Mauvaise étude, mauvais résultats

Je pense que vous n’entendrez jamais parler de l’essai ASPIRE qui a étudié l’adjonction d’aliskiren (Rasilez®) à un IEC ou un ARA2 en post infarctus du myocarde chez des patients plutôt graves.

Le critère principal n’était pas clinique puisqu’il s’agissait de la variation du volume tele-systolique sur une durée de 36 semaines.

L’aliskiren n’améliore rien.

Par contre, il y a plus d’hyperkaliémies et d’hypotensions.

Et la mortalité globale est à 4% dans le groupe aliskiren et 2% dans le groupe placebo avec p=0.16.

Mais il est difficile d’analyser ce résultat étant donné que la mortalité globale n’était pas spécifiquement étudiée…

Idem pour la fonction rénale.

En somme toujours aucun intérêt clinique, et signaux oranges sur des paramètres un peu inquiétants comme la mortalité globale ou la fonction rénale.

Donc pour l’instant, mauvaise étude, mauvais résultats, pas un bon traitement dans cette indication.

Pourtant le « double blocage » et Paris-Match avaient soulevé en moi un tel espoir…

😉

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Une excellente synthèse de theheart.org rédigée par un confrère cardiologue de Béziers:

Dr Jean-Luc Breda. L’aliskiren ne prévient pas le remodelage VG après infarctus. theheart.org. [International Editions > Édition française > Sections > Actualités > Insuffisance cardiaque]; 22 mars 2010. Consulté à http://www.theheart.org/article/1061189.do le 24 mars 2010.

Fuite?

Il se passe des choses en ce moment autour de l’action Sanofi et des rumeurs sur l’ASMR V du Multaq®…

Tout à l’heure je citais cet article du Figaro.

En fait l’information vient de la Tribune.

Le titre Sanofi-Aventis souffre.

Mais la HAS dément vigoureusement que l’évaluation soit terminéé.

Pourtant, selon l’évaluation donnée par la lecture des différents articles du « Quotidien du Médecin », le Multaq® ne serait qu’ à un iota d’être le médicament du siècle (voire du millénaire).

D’un autre côté, ce produit n’avait pas fait rêver le NICE dans un rapport préliminaire de décembre dernier, en Grande Bretagne (le « Work In Progress » est consultable ici), et le rapport d’évaluation de l’EMA était lui aussi bof-bof.

Alors, fuite ou fausse rumeur?

L’évaluation de la HAS va se rapporcher de celle de l’EMA, voire du NICE ou de celle du « Quotidien du Médecin »?

Quel suspens paroxystique (comme la FA)!

RIP

Sir James Black, prix Nobel de physiologie/médecine en 1988 pour avoir découvert une nouvelle classe thérapeutique, celle des béta-bloquants, vient de décéder.

Je ne vais pas vous retracer sa vie, son œuvre et déplorer sa disparition à l’âge de 85 ans car je ne connaissais pas son existence avant de tomber ce matin sur cette nécrologie du NYT.

Il a permis de sauver des millions de vie, et on utilise toujours (un peu) une des deux molécules qu’il a découvertes, le ICI 45520, plus connu sous sa DCI, le propranolol, encore plus connu sous son nom commercial, l’Avlocardyl®.

J’entends en fond de salle une rumeur, ce sont les milliers d’étudiants stressés avant leurs examens qui le remercient aussi

Je me joins à eux, c’est ce que j’ai pris pour ma thèse.

Bon, des milliers d’hommes ne le remercient pas, mais leurs doléances sont négligeables (et leurs femmes soulagées: « Mettez-le sous betabloquant, Docteur!« , m’avait glissé un jour une épouse très comme il faut derrière l’oreille sourde de son vieux mari) en comparaison de ce que James Black a apporté à l’Humanité (pas le journal, communistes béotiens que vous êtes).

La nécrologie comporte un passage qui me semble crucial:

Dr. Clyde Yancy, the president of the American Heart Association, said the drugs’ discovery was “one of the few things that really deserves the moniker ‘Landmark.’ ”

Car, à l’image de toute chanson qui est déjà un  » tube  » avant même d’être mise en vente, sachez que toute « molécule innovante » (selon la classification Christian Lajoux), même avec un rapport risque/bénéfice défavorable, est une « Landmark Drug » qui change définitivement la face de la maladie pour le bien de l’Humanité (toujours pas le journal) souffrante.

Si vous ne croyez pas au paragraphe précédent, c’est que vous lisez régulièrement « Prescrire« .

Dans le cas contraire, c’est que le bien nommé tanga « intrigue à Venise » violet des visiteuses médicales exerce sur vous une attraction irrésistible et nuisible pour votre jugement professionnel, prenez donc du propranolol.

Merci Monsieur James W. Black!

(Derek Lowe en parle ici)

Quiz d’officine, la réponse

Fabien a rapidement donné la réponse de ce quiz.

L’insuffisance cardiaque est néanmoins une contre indication à la prescription de Flecaine®

Le Cardensiel® (bisoprolol) a comme seule indication le traitement de l’insuffisance cardiaque.

C’est uniquement l’association de cette indication et de cette contre-indication qui a fait rougir le logiciel de prescription.

Car par ailleurs, il est tout à fait possible d’associer de la Flecaine® et un beta-bloquant.

C’est pourquoi la Tenormine® qui n’a pas d’AMM dans l’insuffisance cardiaque revient avec une simple précaution d’emploi.

Maintenant, si l’on teste les interactions entre Detensiel® (bisoprolol) et Flecaine® on obtient la réponse suivante:

ASSOCIATION CONTRE INDIQUEE :
FLECAINE LP 150 mg Gélule à libération prolongée (ANTI-ARYTHMIQUES CLASSE I (SAUF LIDOCAINE))
DETENSIEL 10 mg Comprimé pelliculé sécable (BETABLOQUANTS DANS L’INSUFFISANCE CARDIAQUE)
Synergie d’action entre Bisoprolol et Flécaïnide
BETABLOQUANTS DANS L’INSUFFISANCE CARDIAQUE.
Effet inotrope négatif avec risque de décompensation cardiaque.
Source Thesaurus AFSSAPS du 30/06/2009

Et pourtant le Detensiel® n’a aucune indication dans l’insuffisance cardiaque et sa molécule efficace est strictement la même que celle du Cardensiel®.

L’explication est simple, les logiciels de prescription raisonnent en DCI et ne prennent pas en compte les noms commerciaux, ni les posologies.

Pour eux, Cardensiel® et Detensiel®, c’est pareil.

En fait, pour être précis, c’est leur base de données, le Thesaurus qui raisonne ainsi.

Il faut donc connaître ces quelques subtilités pour ne pas être dérouté par son utilisation directe ou via les logiciels d’aide à la prescription.

La base Thériaque qui propose gratuitement un système d’analyse d’ordonnances est disponible ici (accessible après un simple enregistrement).