Pourvu que ça dure…

Cet article du NYT égratigne WebMD, qui est un géant dans le domaine des sites médicaux sur la toile. Il reproche à WebMD d’être anxiogène et rappelle ses relations troubles avec l’industrie pharmaceutique qui sèment le doute sur l’impartialité des informations délivrées. Daniel Carlat et Pharmalot avaient largement commenté ce dernier point.

La tentation est bien entendue immense de tisser des partenariats profitables avec l’industrie en publiant des articles complaisants ou des liens bien choisis.

Vous allez me dire que savoir tout cela ne va pas changer le goût de vos tartines beurrées.

Toutefois, si vous êtes cardiologue, cette éventualité n’est pas impossible.

Maintenant, parlons de theheart.org.

Ce site est une extraordinaire source d’informations sur les actualités de notre spécialité. Les articles sont en général excellents car ils proposent presque systématiquement plusieurs points de vue, parfois totalement contradictoires. Ils font donc appel à l’intelligence du lecteur, qui est ainsi invité à se faire une opinion par lui-même. Les articles ne réfléchissent pas pour vous, ils ne vous susurrent pas ce qu’il faut penser.

Cette qualité a d’ailleurs été récompensée l’an dernier.

Theheart.org est publié en 3 langues, anglais, français et espagnol.

Tout ce que j’ai écrit précédemment concerne les articles de la version anglaise du site (hors programmes de CME qui sont financés par l’industrie pharmaceutique).

Je ne lis pas l’espagnol, et je suis moins enthousiaste pour la version française, que je lis peu car la qualité me paraît être un cran en dessous. Je n’y retrouve notamment presque jamais la multiplicité des points de vue qui me plait tant (un exemple caricatural ici).

Maintenant, quel rapport entre ces deux sites et pourquoi les défauts de WebMD pourraient gâcher le goût de vos tartines?

Et bien, le rapport est très étroit car depuis 2005, WebMD est propriétaire de theheart.org.

J’espère donc que ce dernier continuera encore longtemps à préserver son indépendance et sa qualité malgré les relations parfois troubles de son propriétaire, WebMD.

Quizz

Vous allez sauter de votre fauteuil, car je ne vous propose pas ce soir un ECG mais une photo de boutons:

C’est une région dorso-lombaire gauche, mais cette dame est couverte de ces petits boutons très prurigineux qui prédominent néanmoins sur le dos.

Cette dame, la soixantaine présente depuis longtemps une fibrillation auriculaire paroxystique pour laquelle elle a eu maints chocs et ablations (il faudra que je vous parle de cette imposture, un de ces jours…). Par ailleurs, elle présente une hypothyroïdie substituée, secondaire à la prise d’amiodarone qu’elle a d’ailleurs toujours. Enfin, elle décrit une allergie aux sulfamides.

Depuis quelques semaines, elle présente des épisodes récurrents de décompensation cardiaque, sans facteur favorisant évident. On a finalement mis en évidence une insuffisance mitrale qui doit être opérée assez rapidement.

Peu après son premier épisode de décompensation, cette femme s’est mise à avoir des boutons et à se gratter.

Son traitement actuel comporte:

  • fluindione
  • bisoprolol
  • amiodarone
  • l-thyroxine
  • furosémide
  • chlorure de potassium
  • desloratadine
  • bromazépam

Alors, une idée?

Rapport non protégé

Nicolas Sarkozy a chargé fin décembre le député UMP et chirugien Bernard Debré de rédiger un rapport sur l’affaire du Mediator, selon France Info. Le rapport, qui devrait inspirer une loi, sera remis en mars au chef de l’État et au ministre de la Santé, Xavier Bertrand, précise la radio.

Bernard Debré y préconisera que l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) soit financée directement par l’État et non par l’industrie pharmaceutique, et proposera également de rendre publique la liste des contrats qui lient les professeurs de médecine à des laboratoires pharmaceutiques.

Lu sur lci.fr ce matin.

Une question et une remarque.

La question: comment connait-on le contenu d’un rapport un peu plus de 1 mois avant qu’il soit remis officiellement? Si le rapporteur l’a déjà écrit, pourquoi ne pas le remettre maintenant? Cela implique aussi que l’affaire du Mediator® est close, que tout est connu et rien de nouveau va être connu, par exemple entre maintenant et mars…

La remarque: cela fait pas mal d’années que les experts des agences et des sociétés savantes, entre autres les PU-PH remplissent consciencieusement leur déclaration de conflit d’intérêt. Certes, on ne connait ni les montants ni la nature des contrats, mais on connait l’existence de liens. Est-ce que cela a empêché  les vilains doutes de collusion dans l’affaire du Mediator®? Est-ce que, actuellement, ces déclarations permettent sereinement au lecteur d’un avis de l’Afssaps/HAS ou d’une recommandation de l’ESC de faire confiance à un texte écrit par des auteurs qui ont un lien financier avec les firmes pharmaceutiques qui commercialisent un produit concerné par cette recommandation/avis?

Mais le problème réside aussi ailleurs.

Faites-vous donc confiance aux dernières recommandations de l’ESC sur la place donnée à la dronédarone, commercialisée et développée par Sanofi, dans la prise en charge de la fibrillation auriculaire, en sachant que 40% des rédacteurs ont un lien financier avec cette firme?

Bon, la question et la réponse ont peu d’importance.

En effet, ces recommandations guident non seulement notre pratique courante, mais aussi  peuvent potentiellement servir de base médico-légale.

Vous êtes dubitatifs devant ces recommandations. Vous débutez chez un patient sans cardiopathie un traitement par amiodarone/sotalol/flécaïnide. Le patient présente un effet secondaire sévère. Lui ou sa famille vous cherchent des noises en vous collant sous le nez (ou celui d’un juge) ces recommandations où la dronédarone passe avant l’amiodarone et les autres anti-arythmiques.

Comment allez-vous vous justifier? En dégainant le magazine Prescrire et votre quête d’indépendance en face de recommandations européennes (et incidemment américaines)?

Cette situation  est un peu caricaturale car étant donné les doutes actuels sur la sécurité du produit, et la réévaluation en cours de sa balance bénéfices/risques par l’EMA, vous ne risquez probablement rien.

Mais cela sous-entend qu’il est nécessaire d’aller au delà de la déclaration des conflits d’intérêts dans les sociétés savantes ou les agences de régulation, il faut qu’il n’y en ait plus.

Amuse gueule…

Demain va se dérouler à Paris le point d’orgue d’une opération commerciale dont le but est de donner un coup de fouet aux ventes un peu flageolantes d’un médicament à l’efficacité objectivement difficilement perceptible.

Je souhaite à tous mes confrères qui vont y participer un très agréable voyage et une bonne réunion.

Si les choses se déroulent comme je l’espère, dans quelques jours, je pourrai vous parler un peu plus longuement de cette très croustillante opération de sauvetage.

Mouhahahahahahahaha!