Exposition David Hockney

Je suis finalement allé voir l’expo David Hockney au Centre Pompidou. Je connaissais de lui Portrait of an Artist (1972) et A Bigger Splash (1967):

A Bigger Splash 1967 David Hockney born 1937 Purchased 1981 http://www.tate.org.uk/art/work/T03254

Mais comme toujours, une rétrospective permet d’admirer l’évolution du travail d’un artiste sur des décennies, depuis les années 50 pour Hockney. Son oeuvre immense est sans cesse en mouvement.

Je n’aime pas tout, loin de là. Je n’aime pas sa période « fauve » notamment. Ses portraits du début des années 70 sont marquants, par contre.

Mr and Mrs Clark and Percy 1970-1 David Hockney born 1937 Presented by the Friends of the Tate Gallery 1971 http://www.tate.org.uk/art/work/T01269

Mais  je reste sur ma préférence de Portrait of an Artist. J’ai trouvé deux ou trois textes (ici, ici et ici) qui racontent la genèse de cette oeuvre. Parfois, j’ai été déçu de « voir en vrai » une oeuvre, parfois, j’ai été fasciné. Ici, j’ai trouvé l’oeuvre touchante car en tournant autour, et grâce à la lumière rasante des projecteurs j’ai pu remarquer des imperfections des bavures, de nombreux repentirs. C’est tout ce que l’on ne voit pas sur une reproduction. L’harmonie des couleurs et le rendu de la végétation sont éblouissants.

Bon, ce n’est pas ma meilleure expo, celle de Lucian Freud reste pour l’instant hors d’atteinte, mais elle elle m’a permis de découvrir que Hockney n’était pas que le peintre figuratif un peu paresseux que j’imaginais. 

Objet connecté, objet innovant?(5)

Comme je commence à avoir une petite série d’objets connectés, pas forcément innovants ni surtout pertinents, je vais les ranger sous l’étiquette  #connectésetinnovants.

Pour mémoire, j’ai dans ma besace (connectée):

En bonus, pour parler connecté et ne pas avoir l’air d’un badger, le dictionnaire des idées connectées reçues.

Sous vos yeux ébahis, voici le (feu) Juicero, le presse-agrumes connecté.

L’article des Echos résume très bien cette épopée de 16 mois et 120 millions de dollars, je ne vais donc pas paraphraser.

Hormis l’absence de barbe du CEO&Founder, Doug Evans, vous retrouverez dans cette histoire toutes les notions du Dictionnaire des idées connectées reçues. Les Echos ne le précisent pas, mais il y a une histoire poignante et une vision altruiste grandiose derrière la création de Juicero (source):

And then I moved into multimedia. And then there was crisis in my family. My mom died of cancer, my father died of heart disease, my brother developed Type 2 diabetes, atrial fibrillation, hypertension, and then had a stroke at 40. And for me, I was just terrified that I was next. And so I somewhat went cold cucumber and stopped eating processed food, refined food, meat, dairy and animal products, and I started eating plants. Fruit is easy to eat, vegetables are difficult. So I discovered juicing as a means of getting more servings of vegetables into my diet. And then I realized everything I was doing on the technology side was meaningless for me and I wanted to devote my life —

KS: Why was it meaningless?

It was just about making money. Like you’d get an account and you’d do a project and it was all like a quid quo pro. Get a scope, deliver the project, you’d get some accolades, but it was all about completing a task.

LG: You were on a treadmill.

I was on a treadmill. And I thought, « What can I do that can have the greatest impact on humanity, on human health? » And I met a woman and we decided we would create a business called Organic Avenue where you could go in and everything was going to be made out of fresh, ripe, raw organic fruits and vegetables.

J’ai lu une autre version du pitch: il a rencontré une fille vegan, qui l’a converti. Les deux histoires ne sont pas incompatibles. Le pitch ne dit pas que le couple a fondé une chaine de bars bios sur New-York qui a fait faillite peu après.

Le prix initial exorbitant de l’appareil  ($US 700, diminué à $US 400 quelques mois plus tard) est expliqué par sa conception très complexe, bien trop sophistiquée pour un simple presse-agrumes. Un ingénieur l’a disséqué et a laissé transparaître une réelle émotion pour cette extraordinaire pièce d’ingénierie dans cette excellente revue

But since that’s not the case, I’ll continue to admire my Juicero in this state of beauty…

La mise en place d’un réseau d’approvisionnement de fruits et légumes frais et bios, leur conditionnement, et leur acheminement ont fait monter le prix du verre à $US 10. Par ailleurs, l’absence de traitement des produits ne permettait de les livrer bien loin, tant la date limite de consommation était courte.

