Le notaire

Nanaouahouahahnahaouahouaha… Thunder!

Nous sommes allés ce matin chez le notaire pour signer le compromis d’achat de la maison que nous louons depuis des années.

Déjà, pour notre contrat de mariage, ce notaire m’avait paru intéressant, mais là, il a régalé mon côté entomologiste.

La pièce, vaste et claire comporte une bibliothèque sombre aux arches néo-gothiques renfermant de lourds volumes de référence et surtout un immense bureau brun clair parfaitement plat, paré d’un sous-main vert délavé par le temps, probablement hérité de son père. Seule fausse note, à mon avis, d’horribles reproductions de Van-Gogh ou de Cézanne aux murs.

Il est seul à la tête d’une grande étude, et ses 8 collaborateurs ont tous une spécialité.

Il a une chemise mauve pâle et une cravate dont je ne garde aucun souvenir à part que le nœud était irréprochable. Sur la chaise à côté de nous reposait une veste de costume bleue nuit avec de fines rayures blanches verticales. Un costume très « City », en somme.

J’ai beaucoup aimé son cynisme feutré. Il a successivement évoqué les enfants adultérins de mon épouse, mon décès, celui de mon épouse, notre divorce et le procès en détournement d’héritage que pourraient envisager d’intenter mes fils à ma veuve avec le fin sourire de celui qui en a beaucoup vu.

Ce matin, c’est la première fois où je me suis dit sérieusement que j’aurais assez volontiers exercé un métier autre que le mien, j’aurais pu devenir notaire, je suis presque certain que ça m’aurait plu.

Son humour pince sans rire et sa façon de voir les choses m’ont rappelé ma propre tournure d’esprit.

La mort est son métier, comme elle est le mien, et elle nous a façonné le même profil.

Il a beaucoup insisté pour me parer de mon titre de civilité, nous avons donc fait de même à son égard. Une fois ainsi tracé l’espace dans lequel nous allions nous inscrire et évoluer, comme les chiens le font en pissant aux quatre coins cardinaux, nous avons commencé la cérémonie.

Les préliminaires aux signatures ont duré presque 1h30. Pendant tout ce temps, un chat tigré de 7 mois s’est couché sur le cuir du bureau, réchauffé par le soleil matinal. Il jouait avec les documents, et notamment donnait des coups de pattes à chaque page paraphée que nous tournions. Ce chat, fin et racé est en fait un chat que notre notaire a recueilli au bord d’un parking. Tout en nous donnant des explications, admonestant ses secrétaires à l’intercom et vérifiant que tout soit en règle, il câlinait le chat, un peu à la façon du numéro 1 du spectre. Sauf que là, le chat n’était ni blanc, ni angora, et qu’a priori il n’est pas à la tête d’une organisation terroriste affamée de pouvoir.

Il s’est laissé allé à nous dire qu’il aimait les êtres fins et cultivés. Dans la vie de tous les jours, il ne doit pas s’éclater souvent.

Je lui ai fait le coup du Dr House pour voir comment il réagirait.

Au début de l’entretien, il nous a loué la beauté de l’artère sur laquelle il a pignon sur rue, beauté louée par de nombreux clients.

Je lui ai fait remarqué que tous n’étaient que des flatteurs. Fin sourire.

A la fin de l’entretien, il nous a dit avoir 58 ans. Je lui ai alors dit qu’il ne les faisait pas (ce qui est vrai). Son grand sourire satisfait ne s’est pas éteint quand je lui ai précisé que moi aussi, j’étais un vil flatteur, comme tous les gens qui louaient son environnement.

Nanaouahouahahnahaouahouaha… Thunder!

A la sortie, notre propriétaire, effarée par les frais de notaire, nous a proposé de nous en payer une partie.

Mon épouse ne savait visiblement pas quoi répondre à cette proposition stupéfiante et adorable. J’ai alors posé la main sur le bras de la propriétaire en lui disant que mon épouse allait probablement refuser par pure forme, mais que ce refus était purement une convention sociale et que bien entendu, il ne fallait pas la prendre en compte.

Nanaouahouahahnahaouahouaha… Thunder!

Après qu’un ange soit passé, nous avons éclaté de rire tous les trois.

Nous avons une propriétaire en or, que nous considérons comme faisant de plus en plus partie de la famille au fil des années, et je pense que c’est réciproque.

