Le choc des photos (suite)

Superbe dépêche dans Le Monde de ce matin: « Un sédatif très puissant aurait été retrouvé dans la maison de Michael Jackson« .

Lisons la tranquillement, même si le sujet n’est pas très intéressant.

« Un médicament extrêmement puissant, le Propofol, utilisé pour les anesthésies chirurgicales, aurait été retrouvé dans la maison de Michael Jackson après sa mort, affirme mardi le site Internet TMZ.com.« 

« Anesthésies chirurgicales », ça ne veut rien dire, ce n’est pas français.

TMZ qui est la source dit: « The drug is used to put people under anesthesia before surgery« . Ce qu’on pourrait traduire par « Ce médicament est utilisé pour l’anesthésie de patients avant une intervention chirurgicale ». C’est déjà plus français.

Continuons.

Le paragraphe suivant est aussi une traduction littérale de TMZ, mais de meilleure qualité.

Continuons encore un peu:

« Plus tôt dans la soirée, une ancienne infirmière de Michael Jackson, Cherilyn Lee, avait assuré sur CNN que la pop star l’avait pressée, sans succès, de lui obtenir du Diprivan, le nom générique du Propofol. »

Ben, pas de chance, car le Diprivan est le nom commercial du propofol. Et le terme « nom générique » ne s’applique pas dans ce contexte. Pour être plus correct, on aurait pu parler de DCI.

Bon, en somme, un article de quelques lignes repris d’une dépêche de l’AFP, qui est une mauvaise traduction d’une information tirée de TMZ qui est l’équivalent internet de la presse de caniveau.

Pas très glorieux pour un journal qui se veut être la référence en France.

Pour avoir la même information, un coup de « Google Translate« , et le résultat n’est pas bien pire (d’ailleurs, on y retrouve le fameux « anesthésie chirurgicale » 😀 )

Après, certains se demandent pourquoi la presse française est en crise.



Médecine virtuelle.

Cet article du WSJ parle du développement de la « e-médecine », c’est à dire de la consultation via messagerie électronique ou via un portail internet plus ou moins sophistiqué.

Pour l’instant, cela se passe aux EU.

Tout le monde semble y trouver son compte.

Le patient, qui évite de perdre du temps à aller chez le médecin, ce qui permet aussi de dimunuer sensiblement le délai d’attente pour obtenir la consultation. Par ailleurs, les honoraires demandés pour ces « e-consultations » sont bien moindres, ce qui n’est pas négligeable en temps de crise. Au passage, vous remarquerez qu’une fraction d’honoraires aux EU correspond au total chez nous 😉 .

Le médecin, qui peut en théorie augmenter son débit de consultation, et qui bénéficie d’une logistique « tout numérique » qui permet de diminuer les coûts de fonctionnement de son cabinet.

Et enfin, les assurances privées, qui n’ont donc à rembourser qu’un fraction des honoraires habituels.

En fait, tout le monde y trouve en effet son compte d’un point de vue comptable.

Mais est-ce bon pour la santé?

Ce sytème est parfaitement pervers car il nie purement et simplement ce qui est pourtant la base de notre métier. Base qui est pourtant déjà largement sous évaluée par la tarification de l’assurance publique au détriment des actes techniques, je veux parler de l’examen clinique et dans une large part l’interrogatoire.

L’idée de soigner quelqu’un via un message électronique me semble totalement aberrante: pas d’examen clinique possible, contre-interrogatoire difficile, aucune proximité entre le médecin et son patient…

Pour moi ce n’est tout simplement pas de la médecine.

Je ne suis pas contre les outils d’aide aux soins comme le dossier électronique et la prescription numérique (je rêve de pouvoir envoyer à la pharmacie des ordonnances numérisées que le patient ne pourra pas perdre, ni en oublier le renouvellement), mais notre métier, en tout cas dans le cas des cliniciens est fondamentalement analogique.

Mais comme ça fait faire des économies et que tout le monde semble s’en accomoder, cet ersatz de médecine devrait débarquer chez nous dans quelques années sous la bienveillante pression de ceux qui veulent limiter les dépenses de santé.

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Presque aucun rapport avec ce qui précède.

Le WSJ n’est pas en accès totalement libre, contrairement au NYT et au journal Le Monde (sous réserve que l’article ne passe pas dans les archives). Par contre, il l’est pour ceux qui ont téléchargé l’application WSJ pour iPhone. Non seulement vous pouvez lire l’article sur votre mobile, mais vous pouvez l’envoyer par messagerie électronique à quelqu’un, qui pourra le lire en entier sur son ordinateur. C’est ce que j’ai fait pour cet article et celui sur Steve Jobs.