Transmission de l’information médicale

Vacation hospitalière de cardiologie, premier patient, une échographie cardiaque.

Un beau courrier demande l’examen afin de vérifier l’absence de greffe bactérienne sur les valves d’un patient immunodéprimé après une infection extra cardiaque assez sévère.

Puis je lis la demande faite sur un bon d’examen complémentaire, même histoire, mais un signe clinique important y figure en plus: « souffle systolique non connu ».

Diable, ça devient intéressant, je me frotte les mains!

Puis je tombe sur le compte-rendu d’une échographie que j’avais faite à ce patient en avril 2009: sténose aortique serrée.

C’était donc un « souffle systolique non connu par ceux qui l’ignoraient« .

Je n’ai pas trouvé d’endocardite, mais ce bon vieux rétrécissement aortique, puis j’ai médité sur la transmission de l’information médicale au sein d’un même établissement.

Aspirine, clopidogrel et geste invasif…

Comme tous les cardiologues et anesthésistes du monde, je me suis retrouvé récemment devant un patient sous aspirine et clopidogrel, moins de 12 mois après implantation d’une endoprothèse coronaire active et devant bénéficier d’un geste invasif réglé, mais devant être fait assez rapidement.

La demande m’a déjà fait sourire.

On me demandait une « trace écrite » (sic) sur la conduite à tenir vis à vis des antiagrégants plaquettaires.

Uhmm, il me semble qu’on est bien loin des recommandations de la SFAR 2006:  » une discussion pluridisciplinaire médicochirurgicale est obligatoire pour guider la prise en charge et la gestion périopératoire des AAP chez ce type de patients. Elle doit inclure le cardiologue, le spécialiste de l’hémostase, le chirurgien ou le médecin réalisant l’acte invasif (endoscopie, par exemple) et l’anesthésiste–réanimateur. »

Là, ce n’est pas une discussion dont il est question, mais d’une « trace écrite ». Serait-ce pour dédouaner l’anesthésiste en cas de problème médico-légal, ce qu’on appelle vulgairement « ouvrir le parapluie »?

Pardon d’avance pour les anesthésistes qui me lisent (notamment dans la Loire), mais si c’est le cas, il faut vite arrêter l’anesthésie et faire autre chose, par exemple vendre des parapluies.

Je laisse néanmoins le bénéfice du doute à l’anesthésiste qui n’a pas daigné écrire lui même le courrier, mais l’a sous-traité à une gentille interne de neurologie qui ne connaissait pas le patient, ni le problème, mais l’hébergeait néanmoins dans ses lits.

Encore une belle discussion pluridisciplinaire gâchée par un regrettable malentendu.

Ce qui est « drôle », dans cette histoire qui se passe au CHU et pas dans une clinique de sixième catégorie, c’est que le patient est venu avec un dossier cardiologique complet et notamment un courrier de son cardiologue traitant indiquant une conduite à tenir précise pour l’arrêt des antiagrégants pour l’intervention prévue.

Maintenant, il faut deux avis cardiologiques concordants pour gérer ce problème, un peu comme pour l’hospitalisation d’office?

Bref, je sais que je suis de mauvaise foi et que mon attitude n’est pas très constructive, car dans le fond j’aime bien mes confrères anesthésistes qui m’ont hébergé 6 mois en réanimation de chirurgie cardiaque, mais ne pourrait-on pas rendre un peu plus productives ces pseudos discussion pluridisciplinaires?

Ah oui, dernier petit détail qui m’a aussi fait désespérer de l’hôpital. J’ai examiné le patient dans la salle d’attente, c’est à dire dans le couloir des consultations car il était en lit médicalisé, et que ces lits ne rentrent dans aucune pièce de consultation. Je me suis alors demandé pourquoi aucun cardiologue ne s’était déplacé dans le service de neurologie pour aller le voir dans de meilleures conditions humaines et techniques.

Je n’ai pas osé poser la question à l’interne de neuro, ne voulant pas entendre la réponse.

Je n’ai aucune inquiétude vis à vis de la prise en charge de ce patient, qui sera in fine soigné au mieux. Mais pourquoi ce processus devient de plus en plus laborieux, pesant, rugueux, épuisant pour les médecins et les patients au fil des années?


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Newsome LT, Weller RS, Gerancher JC, Kutcher MA, Royster RL. Coronary artery stents: II. Perioperative considerations and management. Anesth Analg. 2008 Aug;107(2):362-4.


Le Collège Français des Anesthésistes Réanimateurs propose cette synthèse qui date malheureusement de 2007 (les recommandations de la SFAR datent de 2006, une éternité).


