Coup de téléphone d’un généraliste hier.
Je l’avais appelé la semaine dernière pour lui dire que sa patiente avait une grosse phlébite ilio-fémorale gauche.
Mais son histoire est singulière.
Une dame de 68 ans, sans antécédent particulier présente peu avant les fêtes une grosse jambe gauche. Elle tarde un peu, mais ses enfants inquiets se faisant pressants, elle finit par appeler son généraliste. Ce dernier suspecte une phlébite, et l’emmène illico aux urgences de l’hôpital avec sa voiture personnelle. Deux heures après, la patiente est dehors, après qu’on ne lui ait rien fait. Il semble que les urgentistes lui aient dit qu’elle avait déjà consulté pour cette jambe, et qu’ils ne pouvaient rien faire de plus.
Je récupère cette patiente à ma consultation hospitalière de doppler le lendemain.
Je retrouve la phlébite et appelle un copain assistant en cardio pour trouver une place à cette patiente. Ca tombe bien, son service est vide, il me la prend immédiatement.
Hier, avant d’avoir pu expliquer au généraliste que je n’étais que vacataire, il m’a dit de tout au téléphone sur l’état calamiteux de notre système hospitalier, en faisant bien sûr abondamment référence à l’actualité…
Que répondre ? Je trouve des tas d’explications et de circonstances atténuantes, mais les faits sont implacables. A cette heure, cette patiente, agent hospitalier à la retraite, compte porter plainte.

Comme à chaque période de fêtes, ou plus ponctuellement au cours d’un match important de l’équipe de France de foot (évènement dont la dernière occurrence remonte à la nuit des temps), je m’étonne toujours que les gens s’arrêtent subitement d’être malades. Tant mieux, cela permet aux médecins de souffler un peu. Comme quoi, la maladie est souvent très subjective.
J’avoue que je n’ai pas bien compris ce passage. Au risque de me faire assassiner, je n’ai rien dit. Pourquoi s’arrêtent-ils d’être malades ? Sans doute, parce que leur médecin n’est pas là. Pour citer un exemple qui m’a vraiment marquée : il y a dix ans, mon ami et moi avions décidé de partir en vacances pendant la période de Noël. Nous avions besoin d’un médicament et nous n’avons pas pensé que le dispensaire de notre ville était fermé le 23 décembre. Ce dernier nous délivre d’habitude une ordonnance. Nous sommes donc allés chez mon généraliste qui en a profité pour me dire que je pourrais venir un peu plus souvent le voir et que je n’étais bientôt qu’un dossier poussiéreux. Je crois que l’on a galéré jusqu’à deux heures de l’après-midi pour trouver une pharmacie ouverte qui puisse nous commander le médicament en question. Et pourtant notre ville compte près de 300 000 habitants.
Pour revenir au sujet, j’ai vu hier soir le journal de la TSR. Et ils ont parlé du problème des urgences pendant les fêtes, les médecins traitants étant plus ou moins tous en congés. Une petite fille de 7 ans est morte en Suisse alémanique. Et pourtant les médecins disent que cette petite fille a attendu moins de 2 heures pour être soignée, ce qui est relativement court (à leur avis). Ils ont pris l’exemple des urgences à Lausanne et à Genève et ils ont ont ajouté que notre système en France est catastrophique.
Et ce que je ne comprends pas, cette dame elle va porter plainte contre qui, contre l’hôpital ?
Je crois que les patients oublient un peu qu’ils sont malades durant ces périodes particulières. Je ne parle pas bien sûr des finalement rares malades graves.
Sinon comment expliquer si peu de patients aux urgences pendant la soirée de cette coupe du Monde 98?
Quand aux médecins, c’est aussi vrai qu’il y en a moins…
Et enfin, oui ,la patiente compte porter plainte contre le service des urgences….
