Cher M. lemonde.fr…

Cher M. lemonde.fr,

je te remercie de me faire l’honneur de lire tes articles gratuitement. C’est pourquoi je pardonne tes publicités de plus en plus intrusives et le fait que tu remplisses ton site web avec des notes de blogs. Si je veux lire un blogueur, je vais sur un blog, si je veux une analyse journalistique pertinente, je vais sur le site internet d’un média de référence. Tu mélanges un peu les genres, mais ce n’est pas encore trop grave, je comprends tes soucis financiers.

Mais il y a quelque chose qui m’énerve depuis quelques temps et que je souhaiterais t’expliquer.

Tout d’abord, sache que la plupart du temps, je te lis sur un iPad, pendant que je bois un café au petit déjeuner, sur le canapé ou dans mon lit le soir. Je ne dois pas être le seul…

Tu imagines alors mon énervement quand, après quelques secondes de lecture, surgit cet encart qui propose la version « zen », mode-de-lecture-réservé-aux-abonnés, de l’article, afin de nous motiver, justement, à nous abonner:

lecturezenTu peux bien imaginer que cette brutale interruption de lecture ne rend pas zen, mais alors pas zen du tout.

D’autant plus, et c’est là que ça devient énorme, que ta version zen, mode-de-lecture-réservé-aux-abonnés est disponible pour tous les sites internet, et sans aucun abonnement, depuis des années sur Safari.

lecturezen1Ça s’appelle, écoute bien, ce n’est pas compliqué, le mode lecteur. il suffit d’appuyer sur la petite icône à gauche de l’URL de la page, tout en haut (elle apparaît en noir, puis en blanc sur mes copies d’écrans, tu la vois?)

J’aimerais bien que le texte soit justifié, je compte écrire un mail à ce sujet à Tim, mais le résultat est déjà plutôt sympa.

Alors, s’il te plait, M. lemonde.fr, arrête de braquer bêtement tes lecteurs, qui ne souhaitent pas s’abonner, en leur pourrissant leur journal.

Si tu souhaites que l’on s’abonne, fais comme le NYT, propose des articles de qualité, et bloque leur lecture au delà de 10.

Bisous.

Journée parisienne

Petite escapade parisienne hier…

J’ai commencé par visiter l’exposition Lichtenstein au Centre Pompidou.

centrepompidou

Quand j’étais adolescent, je me demandais pourquoi un auteur de BD de mauvaise qualité, imprimée avec des points ben-day, pouvait  être exposé dans un musée et atteindre des sommets dans les salles des ventes. Je venais de découvrir le Pop-art.

whaam!La BD originale (source)

Whaam!L’interprétation de Lichtenstein: Whaam!, 1963

magnifying glass

Magnifying Glass, 1963.

Jusqu’à il y a peu, je ne connaissais encore de lui que cette partie de son œuvre, la plus connue. Cette expo a comblé mes lacunes et m’a fait découvrir un artiste complet.

roy-lichtenstein-landscape-with-philosopherLandscape with Philosopher, 1996

Après, on aime ou on n’aime pas le Pop-art…

J’aime bien.

Lichtenstein semblait ironiquement ce poser la question de savoir ce qu’il y avait derrière les œuvres du mouvement qu’il a contribué à créer dans cette œuvre de 1961 (non présentée à l’expo):

Roy-Lichtenstein-I-Can-See-the-Whole-Room-...-and-Theres-Nobody-in-It-1961I Can See the Whole Room…and There’s Nobody in It!, 1961

Et maintenant, quelque chose de totalement différent, la (toute) petite exposition de Ron Mueck à la Fondation Cartier.

J’ai découvert Ron Mueck en 2005 dans les médias, au cours d’une précédente expo à la Fondation.

fondation cartierJ’étais curieux d’admirer son travail hyperréaliste des corps humains.

J’ai été un peu déçu, mais comme toujours, être touché ou non par quelque chose est tellement variable en fonction du temps, de l’humeur, …, que je ne suis pas certain de ne pas changer d’avis en y retournant.

