Encore des problèmes de génériques…

Apotex, un fabricant bien connu de génériques (les premiers génériques de clopidogrel aux EU, c’était eux) vient de recevoir une lettre d’avertissement comminatoire de la FDA.

Ce courrier (le second en moins de 12 mois, le précédent date de juin dernier) pointe des irrégularités non administratives dans la fabrication de médicaments dans un site situé au Canada (pour une fois que ce n’est pas en Inde…).

La FDA montre les gros yeux:

These identical CGMP violations demonstrated a lack of adequate process controls and raised serious questions regarding your corporation’s quality and production systems.

Le 25 mars dernier l’Afssaps et l’autorité de régulation allemande avaient demandé le rappel préventif de lots de  génériques de clopidogrel d’autres fabricants à la suite de la découverte d’irrégularités découvertes lors de l’inspection d’un site de fabrication en Inde.

Euh, les gars, il faudrait arrêter de faire n’importe quoi…

C’est déjà bien assez difficile de lutter contre les confrères nourris par l’industrie, les visiteuses médicales en string et les a priori des patients.

Si en plus vous vous faites taper sur les doigts régulièrement par les autorités de régulation pour des irrégularités plus ou moins graves, on ne va jamais y arriver et on va remettre tout le monde sous princeps.

Trois principes de base:

  • Il faut bien remplir la paperasse administrative, même si ça vous gave.

  • Il faut bien se laver les mains avant de rentrer dans le labo, surtout après…enfin, vous voyez ce que je veux dire.

  • Il faut bien nettoyer son matériel et ne pas mélanger les récipients.


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F.D.A. Again Warns a Generic Maker About Conditions at Its Plants. By Natasha Singer. The New York Times. Published: April 15, 2010.

Transmuter la Colchicine en Or

Je vais vous raconter une histoire qui fait un peu de bruit aux États-Unis.

La colchicine est utilisée depuis 2000 ans (Dioscoride et al.), voire plus si l’on prend en compte les travaux de Médée et al., mais à l’époque, PubMed n’existait pas encore.

La colchicine est donc un des traitements « traditionnels » de l’accès de goutte.

Je dis « traditionnel » car aux États-Unis, cette indication n’était, jusqu’il y a peu, pas reconnue officiellement par la FDA.

Un fabriquant décide récemment de financer et de monter des essais cliniques montrant l’intérêt de la colchicine dans le traitement de l’accès de goutte, et sur la base des résultats positifs, dépose une demande d’AMM qui est acceptée par la FDA.

Dans le but d’encourager la recherche clinique, la firme bénéficie par ailleurs d’une une exclusivité de 3 ans.

Le fabriquant, fort de cette exclusivité dans le traitement de la crise de goutte (qu’il défend devant les tribunaux) commercialise maintenant la colchicine avec un prix 50 fois plus élevé que ce qui se faisait jusqu’à présent: $4.85 contre $0.09 par unité de prise.

« Heureusement », la colchicine utilisée dans le traitement de la fièvre méditerranéenne familiale n’est pas concernée par cette exclusivité.

Les patients qui souffrent de goutte doivent probablement faire grise mine et l’avoir un peu mauvaise (leurs mutuelles aussi).

Alors que les États-Unis sont quand même traditionnellement plutôt « libéraux » (« à la Alain Madelin »), la levée de boucliers m’étonne un peu.

(en fait pas vraiment, c’est une figure de rhétorique, car j’ai quand même l’impression que les lignes bougent beaucoup là-bas).

La firme a pris un risque financier important (monter un essai coûte incroyablement cher), il devrait donc être normal, d’un point de vue libéral, qu’elle en tire des bénéfices.

Mais dans ce cas, l’ancienneté de l’utilisation de la colchicine et le rapport de 50 a quand même fait pas mal tiquer.

Intéressant, comme histoire…

Je serais curieux de voir ce qui se passerait si un cas similaire se produisait ici, et surtout si ça faisait du bruit.

(le bruit engendré par un phénomène prime maintenant largement sur le phénomène en lui-même)

Je suis presque certain que le gouvernement ferait immédiatement semblant de prendre des mesures contre la firme, par exemple en mettant sur pied un « machin » au sens gaullien du terme, un « Grenelle de la colchicine ».

(Même remarque que supra: « faire semblant »- variante: « tracer l’action »- prime largement sur « faire »)

(Méchant, méchant! Je suis de droite, mais je lis trop le Canard Enchaîné, qui cette semaine est particulièrement excellent, notamment quand le journal raconte que Carla a été contredite 4 heures après par le directeur du renseignement qui n’était pas au courant de la déclaration de la première dame sur Europe 1 (un comble pour quelqu’un qui devrait être bien renseigné!), et que l’Élysée cherche maintenant éteindre l’incendie qu’elle a allumé toute seule… Vite, vite, un Figaro!)

