A fond les ballons…

J’ai encore vu un patient « à fond les ballons » récemment.

Un patient « à fond les ballons », ou « à tombeau ouvert » est un sujet qui met toute sa conscience professionnelle de patient , et certains en ont beaucoup, pour achever la seule tache qui leur semble digne de finir, leur vie.

Là, c’est un monsieur qui m’a été adressé par son endocrinologue, bien que dans ce cas on puisse parler de couple « à tombeau ouvert », tant madame semble tout faire pour aider son époux à passer de vie à trépas.

Il est diabétique multicompliqué (néphropathie+rétinopathie), hypertendu et a déjà fait un accident vasculaire cérébral, mais n’a aucun suivi cardiologique bien clair, et surtout aucune volonté pour en avoir un. Le dernier bilan sérieux date de 2006. Il refuse toute hospitalisation en hôpital de semaine de de diabétologie, parce que la dernière fois, « on lui avait rien fait ».

Il est en surpoids, fume un paquet par jour, et est particulièrement content de lui car avant, il en fumait deux.

Tous les midis, il mange des boîtes de conserve, particulièrement riches en sel. Pourquoi à midi, alors que son épouse est à la retraite, je n’ai pas osé poser la question.

Sa tension, sous une respectable pentathérapie, serait normale à la maison, mais ne descend pas en dessous de 190/100 aux consultations. L’effet blouse blanche n’est pas à exclure, mais je leur demande tout de même de m’apporter leur tensiomètre afin que je puisse le vérifier. La pentathérapie est assez curieuse, puisque pour trois molécules sur cinq, la posologie est plutôt faible. Il a aussi une drôle façon de prendre ses comprimés: tout le matin « pour ne pas oublier! ».

J’ai un peu nettoyé l’ordonnance, leur ai appris l’existence des piluliers, leur ai demandé de diminuer le tabac (madame fume aussi son paquet), et je vais leur envoyer des conseils diététiques pour diminuer les apports sodés. J’ai aussi commencé à leur faire accepter une éventuelle hospitalisation courte en service d’hypertensiologie. C’est ma nouvelle marotte, alors que pendant longtemps j’ai cru que ce service ne servait à rien. Mais la nouvelle assistante est une copine qui est brillante et gentille, et les quelques patients que je lui ai envoyés en sont sortis équilibrés et ravis. Comme l’hypertensiologie n’est pas ma tasse de thé, je lui envoie tous les patients qui me posent problème, c’est à dire en pratique les jeunes et ceux qui ont plus de trois traitements bien conduits.

Pour souligner mon propos, je leur ai fait admirer la vue de ma salle de consultation, le plus grand cimetière de la ville.

Parfois, j’aime bien terminer ainsi ma consultation, en faisant admirer ce petit coin bucolique en plein cœur de la ville qui induit à la fois sérénité et introspection.

Rorschach

Un article du NYT m’a fait découvrir une controverse sur la publication sur Wikipedia des 10 planches du test de Rorschach. Des psychologues, ainsi qu’une société qui commercialise les planches de ces tests s’en prennent au Dr. James Heilman, urgentiste, qui a publié ces fameuses planches.

L’article reprend les arguments des uns et des autres. Comme d’habitude, l’article est d’une grande qualité, et j’adore la pirouette finale.

Je n’ai pas d’avis bien précis puisque je n’avais plus entendu parler du Rorschach depuis les modules de psychiatrie à la fac. Mais d’une manière générale, j’ai toujours un peu de mal avec ceux qui luttent contre la diffusion du savoir.

Mais dans ce cas particulier, je suis dubitatif.

Peut-on « tromper » un examinateur après avoir lu l’article de Wikipedia?

Est-ce qu’on utilise encore ce test?

Yann ou Isa, ou d’autres,  auriez-vous un éclairage à apporter?

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Has Wikipedia Created a Rorschach Cheat Sheet?

By Noam Cohen.

The New York Times.

Published: July 29, 2009.