Metzler H, Huber K, Kozek-Langenecker S. Anaesthesia in patients with drug-eluting stents. Curr Opin Anaesthesiol. 2008 Feb;21(1):55-9.

John W. Riddell, Laurence Chiche, Benoît Plaud, and Martial Hamon. Coronary Stents and Noncardiac Surgery.Circulation. 2007;116:e378-e382.

Une rose, des épines.

La médecine est une incroyable ouverture sur les gens, toutes les petites histoires que vous lisez ça et là en sont un excellent exemple.

Dans l’immense majorité des cas, ce sont les patients qui nous touchent, nous amusent, nous instruisent, bref nous surprennent.

Mais parfois ce sont les autres médecins.

J’ai rencontré récemment à l’hôpital une future collègue de travail, une superbe plante exotique élevée en serre, qui espère bien coloniser les étendues semi arides de notre CHU, même si pour cela il faut grignoter les quelques massifs laborieusement formés par les espèces locales, qu’elle regarde de toute la hauteur de sa tige.

On peut voir la chose de deux façon, comme pour tout, d’ailleurs.

D’un côté, si sa floraison est belle abondante et tenace, ça n’en sera que mieux pour le CHU et in fine pour les patients.

De l’autre, les espèces locales ne déméritent pas (loin de là) dans un environnement très hostile. Elles ne produisent certes pas beaucoup, ce qui au CHU est en théorie une faute, mais elles sont bien adaptées au terrain et elles n’ont certainement pas donné tout leur potentiel.

La belle plante est particulièrement exotique et ambitieuse, mais il me semble qu’elle va avoir beaucoup de mal à s’adapter au climat local qu’elle ignore totalement, ce qui ne serait pas tellement grave si elle n’était pas persuadée que sa présence allait influer sur le cours des saisons et des forces telluriques qui bien qu’elles s’annulent n’en sont pas moins puissantes.

Après avoir humé la belle plante, je suis allé caresser affectueusement les petits massifs et je me suis assis sur un petit banc de pierre pour observer comment va se dérouler l’automne.


Externalisation

Quelle voie va bien pouvoir prendre l’hôpital public?

Vaste question qui dépasse très largement de ce tout petit blog.

Dans cette note, je m’étais étonné de la gestion d’un patient admis pour un vraie urgence médicale, mais dont le bilan minimal a été renvoyé aux calendes grecques.

J’ai vu récemment une patiente dont l’histoire m’a stupéfiée, mais qui préfigure peut-être ce que sera l’hôpital dans le futur.

La dame a 50-55 ans, et aucun antécédent. Elle fait une crise d’épilepsie généralisée qui la conduit aux urgences du CHU. Le bilan d’entrée ne montre rien, mais le scanner cérébral retrouve des séquelles d’accident vasculaire cérébral passé inaperçu. On fait un EEG qui ne retrouve pas d’épine irritative, mais une activité anormale dans la région des images du scanner. On la fait sortir après une nuit passée aux urgences avec une ordonnance d’Urbanyl et de Paracétamol et un courrier pour le généraliste demandant de prévoir une consultation neuro et cardio.

Pourquoi l’Urbanyl, dont la BCB précise que les indications sont « Traitement symptomatique des manifestations anxieuses sévères et/ou invalidantes chez l’adulte » et « Prévention et traitement du delirium tremens et des autres manifestations du sevrage alcoolique. »?

Pourquoi pas d’antiépileptique?

Pourquoi pas d’antiagrégant plaquettaire?

Peut-être que je me trompe, mais la patiente n’a pas l’air d’être éthylique.

Pourquoi le paracétamol? Pour prévenir les douleurs si elle se fracasse de nouveau par terre à l’occasion d’une future crise tonico-clonique?

Son généraliste étant en congés, elle va donc consulter le cardio en premier, et ça tombe sur moi.

Il me semblait qu’un bilan étiologique d’AVC, même séquellaire, a fortiori chez le sujet jeune, était une priorité…

Il me semblait que l’épilepsie était une pathologie qu’il ne fallait pas négliger.

J’ai téléphoné à une copine neuro débordée et on a essayé de mettre en place le plus rapidement possible un traitement et un bilan.

L’hôpital du futur, c’est peut-être cela.

Des urgences qui hospitalisent le moins possible, et sous-traitent au secteur libéral, ou aux consultations du secteur hospitalier, des unités transformées en hôpitaux de jour ou de semaine hyperspécialisés ne prenant que des hospitalisations « rentables » en terme de T2A, c’est à dire riches en examens paracliniques si possibles coûteux afin de justifier leur existence.

Pour tout le reste, le « banal », le non rentable (en pratique toute pathologie qui demande de la réflexion), et bien, Dieu reconnaîtra les siens.