Pot-pourri

La semaine a été assez riche en actualités sur les médicaments, mais aucune suffisante pour faire une note étoffée.

Voici donc le petit pot-pourri du samedi matin.

Commençons par l’affaire Genopharm/Riemser. J’ai suivi cette histoire après la lecture de ce tweet fort martial et volontariste de Christian Lajoux:

https://twitter.com/#!/ChristianLajoux/status/138673686378053632

Je me suis demandé ce que le Codeem, dont le domaine de prédilection semble être l’éthique, avait à faire dans cette histoire de fraude supposée, découverte par l’Afssaps et qui doit passer devant la justice (ici, et ici).

Puis je me suis dit que de toute façon je n’étais pas objectif, étant donné ce que je pense de ce machin. J’ai donc été surpris par l’analyse du Figaro, qu’on peut difficilement taxer d’anticapitalisme primaire et d’être défavorable à l’industrie pharmaceutique:

Face à ce possible nouveau scandale, dans un contexte général de défiance vis-à-vis des médicaments et afin de redorer le blason d’une industrie sérieusement écorné, le Leem (le syndicat des industriels du médicament) annonçait, le 22 novembre dernier, la saisine de son Comité de «déontovigilance», mis en place en septembre après l’affaire du Mediator. Il s’agissait d’analyser «les pratiques alléguées du laboratoire Genopharm». Le comité avait promis d’auditionner «dans les meilleurs délais le président de Genopharm et l’avocat qui défend les intérêts de Riemser en France».

Seul Genopharm répondra aux questions du comité le 5 décembre, Riemser ayant décliné l’invitation. Mais ce dernier a envoyé au patron du Leem une copie du dossier déposé au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris et s’est vu opposer une fin de non-recevoir. «Le comité est autonome et ne dépend pas de moi, se défend Christian Lajoux, patron du Leem et également de Sanofi en France au Figaro. Riemser aurait donc dû envoyer son dossier au président du comité.» Certains voient dans la création du Comité de «déontovigilance» une pure opération de communication du Leem tout en pointant du doigt l’ambiguïté d’une procédure disciplinaire en marge d’une procédure pénale. L’affaire ne fait que commencer.

Le néologisme déontovigilance les a fait de toute évidence rire, de même que l’utilité de ce comité.

A quoi sert le Codeem? A priori à rien puisqu’on l’implique dans une histoire où il n’a rien à faire et dont les protagonistes semblent l’ignorer superbement. Envoyer le dossier au Président du Leem! Quelle rigolade! Même les membres de l’industrie se fichent du machin, ou en tout cas ne savent pas eux-même à quoi ça sert.

En définitive, difficile d’exister quand sa seule raison d’être est d’acheter une virginité.

Le Leem, ça devient une institution grolandaise, non?

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

La HAS vient de rendre un avis sévère sur l’utilité de l’Arixtra 2.5® (fondaparinux) dans le traitement de la thrombose veineuse superficielle. J’avais parlé de cette indication ici, à l’issue de la publication de l’étude stephanoise CALISTO.

La HAS a fait les mêmes remarques que moi ( 😳 ) sur l’hétérogénéité du critère primaire choisi et le nombre étonnant des patients opérés de leur TVP (sur quels critères?):

En revanche le choix du critère de principal composite est discutable car les événements qui le composent n’ont pas tous la même pertinence clinique : si celle des EP et TVP symptomatiques ne pose pas de problème, il n’est pas établi que l’extension à la jonction saphéno-fémorale soit un facteur de risque de TVP proximale ; et il n’est pas démontré que la récidive de TVS soit un facteur prédictif de l’évolution vers un événement thromboembolique veineux profond (TVP et/ou EP). Or, le résultat observé, reposant surtout sur une réduction de la récidive ou de l’extension de la TVS, est de nature à réduire la taille du bénéfice clinique attendu.

Par ailleurs, aucun critère objectif ne permet d’identifier les TVS pour lesquelles une indication chirurgicale a été posée à l’inclusion et il n’y a pas d’information sur les TVS exclues de l’étude sur ce critère, ni dans quelle proportion.

L’avis de la HAS est intéressant à lire, notamment car il fait le point sur une affection dont le traitement n’est toujours pas codifié en 2011. Pour aiguiser votre esprit critique, relisez l’article élogieux que theheart.org (édition française) avait consacré à CALISTO. Rigolo, non?

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

J’ai appris la même semaine que la Dronedarone (Multaq®) et la trimetazidine (Vastarel®) allaient être déremboursées. C’est presque trop de bonheur d’un coup. En lisant cette liste des 28 autres recalés, on trouve aussi le Nexen® et ses génériques, le Fonzylane®, et l’Hexaquine®.

On va devoir réhabiliter Servier, voire les remercier. Les conséquences de l’affaire Mediator® vont peut-être finalement permettre de sauver plus de vies que ce médicament n’en a coûté.