(Encore une note qui part sur le toit, et qui dévie totalement de l’objectif initial que j’avais imaginé, parasitée par des considérations externes, bah, vous êtes habitués…)

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Aaron S. Kesselheim, M.D., J.D., and Daniel H. Solomon, M.D., M.P.H. Incentives for Drug Development — The Curious Case of Colchicine. Posted by NEJM • April 14th, 2010.


Derek Lowe. Colchicine’s Price Goes Through the Roof. Corante. April 14, 2010.

Interactive Medical Case (2)

Vous aviez aimé ce cas clinique proposé par le NEJM, en voici un autre, et c’est de la cardio.

J’ai transpiré et fait une erreur.

Photobucket

Pour les grands pervers, il y en a plein d’autres ici.

DIONYSOS

Le premier auteur de l’étude DIONYSOS qui comparait la dronedarone et la cordarone apporte un éclairage intéressant sur ce travail qui montre que si la dronedarone a en effet moins d’effets secondaires que la cordarone, elle a aussi moins d’effets primaires.

Le tableau suivant, issu de theheart.org résume très bien la situation:

Ce que j’aime bien, ce sont les commentaires expliquant pourquoi la dronedarone est (pas mal) moins efficace que la cordarone:

Le nombre de cardioversions infructueuses était plus important dans le groupe sous dronédarone, parallèlement au nombre plus faible de restauration spontanée en rythme sinusal dans le groupe sous dronédarone. « Pour une raison évidente : l’amiodarone permet une cardioversion pharmacologique » indique le Pr Le Heuzey. « Par définition, cela pénalise la dronédarone et on sait très bien que ce n’est pas l’efficacité qui pose problème avec l’amiodarone mais la tolérance qui pousse de nombreux patients à arrêter le traitement, notamment pour des problèmes de thyroïde.

Autrement dit, on n’a pas donné sa chance à la dronedarone car on l’a comparée à un traitement efficace. On l’aurait comparée à l’amoxicilline, il est possible qu’elle ait pu être plus efficace dans la traitement de la fibrillation auriculaire.

Le Pr Le Heuzey indique pour heartwire : « Cela fait un an et demi qu’on parle de DIONYSOS mais il est inadmissible qu’elle est ait été incluse dans une méta-analyse parue dans le JACC en se basant uniquement sur un communiqué de presse de l’étude. Le design de l’étude DIONYSOS pénalise la dronédarone, c’était uniquement pour des impératifs réglementaires de l’EMEA que l’étude a été réalisée, je souhaitais qu’elle dure deux ans mais elle n’a duré que six mois pour diverses raisons notamment les contraintes de durée de brevet. Sanofi Aventis a eu le mérite de faire cette comparaison et non une étude versus sotalol à faible dose. »

Non, mais vous vous rendez bien compte?

Non, mais sans rire?

Les autorités européennes qui n’y connaissent rien ont exigé de comparer cette pauvre dronedarone à un traitement efficace, alors qu’elle a vaillamment montré son intérêt par rapport au placebo.

C’est énorme!

Trop gentil, Sanofi avait proposé de faire une comparaison à du sotalol à faible dose. C’est ça les autorités, on leur donne la main, et elles prennent le bras.

Non, mais manquerait plus qu’elles exigent que toute nouvelle molécule prise en charge par la collectivité apporte un bénéfice tangible au patient.

Pincez-moi, mais où on va?

L’auteur convient tout de même: Le maintien du rythme sinusal sous dronédarone est plus faible, c’est indiscutable.

C’est dommage car c’est justement ce qu’on lui demande de faire et ce pourquoi on aurait pu la prescrire.

Si Sanofi veut limiter les dégât, elle va donc devoir probablement axer sa stratégie commerciale sur ces 2 messages clefs (« à la Servier »):

  • ATHENA: La dronedarone améliore de 24 % le critère primaire de jugement portant sur la mortalité et les hospitalisations, chez une population âgée en moyenne de 72 ans, avec de la FA et un autre facteur de risque par rapport au placebo.

  • DIONYSOS: La dronedarone a bien moins d’effets secondaires que l’amiodarone, mais pas beaucoup d’effet primaire non plus.

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Dr Muriel Gevrey. DIONYSOS : l’épreuve de vérité pour la dronédarone. theheart.org. [International Editions > Édition française > Sections > Actualités > Rythmologie]; 12 avr. 2010. Consulté à http://www.theheart.org/article/1066483.do le 14 avr. 2010.