En rentrant, j’ai commencé à faire les fonds de tiroirs  et me creuser la cervelle pour pouvoir réunir l’apport que nous nous sommes fixés. Je me suis alors jeté sur le paquet de 3 Kg de noisettes chocolatées de mon « patient CMU« , tout en écoutant Thunderstruck à fond, à en faire vibrer les fenêtres.

Le chocolat, c’est le seul meilleur ami de l’homme.

Déraisonnable

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La meringue au citron vert est faite maison.

Le sablé chocolat/orange et le macaron souple aux amandes amères sont chacun une tuerie et viennent de cette vénérable maison.

Le café, what else?

URSSAF Showdown suite…

Aujourd’hui, au courrier, un pli de l’URSSAF.

J’ai pris peur, mais j’ai quand même ouvert l’enveloppe.

Ils disent qu’ils ont bien reçu ma déclaration, ce qui est la moindre des choses étant donné le mal que je me suis donné pour la leur apporter, mais ce n’est pas pour cela qu’ils ont pris la peine de m’écrire.

Ils précisent qu’elle est incomplète et qu’il me fait leur communiquer plusieurs renseignements « au plus vite ».

Je déteste ce « au plus vite ».

Il leur manque notamment le « Montant total des honoraires tirés de l’activité conventionnée ».

J’appelle mon expert-comptable, lui laisse un message, et elle me rappelle moins de deux heures plus tard.

J’étais tellement content qu’elle me rappelle que j’ai mesuré à quel point mes relations avec elle étaient, disons, atypiques, en fait pathologiques pour tout dire. Gentiment pathologiques, mais pathologiques quand même.

Vous devez vous demander pourquoi je ne quitte pas ce cabinet. Je me le demande 4 fois par an, mais j’attends le fin de la période définie dans notre gentlemen’s agreement pour aviser. En fait, je crois qu’inconsciemment je l’aime bien car elle est aussi barjot que moi, mais elle, elle applique dans la pratique ses pensées fantasques. par exemple, dans ce cas particulier, elle aurait vraiment parlé avec le comprimé, et il lui aurait répondu!

Donc, là, j’étais tellement content que je n’ai même pas râlé, car c’est elle, en définitive qui a rempli le formulaire.

Quand je lui ai dit qu’il manquait ce renseignement, sa réponse m’a fait encore découvrir tout un monde insoupçonné de sensations.

En gros:

« Ah, mais je n’ai pas rempli sciemment ce renseignement, car l’URSSAF m’embête! Ils n’ont pas besoin de le connaître car ils ne s’en servent pas pour leurs calculs. C’est uniquement pour leurs statistiques! »

(Pardon de m’immiscer dans ta vendetta avec cette administration, mais ils demandent gentiment ce renseignement puis insistent pas mal pour l’obtenir, alors soyons raisonnables, pourquoi ne pas le leur fournir?)

Elle a du penser qu’elle avait assez mis en péril le système en ne fournissant pas mon « Montant total des honoraires tirés de l’activité conventionnée » pendant une semaine, elle me l’a donc finalement donné.

Je me suis rué sur le fax le plus proche pour régulariser ma situation.

J’espère qu’elle ne m’a pas donné un chiffre au hasard pour faire s’écrouler l’URSSAF sur elle-même, de l’intérieur!

Je n’ai quand même pas de chance, j’ai du tomber sur la seule expert-comptable anarchiste du pays.

Je commence à voir le spectre grimaçant de mon angoisse de la 2035 de mai-juin prochain. Pourvu qu’elle ait abandonné la lutte politique d’ici-là!

La leçon

« L’infinitif d’un verbe. Les verbes prennent plusieurs formes, on dit qu’ils se conjuguent: je chante, nous chantons, vous chantez. La forme non-conjuguée d’un verbe s’appelle l’infinitif. Ici chanter.« 

Ce matin, révision des leçons pour demain avec le grand.

Je crois que je lui mets un peu trop la pression, je vais lever le pied.

Le Dr House avec son fils de 7 ans, c’est un peu rude.

Heureusement que sa mère est là pour consoler les gros chagrins.

Pauvre petit…

Quand je vois ce qu’il y a devant lui, ça me donne le vertige.

C’est curieux, quand je me souviens des trucs pénibles à apprendre par coeur, ce n’est pas le cycle de la cyclo-oxygénase qui revient en premier mais les déclinaisons latines. Ma prof de latin était terrible. Elle doit être morte d’un cancer ou d’un infarctus, vu tout ce qu’elle fumait…

Nemo, neminem, nullius, nemini, nullo, de mémoire et le petit doigt sur la couture du jean noir.