Depuis un mois, a cause d evenements tres mediatises, je m apercois que en France, les patients n hesitent plus a trainer les medecins devant les tribunaux, d autant plus interessant pour moi que c est mon metier, pas la defense des patients mais celle des medecins, j imagine que cela doit etre panique a bord pour medecins, hopitaux et compagnies d assurances…
Il y a une quinzaine d annees, j ai eu un rendez vous au ministere de la sante,recu par un ponte guinde , conversation autour de la jurisprudence medicale, de la responsabilte medecins et hopitaux, desabuse, le fonctionnaire m a affirme, « Madame, on n est pas en Amerique, les patients en France n iront jamais jusqu a intenter des proces a leur medecin… »
Ici on a une expression tres imagee » ambulance chaser » =chasseurs d ambulances, je crois bien que c est un metier qui va s exporter…
je vais être volontairement très provocatrice :
Pourquoi les médias traitent ils de la même façon le décès d’un enfant de sept ans sans antécédents, celui d’un bébé en attente d’une greffe d’intestin (procédure très rare efficace peu de temps, vouant l’enfant à la nutrition parentérale exclusive à vie et son cortège de séjour en réa pour choc septique sur infection de KT), et celui d’une mamie de 82 ans ? Aurait-on oublié qu’il est certes triste, mais fréquent de mourir quand un organe vital dysfonctionne gravement et à partir d’un certain age ?
La tentation du pire est toujours considérable chez les médias, une sorte de joie maligne à mettre en évidence une série contiguë de dysfonctionnements. Peut-être que l’hôpital est réellement très malade, et alors on devrait assister à une hécatombe massive de patients, mais peut-être pas…
Mais les médias ne peuvent pas s’encombrer de telles nuances, il faut faire de l’attractif, coco!
deux ordres de réflexion
_l’approche médiatique est comme toujours scandaleuse à rechercher pour chaque organe son scandale à révéler sans enquète préalable sans suivi du dossier permettant une réévaluation critique… ceci contraste avec l’absence totale de reportage meme dans la presse sérieuse sur les mutations hospitalières en cours ( t2a poles de gouvernance …),sur l’absence de débat sur la future loi qui de loin semble fort obscure
-la dégradation de la qualité médicale aux urgences est pour moi une réalité quotidienne les facteurs sont très nombreux à débattre ;dans les exemples cités: vous avez déjà eu l’hbpm rentrez chez vous on ne fera rien de plus! vous avez bien un médecin à la maison de retraite repartez nous ne sommes pas meilleur que lui…
A thérése: je ne critiquerai plus aucun de vos commentaires si vous êtes un défenseuse de la glorieuse profession médicale.
Pour la médiatisation, il faut bien vendre du papier, maintenant qu’il y a Gaza et le Froid, c’est fini pour l’hôpital.
Concernant les rapports des patients au médecin, il me semble que c’est aussi le phantasme de trouver un responsable, éventuellement un coupable pour tout et n’importe quoi, et au delà de croire qu’une procédure judiciaire va permettre de faire le travail de deuil.
Je pense que c’est une erreur.
Les plaintes qui portent sur des problèmes où il s’agit d’un aléa thérapeutique et où il n’y a pas de fautes sont les pires, les familles ou les patients mal conseillées construisent des histoires où le coupable va être identifié et puni et leur statut de victime reconnu, malheureusement pour eux, il n’y a pas de coupable. Le vécu de cette nouvelle trahison est assez déstructeur.
Un bon exemple de ce problème est la judiciarisation de la maladie mentale, à quoi sert de faire passer devant un tribunal un malade délirant qui va expliquer qu’il a vu le diable ou un monstre et qu’il fallait le tuer pour sauver le monde. Je ne pense pas que ceci apporte du soulagement aux victimes.
Ce n’est qu’une opinion personnelle avec ma sensibilité et ma petite expérience de la chose médicale.
Moi je trouve qu’on devrait lancer une grande cause nationale (que fait notre omnipotent président et notre quart temps de ministre ventripotente) contre la purée en maison de retraite qui fait plus de mort chaque année que les ampoules de magnésium à l’hôpital. Chaque année, des milliers de grand-mères s’étouffent avec leur purée, arrêtons l’hécatombe !