Dismiss/distract

Ce sont les deux mots qui résument presque l’ensemble des procès Wyeth concernant  le traitement hormonal substitutif.

Ces deux mots ont été écrits en 1996 par un cadre de Wyeth sur un mémo au cours d’une réunion où la firme se demandait comment contre-attaquer après la publication d’études montrant un lien entre traitement hormonal et cancer du sein.

Le NYT a publié hier un très intéressant article de synthèse éclairé par de nombreux documents internes à Wyeth, et révélés à l’occasion de différents procès.

S’y dessine un panorama frappant de toutes les techniques de désinformation que l’industrie utilise quand elle veut protéger un de ses produits:

  • Publicité directe auprès du consommateur « Speak to your doctor about what you can do to help protect your health during and after menopause.« 
  • Financement de l’éducation médicale continue (12 millions de $ pour la seule Université du Wisconsin entre 2002 et 2006)
  • Entremise des fameuses officines pour « stimuler » la production et la publication de papiers positifs.

En résumé, selon les auteurs de l’article du NYT:

Still, the documents offer a snapshot of Wyeth’s efforts. Taken together, they depict a company that over several decades spent tens of millions of dollars on influential physicians, professional medical societies, scientific publications, courses and celebrity ads, inundating doctors and patients with a sea of positive preventive health messages that plaintiffs’ lawyers say deflected users’ attention from cancer concerns.

A lire donc, même si, comme moi, vous n’avez a priori pas d’attirance pour ces histoires d’hormones.

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Menopause, as Brought to You by Big Pharma. By Natsha Singer and Duff Wilson. The New York Times. Published: December 13, 2009.

RE-COVER

J’ai finalement lu RE-COVER, l’étude qui comparait le dabigatran et la warfarine dans le traitement des thromboembolies d’origine veineuse.

Je suis toujours très gêné pour interpréter une étude de non-infériorité, ce qu’est RE-COVER.

1274 patients ont été inclus dans le groupe dabigatran, 1265 dans le groupe warfarine.

Dans le groupe dabigatran, 30 patients ont eu une récidive thromboembolique (le critère primaire), contre 27 dans le groupe warfarine sur une durée de 6 mois.

Des saignements majeurs sont survenus chez 20 patients du groupe dabigatran (1.6%), contre 24 dans le groupe warfarine (1.9%).

Si l’on considère l’ensemble des saignements (les majeurs et les autres), on observe une diminution de 29% dans le groupe dabigatran.

Ce dernier est donc plutôt non inférieur pour le critère primaire et plutôt meilleur pour le nombre de saignements.

Pas de souci côté hépatique, que des dyspepsies à déplorer du côté du dabigatran (3% quand même).

Donc c’est plutôt pas mal,

Mais l’étude m’a plutôt pas fait rêver.

Par contre, j’ai grappillé quelques infos/remarques intéressantes au cours de ma lecture:


  • Âge médian de 55 ans dans le groupe warfarine et 56 ans dans le groupe dabigatran, quasi des gamins à l’aune de la cardiologie! Quid des « vieux » dont la thrombose veineuse profonde est quand même une pathologie élective?


  • L’immense majorité (un peu plus de 94%) des patients avait une clairance de créatinine supérieure à 50. D’ailleurs, une clairance inférieure à 30 était un facteur d’exclusion car le dabigatran est excrété par le rein. Même remarque que pour l’âge, quid des personnes âgée qui ont physiologiquement une clairance abaissée?


  • Conséquence des deux remarques précédentes, je prédis un taux d’hémorragies majeures bien plus important que 1.6% lorsque le dabigatran sera prescrit aux patients de la vie réelle, ceux qui font souvent des thromboembolies, les personnes âgées. Je présume en effet que le labo restera certainement discret sur ce sujet.


  • D’un autre côté, seulement 60% des INR des patients du groupe warfarine, jeunes et hyper-surveillés ont été dans la fourchette thérapeutique de 2.0-3.0. Ce chiffre est concordant avec ce qui est habituellement observé dans la littérature. C’est dire que dans la vie réelle, ce doit être terrible…


  • Plus d’INR à surveiller, ce serait quand même génial….


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Schulman, Sam, Kearon, Clive, Kakkar, Ajay K., Mismetti, Patrick, Schellong, Sebastian, Eriksson, Henry, Baanstra, David, Schnee, Janet, Goldhaber, Samuel Z., the RE-COVER Study Group. Dabigatran versus Warfarin in the Treatment of Acute Venous Thromboembolism. N Engl J Med 2009 361: 2342-2352.

Pascale Solère. Le dabigatran fait ses preuves face aux AVK dans la thrombose veineuse profonde. theheart.org. [International Editions > Édition française > Sections > Actualités > Risque CV/Prévention]; 8 déc. 2009. Consulté à http://www.theheart.org/article/1032451.do le 12 déc. 2009.

Zosia Chustecka. RECOVER: Dabigatran beats warfarin in VTE. theheart.org. [heartwire > Medscape Medical News]; Dec 7, 2009. Accessed at http://www.theheart.org/article/1031821.do on Dec 12, 2009

ASH 2009- Phlébite et anticoagulants : l’INR pourrait bientôt ne plus porter sur les nerfs. Le blog santé de Jean-Daniel Flaysakier. Lundi 7 décembre 2009.

Ghostwriting?

Si vous ne savez pas encore ce que c’est, je vous suggère d’aller jeter un coup d’œil ici et ici.

Sinon, depuis quelques mois (depuis les affaires Merck et Wyeth, notamment), la prise de conscience de l’existence de ce qui n’est ni plus ni moins qu’une fraude organisée de façon « industrielle » et méthodique par les firmes pharmaceutiques a littéralement explosé dans le monde de l’édition scientifique médicale.

Tout le monde en parle tout le temps, et jure la main sur le cœur que plus jamais, plus jamais…

Mais les vieilles habitudes ont la vie dure, comme semble le montrer cette note du très bon The Carlat Psychiatry Blog.

Daniel Carlat reproduit un message électronique daté de ce mois, délicat chef d’œuvre composé d’un entrelacs de sous-entendus, qu’un confrère psychiatre a reçu de Blue Spark, une officine de communication qui travaille ici pour Sanofi-Aventis.

Je vous en conseille vivement la lecture, de même que les commentaires qui vont avec.

Par ailleurs, Daniel Carlat a consacré très récemment une autre note à ce problème.

Préviscan quadrisécable high-tech.

Vous vous souvenez peut-être des deux notes (φάρμακον et Entretien exclusif) que j’avais écrites sur les formes galéniques un peu aberrantes des AVK en France et vous connaissez bien plus sûrement l’aversion de l’excellent toubib contre le Préviscan® (fluindione).

Et bien, P&G, la firme qui commercialise le Préviscan (P&G c’est Procter & Gamble, mais ça faisait trop produits d’entretien pour un médicament) a décidé de changer la galénique et de sortir un comprimé High-Tech:


Photobucket

Il va falloir que j’aille voir ma pharmacienne adorée pour qu’elle me les fasse tester, et actualiser mes comparatifs photos.

Quelqu’un parmi vous en a déjà vu passer?

Premières impressions?