En aucun cas je regrette d’y être allé.

Pour être hyperréaliste, c’est hyperréaliste, pas de doute. Le visiteur a l’impression que les corps géants ou miniatures vont s’animer et lui demander pourquoi il les regarde avec tant d’insistance impolie.

Chaque poil, varicosité, marbrure, pli est représenté avec méticulosité. Mais ma part de médecin n’y a vu qu’une virtuosité sans âme. Je me suis même surpris à me faire la remarque que les magnifiques varices de la femme de Couple under an umbrella (2013) n’étaient pas tout à fait au bon endroit et un peu exagérées. La seule (petite) émotion que j’ai ressenti fut devant la mère de Woman with shopping (2013) et surtout l’homme énigmatique et inquiet de Man in a boat (2002).

Excited Shopping WomanÉvidemment, la mère de Woman with shopping est très éloignée de cette vision idyllique…

J’ai trouvé le reste des œuvres froides, ce que j’ai toujours reproché à l’hyperréalisme, où l’émotion laisse très souvent la place à la technique. 

En fait, en feuilletant le catalogue des œuvres de Mueck dans la petite librairie de la Fondation, je me suis rendu compte que ses œuvres antérieures étaient dérangeantes, questionnantes.

20130921-120318.jpg

Et c’est peut-être ce qui manque à cette exposition.

Dernier lieu, encore une fois très différent. Je suis allé voir la (toute) petite boutique Shang Xia, qui a ouvert la semaine dernière au 8, rue de Sèvres. Shang Xia est une succursale de Hermès qui commercialise des objets issus de l’artisanat chinois de très haut de gamme.

shangxiaJe souhaitais surtout voir leurs tasses et bols en porcelaine. J’ai été accueilli par un excellent thé vert et des gens passionnés et gentils.

Je n’ai pas trouvé mon bonheur, mais j’y ai vraiment passé un bon moment. Ce magasin vaut le détour pour le thé, la gentillesse, et les bols en porcelaine « coquille d’œuf » de la gamme echo.

echo shang-xiaCes grands bols ont une forme merveilleusement pure et leur paroi doit faire 0.5 mm d’épaisseur. Malgré une base un peu plus classique, leur poids plume et leur trans-luminescence sont réellement fascinantes. Le vendeur se fera un plaisir de donner une petite pichenette dans le bol afin de faire résonner une sonorité longue et profonde comme celle d’un gong (d’où le nom de la gamme, echo). N’imaginez même pas vous en servir comme d’un pragmatique bol à thé, à moins de vouloir vivre à chaque dégustation de votre Assam préféré un moment de pure terreur. Ces  merveilles fragiles sont des objets de décoration.

Pour un bol à thé  plus rustre, plus populaire, comme sur le cliché suivant, comptez néanmoins 350€ (un bol à thé, pas le service, hein…). Vous aurez donc de quoi avoir un peu peur en vous en servant, mais moins…

Tea shang xia

Objets inanimés…

Chaumière où du foyer étincelait la flamme,

Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,

Objets inanimés, avez-vous donc une âme

Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?

cartableLes objets ont une âme si ils ont une histoire.

Le cartable de mes 40 ans en avait déjà une quand je suis allé le chercher chez Hermès.

Comme toujours, l’accueil fut impeccable, juste hautain comme il faut.

Malgré 5 ans de désir, je n’avais même pas vraiment réfléchi à sa taille (38 cm ou 40 cm?), au nombre de soufflets (1, 2 ou 3), à la finition de la fermeture (dorée ou palladium), et surtout au cuir et à sa couleur (il y a des milliers de combinaisons possibles). A priori, j’étais plutôt attiré par un cuir de type barenia noir ou beige (ou orange, soyons fous).

Je n’avais donc pas d’idée préconçue quand je me suis adressé au vendeur tiré à 4 épingles. Et ça tombait bien, car ils n’avaient que deux sacs à dépêches 38 cm en stock, et il faut compter 1 an de délai (voire plus) en cas de commande. Le premier était en cuir rigide, minimaliste avec deux soufflets, un point c’est tout.

