Epidémie de dépression

En arrivant à la maison, je suis juste tombé sur la fin d’un reportage d’Envoyé Spécial sur la dépression.

J’ai été captivé par la partie traitant de la collusion des médecins leaders d’opinion avec l’industrie pharmaceutique et des conflits d’intérêt.

Ce qui m’a fasciné, c’est d’entendre à la télévision tout un tas de concepts dont notre petit groupe de blogueurs médicaux, et d’autres, non blogueurs (notamment le formindep et Dominique Dupagne) , discutons depuis des années sur la toile.

Le passage aux médias traditionnels n’apporte rien, hormis une diffusion plus importante.

Par contre, depuis les « Médicamenteurs« , le mouvement s’accélère.

Hier, on parlait de l’indépendance des experts dans « Service Public » sur France Inter.

Dans Envoyé Spécial, les journalistes sont même allé interroger Daniel Carlat himself!

A la fin, le journaliste en studio est raisonnablement optimiste et parle d’un possible « Sunshine Act » à la française.

Ce qui est triste, c’est que la sclérose est telle chez nous que le salut ne semble pouvoir venir que des progrès venus des États-Unis.

Comme d’habitude, nous sommes à la traine.

Vivement une émission similaire pour la cardiologie.


Conflits d’intérêts

Je suis horriblement en retard, je ne vais donc pas m’étendre sur ce travail qui semble assez intéressant (il n’est pas encore publié) sur les conséquences des conflits d’intérêts des auteurs des articles scientifiques dans leurs conclusions sur une molécule.

Ce petit graphique me semble très explicite. Les valeurs sont en % et représentent la part des auteurs qui ont déclaré un conflit d’intérêt dans deux groupes définis en fonction de l’avis émis dans leur conclusions: avis positif ou négatif pour la rosiglitazone.

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Ça tombe mal pour la rosiglitazone qui a fait la une du NYT depuis quelques jours et qui agite beaucoup des esprits Outre-Atlantique.

Dis moi avec qui tu couches, je te dirai ce que tu recommandes.

Ce n’est pas nouveau-nouveau comme constatation. Ce qui serait plus intéressant serait de chercher une, plutôt des explications. Et je ne suis pas certain que la plus évidente soit la principale.

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Nancy A. Melville. Avandia analysis: Authors with financial conflicts draw more positive conclusions . theheart.org. [heartwire > Medscape Medical News]; Feb 23, 2010. Accessed at http://www.theheart.org/article/1049423.do on Feb 25, 2010.

Conflits d’intérêts (3)

Les journaux médicaux faisant partie de l’International Committee of Medical Journal Editors (ICMJE) ont décidé d’adopter un formulaire commun de déclaration de conflits d’intérêts.

Parmi les signataires de l’éditorial annonçant cette acte qui signe encore une fois l’importance du problème en recherche biomédicale, on retrouve les très prestigieux NEJM, Lancet, BMJ, JAMA, Annals of Internal Medicine, CMAJ et même la NLM.

Pas une seule revue francophone.

Soit il n’y a pas de conflits d’intérêts en France, un peu comme pour le nuage de Tchernobyl, soit bah, je sais pas.

Parce que dans les signataires, on retrouve des revues plutôt confidentielles, et rédigées a priori dans des langues  encore moins parlées que le français: Journal of the Danish Medical Association, Croatian Medical Journal, Norwegian Medical Journal, Nederlands Tijdschrift voor Geneeskunde…

Des idées?

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Jeffrey M. Drazen, M.D., Martin B. Van Der Weyden, M.D., Peush Sahni, M.S., Ph.D., Jacob Rosenberg, M.D., D.Sc., Ana Marusic, M.D., Ph.D., Christine Laine, M.D., M.P.H., Sheldon Kotzin, M.L.S., Richard Horton, F.Med.Sci., Paul C. Hébert, M.D., M.H.Sc., Charlotte Haug, M.D., Ph.D., M.Sc., Fiona Godlee, M.B., B.Chir., B.Sc., Frank A. Frizelle, M.B., Ch.B., Peter W. de Leeuw, M.D., Ph.D., and Catherine D. DeAngelis, M.D., M.P.H. Uniform Format for Disclosure of Competing Interests in ICMJE Journals. (10.1056/NEJMe0909052).

Conflits d’intérêts (2)

Le NEJM vient de publier une étude s’intéressant à la déclaration des conflits d’intérêts de chirurgiens orthopédiques qui ont été orateurs au cours d’un grand congrès de 2008 à San-Francisco.

Les auteurs ont étudié les versements ou les cadeaux effectués par des laboratoires fabriquant du matériel chirurgical (prothèses de hanche, de genou…) en 2007 uniquement, soit 1 an avant le congrès.

71.2% des versements de l’année précédente ont été déclarés.

Si ces versements étaient en rapport avec les présentations faites par leurs récipiendaires, ils étaient déclarés dans 79.3%. (par exemple un paiement fait pour une prestation intéressant une prothèse de hanche, et une présentation sur une étude portant sur la même prothèse).

Dans le cas contraire, si la présentation avait un rapport indirect avec les versements, ce chiffre tombe à 50% et 49.2% si il n’y avait aucun rapport.

En analyse multivariée, les sommes supérieures à  US$ 10.000 sont plus fréquemment déclarées, de même que les paiements « en nature » ou si le récipiendaire est individuel (au contraire d’une fondation/organisation/association…).

Les auteurs ont ensuite envoyé un questionnaire aux orateurs n’ayant pas déclaré leurs conflits d’intérêt pour en connaitre les raisons.

39.6% ont répondu.

Les trois premières raisons sont les suivantes, dans l’ordre de fréquence: 39% ont précisé que c’était parce que le paiement n’avait pas de rapport avec leur présentation, 14% parce qu’ils n’avaient pas compris la procédure de déclaration des conflits d’intérêts et 11% qu’ils avaient bien fait leur déclaration, mais qu’elle n’apparaissait pas dans le programme du congrès.

14%, je trouve que c’est encourageant pour des chirurgiens orthopédiques!

😉

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En texte libre:

Okike, Kanu, Kocher, Mininder S., Wei, Erin X., Mehlman, Charles T., Bhandari, Mohit. Accuracy of Conflict-of-Interest Disclosures Reported by Physicians. N Engl J Med 2009 361: 1466-1474