bip-bip-bip

On apprend toujours avec les patients.

Un patient, que je ne connais pas mais qui est suivi par un confrère, m’appelle de son lieu de villégiature.

(tous les cardios de la ville sont en vacances avec leurs patients, mais malheureusement pas aux mêmes endroits)

Son défibrillateur (implantable) fait bip-bip-bip.

Ah!

Ces appareils sont parfois munis de capteurs de pression qui font bip-bip quand les pressions de remplissage augmentent, permettant ainsi de majorer les diurétiques avant que le patient passe en insuffisance cardiaque clinique.

Bon, je l’interroge minutieusement, comme souvent, cet insuffisant cardiaque sévère se connait bien, et je ne détecte pas de signes avant-coureurs. Mais comme vous l’avez compris, le bip-bip de pression est censé retentir avant le début des symptômes. On parle un peu auto-adaptation des doses de furosémide et je lui conseille d’aller au CH(pas U) le plus proche pour faire analyser son appareil si le souci persiste ou si il est inquiet.

Il me rappelle quelques jours plus tard. Il s’est rendu au CH où on lui a dit qu’en fait, c’était une des sondes de son appareil qui commençait à se fracturer. Il me donne le nom de la sonde, et je me rappelle cela. Le confrère qu’il a vu a été plutôt rassurant et lui a dit qu’il pouvait attendre la fin de ses vacances pour faire régler le problème. Il a aussi effectué un réglage et donné un aimant afin de régler partiellement le problème. Comme mes connaissances en défibrillateurs sont au minimum minimorum, j’ai raccroché rassuré.

Enfin, quasi-rassuré, car j’ai pensé à cette histoire une grande partie de la journée.

J’ai fini par appeler un copain au CHU qui m’a totalement dé-rassuré. Ce problème est grave et doit être pris en charge rapidement de façon définitive. Est-ce que le confrère vu par le patient a fait ce qu’il fallait faire?

Je vous passe les détails de 3 ou 4 coups de fil avec mon copain, le confrère sur place et le cardio traitant du patient. En fin de journée j’ai rappelé le patient et lui ai demandé d’interrompre ses vacances et de revenir fissa au CHU pour régler le problème. Comme il était dans une zone de couverture finement mouchetée, nos appels, hachés menus, ont été coupés à plusieurs reprises. Conditions parfaitement idéales pour expliquer à un patient que je ne connais pas ni d’Ève ni d’Adam qu’il doit lâcher sa serviette de bain pour se rendre rapidement à l’hôpital. A la fin, exaspéré par les questions/réponses éparpillées façon puzzle, j’ai failli lâcher un peu conventionnel mais concis bon-maintenant-putain-tu-rentres-einh!

Le retour s’est heureusement bien passé, le copain l’a vu, a fait ce qu’il fallait faire, et il le ré-implante aujourd’hui.

Ouf, mon sixième sens a pallié mes lacunes.

La médecine, c’est aussi une grande part de chance.

Une lacune de moins, la vie est belle.