Pour rigoler un peu, voici ce que des tas de gens très biens, et la presse médicale disaient de la dronedarone, il n’y a pas si longtemps:

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

La Revue Prescrire a publié un Petit manuel de Pharmacovigilance et de pharmacologie clinique destiné aux soignants. C’est gratuit, bien fait et disponible ici.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Dans le dernier Prescrire, la rédaction n’a pas tiré à boulets rouges sur le Pradaxa® (dabigatran) dans la fibrillation auriculaire. Curieux, je m’attendais à quelque chose de bien plus saignant.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

La FDA a son compte Twitter depuis longtemps (plusieurs en fait, mais je suis celui-là: @FDA_Drug_Info), l’EMA aussi (@EMA_News), je viens de découvrir celui de la HAS (@HAS_sante). Twitter devient de plus en plus un incontournable de la veille documentaire institutionnelle. Manque plus que l’Afssaps.

La dénervation arrive

Un communiqué de presse alarmiste a été diffusé récemment aux médias (merci à celui qui me l’a fait parvenir).

La crise économique, la pollution, la raréfaction des ressources naturelles, la surpopulation ne sont rien en comparaison de la nouvelle menace qui se profile sur nous autres, pauvres humains.

Rien n’est pire pour l’homme que l’hypertension artérielle résistante!

C’est pas moi qui le dit, c’est eux.

100 millions d’hypertendus résistants dans le Monde, 100 millions!

Heureusement, un grand monsieur de la cardiologie prend son bâton de pèlerin pour nous alerter, mais aussi nous rassurer, puisque la campagne « La tension sous pression » devrait pouvoir arranger les choses: 

J’ai le souhait que la campagne La tension sous pression participe à amener plus de patients à l’objectif thérapeutique.

J’ai moins peur, mais à peine moins.

L’enquête internationale, publiée dans… au fait, dans quelle grande revue c’est sorti? Ah, en fait, on me dit dans mon oreillette que c’est Harris Interactive qui a réalisé une enquête en ligne en interrogeant des hypertendus résistants de plusieurs pays. Et bien, les résultats sont proprement effrayants:

Près des deux tiers (66 %) des personnes ayant une ‘hypertension artérielle résistante aux traitements’ ont indiqué dans une nouvelle enquête que l’hypertension artérielle restait leur principale préoccupation malgré un traitement médical continu. Elles sont quatre sur cinq (81 %) à indiquer avoir besoin de nouvelles solutions thérapeutiques pour pouvoir contrôler leur tension dangereusement élevée.

Incroyable, une majorité de patients présentant un facteur de risque potentiellement sévère et non contrôlé se disent préoccupés et souhaitent qu’un nouvelle solution thérapeutique soit trouvée!

Les patients de l’enquête ayant une hypertension artérielle résistante aux traitements indiquent que cette affection représente leur souci de santé le plus sérieux et a un fort impact sur leur vie quotidienne. Six patients sur dix (57%) admettent être très préoccupés par l’idée d’avoir un AVC (Accident Vasculaire Cérébral) dû à leur hypertension artérielle. Huit patients sur dix ayant une hypertension résistante aux traitements ont déclaré que leur hypertension avait un impact négatif sur leur tranquillité d’esprit (82 %) et leur santé en général (83 %).

Tu parles, Germaine, avec tout ce qu’on dit à la TV depuis des années sur la tension! Et ce temps qui se détraque à cause des satellites!

Personnellement, je suis presque un peu plus étonné que 33% s’en fichent et que 19% ne souhaitent pas de trouver de solution à leur problème…

Quelle est donc cette nouvelle option thérapeutique que les patients réclament à corps et à cris, comme le dit bien grassement la phrase d’entame du communiqué:

Les patients français ont besoin de nouvelles solutions thérapeutiques.

L’aliskiren? Non, ça, c’était la nouvelle thérapeutique innovante de 2009.

Là, on parle de nouvelle nouvelle thérapeutique innovante.

Le communiqué nous laisse sur notre faim en ne donnant pas le nom de la nouvelle nouvelle thérapeutique innovante qui va de nouveau terrasser définitivement l’hypertension résistante.

Il y a néanmoins un indice dans le texte. Mon contact dans les médias, appelons-le Gorge Profonde, pour préserver son anonymat a demandé à l’agence de communication de quoi il retournait:

– S’agit il de la technique d’ablation par radio-fréquence sur la veine rénale?

– Il s’agit effectivement d’une technique d’ablation par radio fréquence mais via les ARTERES RENALES en passant bien entendu par l’artère fémorale.

L’indice à trouver était que ce sondage, de même que tout le programme « Tension sous Pression » est financé par Medtronic. Cette société de matériel ne fait pas d’anti-hypertenseur, mais depuis le rachat de Ardian, ils commercialisent des catheters d’ablation. On a commencé à parler de cette technique en 2010, par exemple ici.

On se trouve devant un truc assez banal en communication commerciale: montrer qu’il y a un problème, si possible le monter en épingle avec une étude/sondage plus ou moins bidon, puis laisser entendre qu’il y a une solution à ce problème majeur. Éventuellement, ménager le suspens.

L’étoile mystérieuse-Hergé

Je parie qu’on va reparler de cette technique d’ablation dans pas très longtemps dans les médias (on en parlera déjà le 16/12 prochain aux 31ièmes journées de l’hypertension artérielle).

