Les Buddenbrooks (3)

Dans cette note, et celle-ci, je vous avais donné un aperçu de la vie des ancêtres de ma merveilleuse épouse.

En furetant un peu dans Gallica, j’ai retrouvé quelques fragments manquants de l’histoire de sa famille qui s’est dissoute dans une ruine aussi absolue et brutale qu’inexplicable.

Le Duc Félix de la Salle de Rochemaure, l’arrière-grand-père de mon épouse, était « camérier secret de cape et d’épée » auprès des papes Léon XIII et Pie X. Conte en France, il avait été fait Duc pontifical par Léon XIII le 14 septembre 1899.

Il narre sa rencontre avec Pie X dans cet article en une du Figaro du 29 mai 1906 (en haut et à gauche), en plein dans la tempête qui a suivi la Loi sur la séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905.

Le Duc était alors probablement au faîte de sa gloire.

Mais du Capitole à la roche Tarpéienne, il n’y a qu’un pas.

Quelques mois avant cette audience, Marc, un de ses trois fils (les autres sont Robert et Gérald, mon épouse étant la petite-fille de ce dernier) avait rencontré en Grèce une belle hellène, Marika, qu’il avait épousée, on le verra plus tard, dans des conditions particulièrement rocambolesques. De cette union est née en 1906 à Athènes une petite fille, Francesca Maria Félicita Giovanna Battista Emilia Romana (on va la prénommer plus simplement Romana).

Le Duc a d’abord voulu faire annuler ce mariage par l’Église, mais cette dernière a confirmé sa validité.

Le Duc, a alors porté l’affaire devant les tribunaux français fin 1909-début 1910.

Ce procès est relaté dans cet article. Ce texte est assez extraordinaire, car il raconte le déroulement totalement loufoque de ce mariage et… du procès.

Il nous apprend, en effet, que l’Église ne digérant probablement pas cette acte d’insoumission avait alors excommunié le Duc…

Le Duc est l’homme au fières bacchantes qui se tient juste derrière l’hôte d’honneur, probablement un nonce apostolique. Date supposée: 1897

Incroyable d’excommunier un Duc pontifical, non?

Ce dernier s’est donc retiré de ce procès pour essayer de regagner les faveurs du Vatican, et a laissé son fils Marc le mener.

Bon, vous devez vous demander à ce point de l’histoire pourquoi Marc, à la suite de son père le Duc, a voulu lui aussi casser son propre mariage.

Ben, moi aussi, car personne dans la famille n’en a la moindre petite idée…

Marc et la belle Marika ont divorcé en 1911.

Marika a ensuite mené la grande vie grâce à la pension alimentaire de Marc, jusqu’à la ruine de la famille de la Salle de Rochemaure dans les années 30. Elle s’est alors retirée dans les Alpes avec sa fille.

Mais l’histoire publique de Marika de la Salle de Rochemaure ne s’arrête pas là.

Grâce à Google, j’ai retrouvé sa trace, et quelle trace en 1925!

Marika a servi de modèle pour ce Portrait de la Duchesse de la Salle par Tamara  de Lempicka. Il semble que Tamara et Marika aient été assez intimes.

Ce tableau a été vendu par Sotheby’s le 21 avril 2009 pour 4450500 US$.

Dommage, il aurait été très bien dans notre tout petit salon!

😉

La fille de Marika, Romana, a eu aussi l’honneur d’être un modèle de Tamara de Lempicka en 1928:

Marika est décédée en 1973, mais nous n’avons aucune idée de ce qu’est devenue Romana et ses éventuels descendants.

Le Grand Bleu

Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis rappelé de ce film hier.

1988, déjà 23 ans…

C’est curieux, mais je me souviens moins du film en lui même que de l’atmosphère « grand bleu » des boums d’alors. A l’époque, les sous-sols des villas ressemblaient plus à des aquariums géants qu’à des pistes de danse. Des ombres se rejoignaient ou se séparaient au gré des morceaux de l’album d’Éric Serra. D’immenses petits drames intimes se projetaient sur un fond bleu outremer. Quelques larmes perdues dans l’immensité de la mer…

Pourvu que ça dure…

Cet article du NYT égratigne WebMD, qui est un géant dans le domaine des sites médicaux sur la toile. Il reproche à WebMD d’être anxiogène et rappelle ses relations troubles avec l’industrie pharmaceutique qui sèment le doute sur l’impartialité des informations délivrées. Daniel Carlat et Pharmalot avaient largement commenté ce dernier point.

La tentation est bien entendue immense de tisser des partenariats profitables avec l’industrie en publiant des articles complaisants ou des liens bien choisis.

Vous allez me dire que savoir tout cela ne va pas changer le goût de vos tartines beurrées.

Toutefois, si vous êtes cardiologue, cette éventualité n’est pas impossible.

Maintenant, parlons de theheart.org.

Ce site est une extraordinaire source d’informations sur les actualités de notre spécialité. Les articles sont en général excellents car ils proposent presque systématiquement plusieurs points de vue, parfois totalement contradictoires. Ils font donc appel à l’intelligence du lecteur, qui est ainsi invité à se faire une opinion par lui-même. Les articles ne réfléchissent pas pour vous, ils ne vous susurrent pas ce qu’il faut penser.

Cette qualité a d’ailleurs été récompensée l’an dernier.

Theheart.org est publié en 3 langues, anglais, français et espagnol.

Tout ce que j’ai écrit précédemment concerne les articles de la version anglaise du site (hors programmes de CME qui sont financés par l’industrie pharmaceutique).

Je ne lis pas l’espagnol, et je suis moins enthousiaste pour la version française, que je lis peu car la qualité me paraît être un cran en dessous. Je n’y retrouve notamment presque jamais la multiplicité des points de vue qui me plait tant (un exemple caricatural ici).

Maintenant, quel rapport entre ces deux sites et pourquoi les défauts de WebMD pourraient gâcher le goût de vos tartines?

Et bien, le rapport est très étroit car depuis 2005, WebMD est propriétaire de theheart.org.

J’espère donc que ce dernier continuera encore longtemps à préserver son indépendance et sa qualité malgré les relations parfois troubles de son propriétaire, WebMD.