Cette date limite très rapprochée, et le risque de contamination des produits ont obligé les concepteurs de rajouter à leur presse-agrume un lecteur de QR code et une connexion wi-fi pour vérifier que les poches étaient consommables. Pas de wi-fi, pas de jus de fruit…

Même la vision très inspirée de Doug Evans sur les jus d’agrumes permettait difficilement de justifier un tel coût (source et source):

Ultimately, however, what makes Juicero so special is not quantifiable by conventional science, said Mr. Evans, the founder and chief executive. “Not all juice is equal,” he said. “How do you measure life force? How do you measure chi?”

(…)

Evans says the switch was like putting on glasses for the first time. But what exactly is it about raw food that makes him feel so good? « It’s eating things that still have a life force, » he says. « People can mock me when I talk about the Chi and life force and conventional science. When [conventional science is] looking at the nutrients, they’re measuring proteins and amino acids and Vitamin E. They’re not measuring vibrational energy. » I guess that’s why Juicero is staying away from health claims.

Si le Chi ou l’énergie vibratoire n’ont pas de prix, elles ont un coût…

Juicero était donc condamnée largement avant l’article dévastateur de Bloomberg.

Comment se relever d’un tel article alors que la start-up mettait constamment en avant la technologie avancée de son presse-agrumes, capable de lever 2 voitures Tesla, alors que l’on peut obtenir un résultat similaire, plus rapidement même, à la seule force des doigts? 

Bloomberg précise que les investisseurs qui ont injecté 120 millions de dollars dans Juicero ont été un peu perturbés par la vidéo. Je les imagine en effet un peu verts…

Après d’innombrables moqueries (ici et ici par exemple), Juicero a cessé toute activité le 01/09.

RIP petit objet connecté parti trop tôt.

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À la suite de la lecture de cette note, un confrère pompier m’a envoyé ce message que je reproduis avec son autorisation.:

Bonjour,

je suis médecin urgentiste chez les pompiers de Paris (juste pour situer que je me suis frotté au problème, aucunement pour prétendre être un expert!).
Je réagi à votre article sur les DSA connectés, pour vous apporter quelques points très importants, à mon sens. Précisons également que je n’ai aucun conflit d’intérêt dans ce domaine.
Il existe bien des intérêts à un DSA connecté:
1/ Dans la base de donnée que nous avons constituée (rétrospective, sur l’intégralité des ACR de notre secteur; non encore publiée ), 1/5 des DSA disponibles pour le public (qu’ils soient publics ou privés) qui sont apportés sur intervention avant l’arrivée des premiers secours, ne fonctionnent pas. En effet, il n’est absolument pas obligatoire d’avoir un contrat de maintenance. Les DSA non entrenus refusent donc d’analyse ou de choquer si l’autotest à l’allumage montre un défaut (rare) ou bien si l’impédance est trop élevée parce que les électrodes ont séchées (fréquent). Un DSA connecté qui s’autotest régulièrement et qui est cet possède en mémoire la date de péremption de ses électrodes permet donc de rappeler au propriétaire l’impérieuse nécessité de son entretien. L’argument est valable sur le plan scientifique, mais également humain: j’ai été plusieurs fois confronté à des témoins qui avaient massé, qui avaient apporté un DSA… et lorsque celui-ci refuse de fonctionner, c’est une frustration immense.
2/ Lorsque je suis à la coordination médicale des pompiers de Paris, lors d’un arrêt (sur voie public principalement, mais également à domicile lorsqu’il y a plusieurs témoins dont un masse) je cherche à faire ramener un DSA par les témoins. Pour cela j’utilise un logiciel proposé par une start-up « AEDMAP – Bon samaritain ». Ce logiciel permet la géolocalisation des témoins formés au secourisme et qui ont l’application « staying alive » sur leur smartphone. Il permet également de disposer d’une cartographie qui montre l’ensemble des DSA disponibles autour de l’intervention. Un grand défi est que cette cartographie reste à jour. Elle est tenue à jour par les utilisateurs de l’application; un peu aussi par les pompiers de Paris qui vont vérifier la présence des DSA…. mais c’est presque impossible d’avoir une carto à jour, sauf pour les DSA connectés, qui transmettent leur position et leur état de fonctionnement en temps réel. J’ai un enregistrement d’un couple de médecin qui interviennent pour un SDF en ACR: l’homme masse, la femme est guidée vers le DSA le plus proche (n’existe plus), vers le deuxième (voyant défectueux allumé), puis vers un troisième, qu’elle ramène avant l’arrivée des pompiers (moyenne de délai d’intervention = 7,5 min, donc parfois c’est long…)
3/ Nous avons conduit sur les DSA « professionnels » utilisés par nos secouristes (des Touch-7) une amélioration de l’algorithme qui permet de passer d’un temps d’analyse moyen de 13 secondes à un temps d’analyse qui va de 3 à 10 secondes. Les DSA connectés pourront un jour être mis à jour à distance et bénéficier des grands progrès des algorithmes dès leur validation. Une autre avancée des algorithme est la détection des FV pédiatriques, qui n’étaient pas toujours choqués jusqu’en 2016 (pente d’entrée en FV trop raide…).

Pour résumer: évidemment que le prix est un obstacle, mais mieux vaut 20 DSA géolcalisées par les secours, fonctionnels, et à jour, que 100 DSA qui ne présentent pas ces caractéristiques.

Enfin, je vous invite à devenir « bon samaritain » sur l’application stayling alive, si d’aventure un ACR survenait dans les 500 mètres lorsque vous serez dans le 75, 92, 93 ou 94 (le SDIS 69 n’a pas encore acheté l’appli en version pro).

Amicalement,

Sacré Jacques…

J’ai fait exploser mon nombre de RT et de j’aime sur Twitter grâce au tweet suivant:

Quand j’obtiens 30 RT sur un article de Grange Blanche, c’est l’extase, là évidemment, ça dépasse tout…

En définitive, ce qui fait le plus d’audience chez moi, c’est le cul (de Claudia Cardinale, quand même) et le syndrome MGEN. Je pourrais peut-être réorienter mon blog? En fait non, ça fait bien longtemps que je ne cours plus après l’audience. En fait, hormis tout au début, je crois que je ne l’ai jamais fait. J’écris des notes pour mon plaisir principalement. Ordonner les mots, les idées, trouver l’expression la plus exacte, faire le  point sur un sujet qui m’intéresse, me moquer de quelque chose qui m’agace, voilà ce qui me plait tant. Je ne vais pas faire non plus le faux modeste, j’apprécie beaucoup quand une note intéresse les lecteurs et quand on en parle. Mais ce n’est pas ce qui me motive en premier. De toute façon, si par hasard j’avais la moindre velléité de prétention, la dure réalité me rattraperait rapidement.

Il y a quelques semaines, je croise une charmante infirmière de nuit au début de son service.

– Dr Vailloud, il faut que je vous dise, on parle beaucoup de vous sur internet!

– Ah oui? (air faussement modeste)

– Oui! Je fréquente un groupe de préparateurs en pharmacie sur Facebook et votre note sur le syndrome MGEN fait beaucoup parler!

– Ah… (air réellement usé)

C’était adorable de sa part, mais j’ai écrit des dizaines d’autres choses que je trouve beaucoup plus intéressantes depuis 2009, année de cette satanée note sur le syndrome MGEN. Heureusement, On pourra dorénavant parler de ma remarquable photo d’un article du Dauphiné Libéré sur la fameuse nuit de la mort de Lady Di.

Ne riez pas, mon tweet a été repris par la Dépêche du Midi. Cette mise en abîme est fascinante: un journal illustre un article par un tweet qui est une photo d’un article d’un autre journal.

J’ai parcouru les réactions des twittos sur l’aventure de Jacques et de Claudia. De façon assez étonnante dans un Twitter de plus en plus étouffé par la bien-pensance (il faudra qu’un jour je parle d’un truc ou deux), les réactions sont très positives dans l’immense majorité des cas. Beaucoup, hommes ou femmes sourient à l’évocation de cette soirée. J’ai lu beaucoup d’indulgence et de tendresse pour Jacques, qui est pourtant, les français ont la mémoire courte, parti en 2007 avec attachée aux basques l’étiquette de « super menteur ». Est-ce parce qu’il est malade, qu’il ne fait plus de politique, que ceux qui l’ont suivi ont fait bien pire (certainement bien plus ridicule)? Est-ce le regret inconscient d’une époque moins aseptisée par les  Catons de pacotille, où on pouvait « tout » se permettre (puisque Jacques pouvait)?

J’ai découvert l’engouement de gens qui l’ont très peu connu quand un copain m’a offert ce T-shirt:

Je l’ai porté 2 fois, il est écrasé au fond du tiroir, mais il parait qu’il est très cool. Grace à lui j’ai découvert que Jacques est cool, swag, et que certains ont fait du phénomène une petite analyse sociale et des sites parfois bizarres. La coolitude de Jacques ne semble pas avoir de limites, ces citations sont reprises, et pourront être attribuées sans problème à Confucius dans quelques années. Peut-être qu’on l’aime car il aime la vie (la bière, la tête de veau, les femmes…), la transgression, qu’il est authentique, et qu’il présente bien. On l’aime aussi probablement beaucoup car il a une classe qui a totalement manqué à ses 2 successeurs.

Peu le savent, mais il n’aime (difficile de parler de lui au présent) pas que les belles femmes et les romans de gare.

Il était est fou d’Asie et sa culture sur certains domaines précis défient l’entendement. C’était aussi un grand humaniste. J’ai connu ce Jacques, assez tardivement en lisant « L’inconnu de l’Elysée » de Pierre Péan.

Voici deux extraits qui m’ont beaucoup impressionné:

Sacré Jacques…