Le second, en cuir togo très souple, possédait deux soufflets, une pochette et des poches intérieures.

Vous avez bien entendu! Des poches intérieures!

intérieurUn nouveau modèle, m’a soufflé le jeune homme, presque gêné par cette nouveauté apportée à un cartable immuable depuis 1937.

fermetureJ’ai néanmoins été bien aise de constater que Hermès a enfin pris en considération les besoins de l’homme moderne qui se ballade avec des clés/clés USB/cartes/fils de recharge pour téléphones/stylos…

J’ai examiné les cuirs, et je suis tombé sous le charme du modèle souple. Son cuir togo est à la fois épais et souple, et son odeur, son odeur…

J’ai toujours aimé les cartables en cuir, les toucher et les sentir, mais là, je venais clairement de découvrir un autre monde, un autre horizon.

Énorme avantage par rapport à un plus aristocratique cuir barenia, le togo est presque insensible aux éraflures de la vie quotidienne (et il ne demande aucun entretien particulier). Alors que l’on peut marquer le barenia avec un malencontreux coup d’ongle un peu appuyé.

Je souhaitais pouvoir emmener mon cartable partout, sans me soucier des agressions extérieures. Je souhaitais un outil de travail, pas un fragile bibelot.

J’ai donc vite fait mon choix.

Mon cartable ne me quitte presque pas depuis 1 an. Pas une consultation, pas un séjour extra-muros sans qu’il m’accompagne. Il s’est embourgeoisé et a grossi à force de porter mon matériel, mais le toucher du cuir et son aspect extérieur sont toujours aussi fantastiques. Il transporte élégamment ma vie, mon moi.

Il symbolise aussi une chose essentielle à mes yeux: on ne finit jamais d’apprendre. Je serai toujours un écolier, avec mon cartable.

Autre chose fabuleuse, d’une discrétion infinie, il passe absolument partout. Il n’est pas comme d’autres qui arborent de gros monogrammes clamant à l’univers à quel point le propriétaire est fortuné, à défaut d’avoir du goût.

Une fois mon choix fait, le vendeur a souhaité me faire une fleur en me montrant un modèle exceptionnel de sac à dépêches en croco marron, comme celui-ci. Quand on connait la frénésie qui entoure, surtout en Asie, ce type d’articles, j’ai été impressionné. Mais je ne l’ai pas aimé, tellement inadapté à notre sensibilité européenne. Et puis, les crocos, ça doit pouvoir vivre tranquillement en liberté, pas en élevage de sacs à main.

Je conseille aux amateurs de sacs en cuir cet énorme forum qui est essentiellement féminin. Comme beaucoup de fora anglo-saxons, il regorge d’informations et les gens qui le fréquentent sont des passionnés, qui en général, répondront gentiment à vos questions.

Si vous voulez passer dans une autre dimension (vers l’infini et au delà), je vous conseille de parcourir ces sections/discussions:

  • En premier, la section Hermès.
  • Ici, les amatrices éclairées font des photos le plus souvent dérobées de femmes porteuses de Hermès, croisées dans la rue… Puis elles essayent de deviner le modèle/cuir/couleur… Surréaliste, surtout quand la photographiée est une habituée du forum.
  • Le coin des hommes, est très très très très gay.
  • La vie de Lutz, une richissime hong-kongaise. A parcourir, pour découvrir une autre vie.
  • Pour les amateurs de Louis Vuitton, un autre sujet assez surréaliste: ces dames prennent en photo ce qu’il y a dans leur sac…

Souriez, soyez dérangés, indignés, mais ne vous moquez pas.

Toutes ces passionnées pansent notre calamiteux commerce extérieur et permettent de maintenir des emplois chez nous en achetant à des prix fous les quelques rares objets encore fabriqués dans notre pays.

Ron Mueck