La consultation

La femme replète, assise devant mon bureau, a la cinquantaine.

Elle pousse de petits cris modulés, allant du rauque au très aigu. Son absence de sourcils, son bonnet blanc en laine enfoncé à mi front et surtout  les mouvements frénétiques de sa très longue écharpe posée à plat sous le bonnet et retombant symétriquement de chaque côté de son visage devant ses oreilles m’évoquent un cocker géant fou.

A ma droite, un peu derrière moi, une interprète en langage des signes, qui plus est psychologue, fait l’interface.

Tout est normal, vous êtes à ma consultation.

J’ai eu beaucoup de mal à ne pas rire.

A un moment, je me suis retourné vers l’interprète-psychologue, et en traçant un ovale autour d’elle, je lui ai dit que l’on se croyait sur France 3.

L’histoire de cette pauvre femme sourde muette de naissance a pourtant de quoi faire dresser les cheveux sur la tête du psychologue le plus aguerri.

D’angoisse, elle s’est mise en opisthotonos sur le lit d’examen au cours de mon échographie cardiaque.

Pour la rassurer, je lui ai mis la main sur les amplis de l’appareil d’échographie pour qu’elle puisse sentir son cœur battre.

Bon après, elle voulait que je recommence, encore encore et encore…

Au bout de 3/4 d’heure, j’avais en main les informations nécessaires à sa prise en charge.

L’anesthésiste qui me l’avait adressée sans courrier, après l’avoir interrogée 3,5 minutes et sans avoir daigné l’examiner a même pointé le bout de son nez par l’entrebâillement de la porte en fin d’examen, peut-être poussée par les remords.

Vraiment une consultation extraordinaire.

Excellent!

Grâce à mon hérisson favori (qui s’est mis à dessiner), j’ai découvert cet excellent blog qui illustre tout ce qu’un pharmacien peut entendre à longueur de journée derrière son comptoir.

J’adore le devise du blog « Bravo! Tu as gagné ton post« .

C’est tellement ça…

Dériver l’angoisse

On m’a demandé d’aller voir une dame pour laquelle un scanner thoraco abdominal a mis en évidence une dilatation d’une veine iliaque.

Elle était très angoissée par cette trouvaille tout à fait bénigne, et on m’a donc demandé de la rassurer.

Pourquoi lui a-t-on fait un scanner me demanderez-vous?

Bonne question, elle est même centrale, c’était pour faire le point sur un cancer métastasé de partout après l’échec d’une première ligne de chimiothérapie. On envisage une seconde ligne, une troisième, ad libitum

Je l’ai rassurée.

Je présume (j’interprète) que la patiente fixait donc son angoisse sur le détail veineux pour ne pas voir le reste. Je suis persuadé que ce défaut de focalisation est un moyen inconscient de protection pour le patient, voire pour le soignant (pour sa propre protection, et celle de son malade).

La cardiologie n’est heureusement pas une spécialité trop « terminale », le plus souvent tout va très vite. Mais je me suis assez souvent dit qu’un patient, une famille, des soignants prêtaient souvent une attention totalement démesurée à un détail parfois même indépendant de la maladie principale. Mais ce détail, c’est le plomb qui empêche que tout ne disjoncte.

En sortant de sa chambre, je me suis demandé si j’avais bien fait de balayer ce souci qui était peut-être un bon moyen de canaliser son angoisse.

Elle a vite levé mes scrupules.

« Merci de m’avoir rassuré, ce n’est rien par rapport au reste…. »



Colchique dans les prés….

La colchicine, alcaloïde extrait de la colchique est utilisée en médecine depuis des temps anciens.

Dioscoride l’aurait utilisée pour soigner la goutte.

Depuis toujours, c’est à dire depuis la magicienne et empoisonneuse Médée qui habitait la…Colchide (le hasard n’existe pas), la colchicine est associée à un risque toxique.

De fait, son index thérapeutique est étroit.

La colchicine absorbée par voie orale subit un cycle entéro-hépatique. Sa biodisponibilité varie entre 25 et 50%. Elle se fixe sur tous les tissus, principalement la muqueuse intestinale, le foie, les reins et la rate à l’exception du myocarde, des muscles squelettiques et des poumons. Son élimination est urinaire et surtout fécale (source BCB).

Sa fixation aux protéines plasmatiques, notamment l’albumine, est de l’ordre de 50%.

Photobucket

Colchicum Automnale


La colchicine est un substrat de la glycoprotéine P et du CYP3A4.

Ceci explique les interactions parfois préoccupantes avec les molécules inhibant ces deux complexes. Les molécules suivantes augmentent donc sa toxicité:

  • inhibiteurs puissants du CYP3A4: atazanavir, clarithromycine, indinavir, itraconazole, ketoconazole, nefazodone, nelfinavir, ritonavir, saquinavir, telithromycine
  • inhibiteurs modérés du CYP3A4: amprenavir, aprepitant, diltiazem, erythromycine, fluconazole, fosamprenavir, jus de pamplemousse, verapamil
  • inhibiteur de la glycoprotéine P: cyclosporine, ranolazine

Il faut aussi se méfier de la colchicine chez les patients insuffisants rénaux ou insuffisants hépatiques.

Enfin, la colchicine est responsable de rhabdomyolyses, notamment chez le sujet âgé, traité de façon concomitante par des statines (atorvastatine, simvastatine, pravastatine, fluvastatine) ou des fibrates (gemfibrozil, fenofibrate, benzafibrate).

Polymédicamentation, diminution de la fonction rénale ou hépatique, hypoprotidémie, la personne âgée est donc une victime idéale de la colchicine, donc méfiance!


Les colchiques


Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s’empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne
Les enfants de l’école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l’harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières
Qui battent comme les fleurs battent au vent dément
Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l’automne

Guillaume Apollinaire-Alcools


°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°


Les 242 molécules (et vi!) qui interagissent avec la colchicine sur le site drugs.com.

Highlights of Prescribing Information de la colchicine par la FDA.

M.-L. Le Bellec, B. de la Gastine, B. Mosquet, F. Godde, R. Ze Bekolo, R. Gloro, C. Leterrier and A. Coquerel. Risque d’intoxication à la colchicine chez les personnes âgées et moyens de prévention : à propos de quatre observations. La Revue de Médecine Interne. Volume 30, Issue 9, September 2009, Pages 783-788.

Colchicine : interactions et effets indésirables graves, parfois mortels. Rev Prescrire 2008;28 (294):267-270.

Colchicine in Goldfrank’s Toxicologic Emergencies de Neal E. Flomenbaum, Lewis R. Goldfrank, Robert S. Hoffman, et Mary Ann Howland. McGraw-Hill, Medical Pub. Division.