Conflits d’intérêts

Je suis horriblement en retard, je ne vais donc pas m’étendre sur ce travail qui semble assez intéressant (il n’est pas encore publié) sur les conséquences des conflits d’intérêts des auteurs des articles scientifiques dans leurs conclusions sur une molécule.

Ce petit graphique me semble très explicite. Les valeurs sont en % et représentent la part des auteurs qui ont déclaré un conflit d’intérêt dans deux groupes définis en fonction de l’avis émis dans leur conclusions: avis positif ou négatif pour la rosiglitazone.

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Ça tombe mal pour la rosiglitazone qui a fait la une du NYT depuis quelques jours et qui agite beaucoup des esprits Outre-Atlantique.

Dis moi avec qui tu couches, je te dirai ce que tu recommandes.

Ce n’est pas nouveau-nouveau comme constatation. Ce qui serait plus intéressant serait de chercher une, plutôt des explications. Et je ne suis pas certain que la plus évidente soit la principale.

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Nancy A. Melville. Avandia analysis: Authors with financial conflicts draw more positive conclusions . theheart.org. [heartwire > Medscape Medical News]; Feb 23, 2010. Accessed at http://www.theheart.org/article/1049423.do on Feb 25, 2010.

Fais pas tomber l’ampoule!

Il y a peu, j’ai dû gérer une prescription d’Enbrel® dont la prescription est restreinte et dont le coût m’a impressionné: 1117.30€ pour 4 semaines de traitement pour la posologie à 50 mg.

Mais ce n’est rien par rapport aux traitements cités par le magazine Forbes, dont cet article fait le tour de Twitter en ce moment.

Ce ne sont pas des anti-cancéreux, mais des produits issus de petits laboratoires de biotechnologies, et destinées à des maladies orphelines (souvent des déficits métaboliques congénitaux).

J’ai fait cette petite infographie pour illustrer le propos de l’article (axe des abscisses en haut: nombre de patients, en bas, coût annuel en $, axe des ordonnées, les différentes molécules et leurs indications).

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J’ai eu la flemme de rechercher le coût unitaire chez nous pour tous ces produits.

Mais par exemple pour le Soliris® (eculizumab), la BCB indique: »Tarif de responsabilité à l’UCD : 4 450,00 € HT / 4 543,45 € TTC au 19/12/2008« .

Gloupsss, le pharmacien qui dispense le produit n’a pas intérêt à trembler…

Un long lundi à Paris…

Aujourd’hui, journée à Paris.

Pour m’accompagner dans le TGV: Yann Tiersen, Rudyard Kipling, des tas d’articles de pharmaco, et des sablés de chez Dromel.

Difficile d’espérer mieux comme compagnons de voyage, non?



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La chanson de Chil

Ceci est la chanson que Chil chanta comme les vautours se laissaient tomber l’un après l’autre au bord de la rivière, quand eut pris fin le grand combat. Chil est l’ami de tout le monde mais, au fond du cœur, son sang est de glace, parce qu’il sait que presque tous les hôtes de la Jungle viennent à lui en fin de compte.

Ceux-là furent mes amis dans les nuits de leur jeunesse

(Chil ! Garde à vous ! Chil !)

Lors mon sifflet vient sonner le terme de leur promesse.

(Chil ! Hérauts de Chil !)

D’en bas ils me signalaient les gibiers frais abattus,

Je guettais pour eux d’en haut daims en plaine — sûrs affûts,

C’est la fin de toute piste, ils ne m’appelleront plus.

Ceux qui menaient le pied chaud — ceux qui hurlaient à l’ouvrage —

(Chil ! Garde à vous ! Chil !)

Ceux qui, virant aux abois, clouaient la bête au passage

(Chil ! Hérauts de Chil !)

Ceux qui précédaient le vent ou suivaient, lestes, recrus…

Ceux qui forçaient l’Andouiller — ceux qui sautaient par-dessus,

C’est la fin de toute piste, ils n’en éventeront plus.

Ceux-là furent mes amis. Ils sont morts, c’est grand dommage.

(Chil ! Garde à vous ! Chil !)

Je viens les consoler qui les connus dans leur courage.

(Chil ! Hérauts de Chil !)

Gueule béante qui saigne, œil sombré, flancs décousus,

Délaissés, mêlés et las, les vainqueurs sur les vaincus.

C’est la fin de toute piste — et les miens seront repus !


(Chien Rouge– Le second Livre de la Jungle)

Vous prendrez bien un jus de pamplemousse?

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Je ne suis pas un fanatique du pamplemousse, mais j’en ai un spectaculaire au fond de mon jardin.

Par ailleurs, outre la beauté de l’arbre et de sa magnifique fleur, le jus de pamplemousse est doté de propriétés pharmacologiques tout à fait intéressantes, et parfois inquiétantes.

La naringine et la naringénine sont de puissants inhibiteurs du cytochrome P450 3A4 (CYP3A4) et dans une moindre mesure du CYP1A2 et du CYP3A5.

On trouve le CYP3A4 au niveau des entérocytes de l’intestin grêle et au niveau du foie.

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Le jus de pamplemousse agit donc sur ces 2 sites, augmentant la biodisponibilité du substrat du CYP3A4 au moment du passage dans le système porte ainsi que son métabolisme au niveau hépatique.

Cela induit une nette augmentation des concentrations plasmatiques du substrat et peut devenir problématique quand ce dernier est un médicament.

Et il y en a des tas qui sont métabolisés par le CY3A4 (et les autres dans une moindre mesure):

Ces longues listes ne sont pas faciles à intégrer, et pour compliquer le tout, l’activité des CYP3A4 est éminemment variable entre chaque individu (avec un rapport de 1 à 8), ce qui rend donc très variable l’intensité de l’interaction pamplemousse/médicament.

Il faut bien évidemment se méfier en tout premier lieu des molécules ayant un index thérapeutique étroit.

Pour vous donner une idée de l’intensité de cette interaction, un verre de 250 ml de jus de pamplemousse triple l’aire sous la courbe de la félodipine, et la durée de l’interaction a une demi vie de 12 à 24 heures.

Une étude faite en 1996 sur des transplantés rénaux montre jusqu’à un triplement de la concentration plasmatique de ciclosporine chez un patient.

Pour les médicaments cardiovasculaires, les papiers conseillent en général la prudence pour les molécules suivantes (mais parfois, les avis sont un peu divergents…):

  • diltiazem (beaucoup d’avis divergents)
  • vérapamil (idem)
  • statines (atorvastatine, simvastatine, lovastatine-non commercialisée en France-, parfois pravasatine)
  • amiodarone
  • ciclosporine
  • dihydropyridines (félodipine, parfois nifedipine et amlodipine)
  • tacrolimus et sirolimus

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Outre le CMAJ et « Autralian Prescriber »:

Pillai U, Muzaffar J, Sen S, Yancey A. Grapefruit juice and verapamil: a toxic cocktail. South Med J. 2009 Mar;102(3):308-9.

Sica DA. Interaction of grapefruit juice and calcium channel blockers. Am J Hypertens. 2006 Jul;19(7):768-73.

Lefebvre Lyse. Interaction médicament-aliments: le jus de pamplemousse. Bulletin d’Information Toxicologique 1999. Volume 15, numéro 3.