, car fort intéressant, et les enjeux sont énormes…

The End of The Game

Depuis 2005, nous parrainons Gnogo une petite fille, maintenant une adolescente guinéenne née en 1996 via l’association Plan-France.

Je rappelle le principe du parrainage: Plan-France sélectionne des projets humanitaires locaux dans une communauté d’un pays en voie de sous-développement. Afin de créer un lien entre ces projets et les donateurs, Plan nous propose de suivre un enfant de cette communauté sur le long terme.

Les dons (300€ par an) ne sont pas destinés exclusivement à cet enfant, mais à la réalisation d’un projet communautaire prédéfini.

Néanmoins, la personnalisation apporté un supplément d’humanité et nous échangeons régulièrement des courriers des photos et des petits cadeaux, via Plan, avec Gnogo.

Nous partageons donc ses joies et ses peines. Et sa dernière lettre est sombre puisque la maladie de son père l’a contraint à arrêter l’école afin d’aider sa mère aux champs.

Elle rêvait de devenir infirmière ou médecin (on se demande bien pourquoi…).

L’ascenseur social ne s’arrêtera pas à son étage.

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Les TdeJ

Une Bible trône sur la tablette à côté d’un verre d’eau aux trois-quarts vide.

La dame est souriante dans son lit. Le monsieur, une bonne bouille bien sympathique, me regarde droit dans les yeux en souriant.

Le caractère enjoué de la conversation tromperait sans doute un témoin qui rentrerait alors dans la chambre. La situation est grave.

Madame a une bombe à retardement, qui a déjà miraculeusement fusé une fois dans la poitrine. Miraculeusement et pas médicalement, car la première fois, ils ont tous les deux, en toute conscience, refusé l’intervention indiquée en urgence car il aurait alors fallu très probablement la transfuser. La bombe n’a pas explosé, la situation s’est stabilisée, mais une intervention est néanmoins nécessaire à court terme. Alors on attend en écoutant le tic-tac. Ah oui, j’oubliais, la transfusion autologue est interdite, on ne peut même pas la mettre en place pour une intervention devenue un peu moins urgente. C’est déjà difficile de nager avec des chaussures en plomb, mais on va aussi attacher une main dans le dos pour que la tache des soignants soit encore moins facile. Par contre, ni la CEC, ni le Cell-Saver sont interdits. Va comprendre ça, Charles. Ces subtilités médico-religieuses me dépassent complètement (une histoire de continuité de circuit…).

C’est la première fois que je rencontre en situation professionnelle des TdeJ sympas, très sympas même. En dehors du boulot, ils ne vont pas plus loin que mon portail.

Madame et son époux sont aussi sectaires que les autres, et pour des motifs religieux, ils mettent en péril la vie de la dame apparemment sans aucun questionnement ou scrupule. Pour moi, c’est bien la plus misérable chose qu’un être humain puisse faire. Aucune religion ou croyance ne devrait induire un risque pour la vie du croyant ou d’autrui.

Mais ce sont mes patients, alors je les respecte. Par ailleurs, comme ils sont très agréables, on a fini par sympathiser. Je ne soigne pas des TdeJ, mais des êtres humains, qui par ailleurs ont cette croyance.

Leur organisation a une logistique assez remarquable. Le dossier médical de la dame a été transmis à des équipes chirurgicales qui seraient susceptibles de l’opérer sans la transfuser. Le « coordinateur » a trouvé une équipe à l’autre bout de la France.

Je suis chargé « d’optimiser » son hémoglobine. Le monsieur m’a proposé avec beaucoup de tact l’aide d’un hématologue afin de m’aider dans cette tâche. Une famille d’accueil va assurer leur hébergement avant et après l’intervention…

Toute cette logistique afin de respecter une foi aberrante, quel gâchis.

Bon, ce n’est pas un gâchis pour tout le monde car le chirurgien, qui n’est pas un TdeJ, exploite le bon filon depuis des années et leur demande un très confortable dépassement d’honoraire. Les patients savent parfaitement qu’il abuse. L’explication qu’il leur a sortie est quand même assez abracadabrantesque: L’intervention est délicate, il me faut doubler l’équipe chirurgicale et anesthésique. Il veulent faire une partie de rugby pendant l’intervention?

Mais les patients paieront quand même, au nom de la foi.

Depuis que je m’occupe de la dame, j’ai un peu fouiné sur la toile, et j’ai trouvé quelques textes intéressants sur les TdeJ, les problèmes spécifiques qu’ils nous posent, mais aussi d’un point de vue un peu plus général sur la problématique de la liberté du patient:

Respectons la vie et le sang. (site officiel des TdeJ).

Le refus de soin conscient ou inconscient. (Inserm)

Le rapport de la Miviludes. (2005)

Un texte intéressant paru dans le journal Le Monde en 2002.

Éthique médicale et Droits de l’Homme. (cours de P1 Bichat-Lariboisière).

Doc, j’en ai pour combien?

Cette note de l’excellent blog Well de Tara Parker-Pope décrit une situation terrible, à la fois très banale mais unique à chaque malade, l’annonce d’un pronostic péjoratif. Je pense que chacun se retrouvera dans cette situation. Ou pas…

Mon grand-père est mort d’un cancer du rein sans le savoir. De l’autre côté du spectre, j’ai des patients, notamment un patient-médecin à qui j’ai annoncé un pronostic péjoratif, il y a bien 5-6 ans. Je le lui ai annoncé car c’est un confrère.

Sinon, en général je ne m’avance jamais. les livres ne donnent que des moyennes, or, chaque patient est unique. Le français moyen n’existe pas, tout comme le patient-cardiaque-terminal moyen.

Quand nous avons eu à nous occuper du patient de cette note, mon Maître m’avait confié une mission, celle de le maintenir en vie pendant 1 mois, pour qu’il puisse assister au mariage de sa fille.

Et bien, ce n’était pas gagné… Je n’avais jamais vu un tel bas débit cardiaque. J’ai alors expliqué à sa fille, qui était au courant de ma mission, que 1 mois, pour lui c’était le bout du monde, voire au-delà, selon toute vraissemblance au-delà. Bien évidemment, nous nous sommes bien gardés de le dire au patient. 

Bon, on vient de fêter en juin les deux ans (ou 1 an, j’ai un trou, mais je vais vérifier) de mariage et il est toujours là. Nous n’avons strictement rien fait d’extraordinaire. Nous avons navigué à vue, en nous asseyant parfois sur les recommandations inadaptées pour un cas aussi extrême.

Comme je l’ai dit dans la première note le concernant, cette victoire à la Pyrrhus a pour moi un goût amer. Mais il est là, déjouant tous les pronostics médicaux, et ce n’est certainement pas à moi de juger si cela est bon ou pas.

Aucun rapport (ou presque), mais je vous recommande l’article mis à jour par l’ami nephrologue, c’est tellement vrai:

http://twitter.com/#!/PUautomne/status/123282889151488001