Déclarer un effet indésirable d’un médicament dans les Bouches-du-Rhône

Imaginons qu’un médecin travaillant dans les Bouches-du-Rhône souhaite déclarer un effet indésirable d’un médicament à son CRPV (Centre Régional de Pharmaco-Vigilance).

Imaginons que c’est moi.

Je suis bien conscient de l’importance de ces déclarations, qui font le socle de la pharmaco-vigilance dans notre pays.

Pourquoi déclarer ?

Avant de pouvoir être commercialisé, un médicament subit des essais cliniques au cours desquels efficacité thérapeutique et tolérance sont étudiées. Mais ces essais portent sur un nombre relativement limité de sujets ciblés, excluant le plus souvent les personnes à risques. Ils ne peuvent donc pas prétendre déceler tous les effets indésirables du médicament étudié, mais seulement les plus fréquents.

Une fois sur le marché, le médicament sera employé chez une multitude de patients très différents les uns par rapport aux autres (état pathologique, prise d’autres médicaments, âge, etc.). Des effets indésirables non mis en évidence lors des essais cliniques, peuvent surgir à tout instant.

Vos notifications spontanées d’effets indésirables médicamenteux graves ou inattendus sont nécessaires pour identifier de nouveaux risques, et prendre rapidement les mesures nécessaires pour assurer la sécurité d’emploi des médicaments après leur mise sur le marché.

Je sais que dans ANSM, il y a Sécurité. Je vais donc consulter cette page, et rechercher mon CRPV:

je clique (bêtement) sur le lien et tomber sur cette page, merveille de modestie et d’ergonomie que le monde nous envie :

J’essaye « démarches en ligne » pour déclarer mon effet indésirable en ligne (l’AP-HM est assez excellente pour parler de/sur LinkedIn, ça doit donc bien être possible, non?) :

Caramba, encore raté

Finalement, en tapant CRPV et Bouches-du-Rhône dans Google, car je n’ai pas encore renoncé à ma démarche (j’en veux vraiment et j’ai apparemment du temps à revendre…), je tombe sur le bon site, dédié au CRPV et non aux prouesses graphiques et sportives de l’AP-HM.

Top, je vais  pouvoir enfin déclarer mon EI en ligne (ça doit bien être possible, non?):

Non, bon, bon, bon, il n’est toujours pas possible de déclarer en ligne (en 2017…), mais pas grave, petit clic sur le lien pour obtenir le Cerfa (voire peut-être, orgasme possible en vue, remplir le PDF en ligne, l’enregistrer et l’envoyer par mail à l’adresse indiquée ??). Quand je vous disais qu’il faut vraiment être motivé pour déclarer. 

Alors, possible, pas possible d’obtenir le Cerfa?

Je vous sens pendu à mes lèvres… Et bien non!

Caramba, encore raté… 

J’ai raconté l’histoire sur Tweeter et mes copains pharmaco-vigilants m’ont donné ce lien pour déclarer un EI en ligne.

Mais finalement, je n’ai pas déclaré mon effet indésirable…

Pourtant, on ne peut pas dire que je ne sois pas sensibilisé à l’importance de faire ces déclarations (bon, aujourd’hui, je n’y avais pas pensé avant que l’excellent @Reseau_CRPV ne me le rappelle). Alors imaginez si un praticien de la région, pas plus impliqué que cela avait un jour l’idée folle de déclarer un EI…

Ce n’est pas bien, mais j‘ai préféré écrire cette note pour décrire une situation fort triste. On verra demain si j’ai le temps entre réunions avec la direction, examens para-cliniques à faire, cabinet, les enfants à gérer…

Nous sommes le 3 avril 2017, et dans les Bouches-du-Rhône (ailleurs, je ne sais pas), tout est fait pour que le praticien ne puisse pas améliorer notre système de pharmacovigilance. 

Rien n’est épargné au praticien, absolument rien: mauvais lien sur le site de l’ANSM, lien brisé sur le site du CRPV, absence de possibilité de déclarer en ligne. Même la fatuité vaine et l’ergonomie dramatique du site de l’AP-HM semblent n’être là que pour lui faire perdre son temps.

Champions du Monde, et à jamais les premiers, en effet, vous avez tout juste.