L’HTA résistante est un problème effectivement grave, mais est-ce que l’ablation est une solution efficace et pérenne?

L’avenir le dira, pas la pub.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Renal sympathetic denervation in patients with treatment-resistant hypertension (The Symplicity HTN-2 Trial): a randomised controlled trial Symplicity HTN-2 Investigators. The Lancet – 4 December 2010 ( Vol. 376, Issue 9756, Pages 1903-1909 ). DOI: 10.1016/S0140-6736(10)62039-9.

Schlaich MP, Sobotka PA , Krum H, Lambert E, Esler MD. Renal sympathetic-nerve ablation for uncontrolled hypertension. N Engl J Med.2009;361(9):932–934.

MSD, les médecins et les valises de biftons

Libération a obtenu l’enregistrement d’une réunion interne de cadres de MSD France (une filiale de Merck) qui s’est déroulée en juin dernier.

Vous pouvez écouter l’enregistrement ici, et lire un autre article de Libé sur le sujet ici. Ma première réaction a été de me dire que quelqu’un devrait saisir le Codeem sur ce point de déontologie.

Puis après avoir bien rigolé en pensant à cette bonne blague, je suis passé à autre chose.

Est-ce que cet enregistrement est choquant?

Oui et non.

Oui, car il peut illustrer la façon dont une certaine partie de l’industrie nous voit, qui est bien entendu aux antipodes de ce qu’elle voudrait bien nous faire croire.

Non, car à moins d’être un médecin qui croit encore au pays des Bisounours de l’industrie pharmaceutique (comme celui qui s’est fait modifier son diaporama par Servier, à l’insu de son plein gré ?), cet enregistrement n’apporte rien de nouveau. L’industrie raisonne en terme de parts de marché à conquérir ou à défendre, de leaders d’opinions favorables, d’autres défavorables, de stratégie commerciale, certainement pas en terme d’êtres humains soignants.

Maintenant, cet enregistrement « volé » reflète des opinions exprimées en privé, dans une ambiance conviviale, sans aucun filtre. Ces paroles ne sont pas forcément non plus le reflet exact de ce que pensent les interlocuteurs. Il suffirait de mettre un enregistreur en salle de garde pour être horrifié de la façon dont les médecins parlent des patients ou de leurs confrères. On dit des horreurs pour des tas de bonnes raisons, mais on ne les pense pas nécessairement. Au début où je siégais à l’Afssaps, j’ai fait une plaisanterie horrible (dont je ne pensais pas un mot) sur un traitement allongeant le QT et des patients porteurs d’une maladie, horrible elle-aussi. J’ai vu à la mine consternée de mes collègues que j’avais dépassé leurs limites. Cela aurait pu aussi faire les délices de Libé qui en aurait fait des tonnes sur le mépris généralisé du patient par l’Agence. Maintenant, je me censure (un peu) en réunion.

J’ai donc bien aimé l’humour nonsense et transgressif du directeur médical de MSD. J’aurais été à sa place, j’aurais pu faire pareil. A la limite, ce qui m’a le plus piqué les oreilles est l’horrible accent parigot du directeur médical des affaires hépatiques (drôle de libellé trouvé par Libé).

Les laboratoires n’ont jamais été nos amis, ni ceux de nos patients. Ils jouent pour leurs propres intérêts. Si ces derniers convergent avec les notres, tant mieux, sinon, et bien tant pis… Le budget communication de chaque laboratoire dépensé pour nous faire croire le contraire est probablement inversement proportionnel à la force de ces constatations. Qui a le plus arrosé les cardiologues ces dernières années?

Bref, cet enregistrement ne casse pas une patte à un canard. Il faut être bien naif ou bien hypocrite pour s’effaroucher en l’écoutant.

La chute de Don Poldermans

https://twitter.com/#!/ErasmusMC_Press/status/137124218147049473

C’est par ce tweet lapidaire et grave que le Erasmus Medical Center de Rotterdam a annoncé le 17 novembre le renvoi du Pr Don Poldermans pour des malversations identifiées sur plusieurs travaux scientifiques. Bon, en fait, c’est plutôt ce tweet qui m’a fait connaître cette histoire, car le hollandais, même sous la torture…

https://twitter.com/#!/escardio/status/137209122033631233

Don Poldermans n’est pas n’importe qui dans le domaine cardiovasculaire. Ses travaux ont révolutionné notamment la prise en charge péri-opératoire en chirurgie vasculaire grâce à ce papier de 1999.

Je me souviens qu’à l’époque ce papier avait fait sensation.

Alors qu’est-ce qu’on fait? On fait de nouveau comme avant 1999?

Bien sûr que non, mais cette histoire fait se poser beaucoup de questions sur la fiabilité des « preuves » sur lesquelles nous nous appuyons quotidiennement pour traiter nos patients. Nous ne devrions pas nous appuyer sur un seul papier, mais attendre les travaux concordants de plusieurs équipes ou identifier à la lecture du papier une cohérence externe robuste. Pas simple, comme tout ce qui touche la recherche d’une information médicale non biaisée.

Pour en savoir plus sur cette histoire: