La dénervation arrive

Un communiqué de presse alarmiste a été diffusé récemment aux médias (merci à celui qui me l’a fait parvenir).

La crise économique, la pollution, la raréfaction des ressources naturelles, la surpopulation ne sont rien en comparaison de la nouvelle menace qui se profile sur nous autres, pauvres humains.

Rien n’est pire pour l’homme que l’hypertension artérielle résistante!

C’est pas moi qui le dit, c’est eux.

100 millions d’hypertendus résistants dans le Monde, 100 millions!

Heureusement, un grand monsieur de la cardiologie prend son bâton de pèlerin pour nous alerter, mais aussi nous rassurer, puisque la campagne « La tension sous pression » devrait pouvoir arranger les choses: 

J’ai le souhait que la campagne La tension sous pression participe à amener plus de patients à l’objectif thérapeutique.

J’ai moins peur, mais à peine moins.

L’enquête internationale, publiée dans… au fait, dans quelle grande revue c’est sorti? Ah, en fait, on me dit dans mon oreillette que c’est Harris Interactive qui a réalisé une enquête en ligne en interrogeant des hypertendus résistants de plusieurs pays. Et bien, les résultats sont proprement effrayants:

Près des deux tiers (66 %) des personnes ayant une ‘hypertension artérielle résistante aux traitements’ ont indiqué dans une nouvelle enquête que l’hypertension artérielle restait leur principale préoccupation malgré un traitement médical continu. Elles sont quatre sur cinq (81 %) à indiquer avoir besoin de nouvelles solutions thérapeutiques pour pouvoir contrôler leur tension dangereusement élevée.

Incroyable, une majorité de patients présentant un facteur de risque potentiellement sévère et non contrôlé se disent préoccupés et souhaitent qu’un nouvelle solution thérapeutique soit trouvée!

Les patients de l’enquête ayant une hypertension artérielle résistante aux traitements indiquent que cette affection représente leur souci de santé le plus sérieux et a un fort impact sur leur vie quotidienne. Six patients sur dix (57%) admettent être très préoccupés par l’idée d’avoir un AVC (Accident Vasculaire Cérébral) dû à leur hypertension artérielle. Huit patients sur dix ayant une hypertension résistante aux traitements ont déclaré que leur hypertension avait un impact négatif sur leur tranquillité d’esprit (82 %) et leur santé en général (83 %).

Tu parles, Germaine, avec tout ce qu’on dit à la TV depuis des années sur la tension! Et ce temps qui se détraque à cause des satellites!

Personnellement, je suis presque un peu plus étonné que 33% s’en fichent et que 19% ne souhaitent pas de trouver de solution à leur problème…

Quelle est donc cette nouvelle option thérapeutique que les patients réclament à corps et à cris, comme le dit bien grassement la phrase d’entame du communiqué:

Les patients français ont besoin de nouvelles solutions thérapeutiques.

L’aliskiren? Non, ça, c’était la nouvelle thérapeutique innovante de 2009.

Là, on parle de nouvelle nouvelle thérapeutique innovante.

Le communiqué nous laisse sur notre faim en ne donnant pas le nom de la nouvelle nouvelle thérapeutique innovante qui va de nouveau terrasser définitivement l’hypertension résistante.

Il y a néanmoins un indice dans le texte. Mon contact dans les médias, appelons-le Gorge Profonde, pour préserver son anonymat a demandé à l’agence de communication de quoi il retournait:

– S’agit il de la technique d’ablation par radio-fréquence sur la veine rénale?

– Il s’agit effectivement d’une technique d’ablation par radio fréquence mais via les ARTERES RENALES en passant bien entendu par l’artère fémorale.

L’indice à trouver était que ce sondage, de même que tout le programme « Tension sous Pression » est financé par Medtronic. Cette société de matériel ne fait pas d’anti-hypertenseur, mais depuis le rachat de Ardian, ils commercialisent des catheters d’ablation. On a commencé à parler de cette technique en 2010, par exemple ici.

On se trouve devant un truc assez banal en communication commerciale: montrer qu’il y a un problème, si possible le monter en épingle avec une étude/sondage plus ou moins bidon, puis laisser entendre qu’il y a une solution à ce problème majeur. Éventuellement, ménager le suspens.

L’étoile mystérieuse-Hergé

Je parie qu’on va reparler de cette technique d’ablation dans pas très longtemps dans les médias (on en parlera déjà le 16/12 prochain aux 31ièmes journées de l’hypertension artérielle).

L’HTA résistante est un problème effectivement grave, mais est-ce que l’ablation est une solution efficace et pérenne?

L’avenir le dira, pas la pub.

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Renal sympathetic denervation in patients with treatment-resistant hypertension (The Symplicity HTN-2 Trial): a randomised controlled trial Symplicity HTN-2 Investigators. The Lancet – 4 December 2010 ( Vol. 376, Issue 9756, Pages 1903-1909 ). DOI: 10.1016/S0140-6736(10)62039-9.

Schlaich MP, Sobotka PA , Krum H, Lambert E, Esler MD. Renal sympathetic-nerve ablation for uncontrolled hypertension. N Engl J Med.2009;361(9):932–934.

MSD, les médecins et les valises de biftons

Libération a obtenu l’enregistrement d’une réunion interne de cadres de MSD France (une filiale de Merck) qui s’est déroulée en juin dernier.

Vous pouvez écouter l’enregistrement ici, et lire un autre article de Libé sur le sujet ici. Ma première réaction a été de me dire que quelqu’un devrait saisir le Codeem sur ce point de déontologie.

Puis après avoir bien rigolé en pensant à cette bonne blague, je suis passé à autre chose.

Est-ce que cet enregistrement est choquant?

Oui et non.

Oui, car il peut illustrer la façon dont une certaine partie de l’industrie nous voit, qui est bien entendu aux antipodes de ce qu’elle voudrait bien nous faire croire.

Non, car à moins d’être un médecin qui croit encore au pays des Bisounours de l’industrie pharmaceutique (comme celui qui s’est fait modifier son diaporama par Servier, à l’insu de son plein gré ?), cet enregistrement n’apporte rien de nouveau. L’industrie raisonne en terme de parts de marché à conquérir ou à défendre, de leaders d’opinions favorables, d’autres défavorables, de stratégie commerciale, certainement pas en terme d’êtres humains soignants.

Maintenant, cet enregistrement « volé » reflète des opinions exprimées en privé, dans une ambiance conviviale, sans aucun filtre. Ces paroles ne sont pas forcément non plus le reflet exact de ce que pensent les interlocuteurs. Il suffirait de mettre un enregistreur en salle de garde pour être horrifié de la façon dont les médecins parlent des patients ou de leurs confrères. On dit des horreurs pour des tas de bonnes raisons, mais on ne les pense pas nécessairement. Au début où je siégais à l’Afssaps, j’ai fait une plaisanterie horrible (dont je ne pensais pas un mot) sur un traitement allongeant le QT et des patients porteurs d’une maladie, horrible elle-aussi. J’ai vu à la mine consternée de mes collègues que j’avais dépassé leurs limites. Cela aurait pu aussi faire les délices de Libé qui en aurait fait des tonnes sur le mépris généralisé du patient par l’Agence. Maintenant, je me censure (un peu) en réunion.

J’ai donc bien aimé l’humour nonsense et transgressif du directeur médical de MSD. J’aurais été à sa place, j’aurais pu faire pareil. A la limite, ce qui m’a le plus piqué les oreilles est l’horrible accent parigot du directeur médical des affaires hépatiques (drôle de libellé trouvé par Libé).

Les laboratoires n’ont jamais été nos amis, ni ceux de nos patients. Ils jouent pour leurs propres intérêts. Si ces derniers convergent avec les notres, tant mieux, sinon, et bien tant pis… Le budget communication de chaque laboratoire dépensé pour nous faire croire le contraire est probablement inversement proportionnel à la force de ces constatations. Qui a le plus arrosé les cardiologues ces dernières années?

Bref, cet enregistrement ne casse pas une patte à un canard. Il faut être bien naif ou bien hypocrite pour s’effaroucher en l’écoutant.

La chute de Don Poldermans

https://twitter.com/#!/ErasmusMC_Press/status/137124218147049473

C’est par ce tweet lapidaire et grave que le Erasmus Medical Center de Rotterdam a annoncé le 17 novembre le renvoi du Pr Don Poldermans pour des malversations identifiées sur plusieurs travaux scientifiques. Bon, en fait, c’est plutôt ce tweet qui m’a fait connaître cette histoire, car le hollandais, même sous la torture…

https://twitter.com/#!/escardio/status/137209122033631233

Don Poldermans n’est pas n’importe qui dans le domaine cardiovasculaire. Ses travaux ont révolutionné notamment la prise en charge péri-opératoire en chirurgie vasculaire grâce à ce papier de 1999.

Je me souviens qu’à l’époque ce papier avait fait sensation.

Alors qu’est-ce qu’on fait? On fait de nouveau comme avant 1999?

Bien sûr que non, mais cette histoire fait se poser beaucoup de questions sur la fiabilité des « preuves » sur lesquelles nous nous appuyons quotidiennement pour traiter nos patients. Nous ne devrions pas nous appuyer sur un seul papier, mais attendre les travaux concordants de plusieurs équipes ou identifier à la lecture du papier une cohérence externe robuste. Pas simple, comme tout ce qui touche la recherche d’une information médicale non biaisée.

Pour en savoir plus sur cette histoire: