The Wonder Pill (2)

Il y a vraiment un truc que j’aime pas, c’est de ne pas trouver une info, notamment sur internet.

Depuis tout à l’heure, aussi un peu aiguillonné par @GastonCestBon, j’essaye de trouver l’origine des statistiques brillantes avancées par Cowie dans cet article.

J’ai écumé PubMed, sans succès.

Puis, à force de tourner autour du pot (de torturer Google), je suis tombé là-dessus:

Je n’arrive pas à afficher la page de l’article de theheart.org en tant que cache, mais il semble bien qu’une première version ait été publiée, puis éditée.

Mais Big Google qui passait par là en a gardé un souvenir. Concentrons-nous sur le cinquième paragraphe de l’article actuel:

« The regulator decided it wanted to concentrate on mortality benefit. Within that subsection, the benefits are enormous, » he observes. « Total mortality is reduced by 17%, heart-failure mortality is down by 39%, and that’s on top of really good ACE-inhibitor and beta-blocker therapy. It’s very impressive. That’s what’s caught the media’s attention. »

D’accord?

Maintenant, regardons le fragment donné par le cache de Google:

« I know it’s post hoc, but total mortality is reduced by 17%, heart-failure mortality is down by 39%, and that’s on top of really good ACE-inhibitor and beta-blocker therapy.

Rigolo, non?

I know it’s post hoc, but a été supprimé.

En torturant encore un peu plus le cache Google, je trouve que ce petit bout de phrase était placé entre he observes et Total mortality:

Je n’en tire strictement conclusion sur la rédaction de l’article qui me semble de toute façon très discutable. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

Par contre, les mystérieuses statistiques ont été tirées d’une analyse post hoc. Et ça, c’est intéressant.

Primo, car je ne suis pas certain que cette analyse ait été publiée. Je parierais volontiers sur l’analyse d’un sous-groupe basé sur la fréquence cardiaque de repos initiale, genre FC>75 ou FC>77. Bien entendu, ce critère exclurait de facto une bonne partie (la majeure selon ce papier que j’ai déjà cité) des centaines de milliers de patients qui auraient pu bénéficier de ces 17 et 39% de diminution de mortalité. Donc l’estimation de 39000 vies épargnées et de 100 millions de livres sterling économisées par an, me semble parfaitement fantaisiste.

Secundo, car dans mon esprit, il s’agit d’une grosse restriction dans l’interprétation des résultats.

Le service commercial de Servier est friand des analyses post-hoc, j’en avais déjà parlé ici.

En gros, ré-assembler un essai clinique après sa réalisation, c’est à dire analyser des sous groupes qui n’ont même pas forcément été pré-spécifiés dans le plan de l’étude n’a qu’une valeur exploratoire qui demande confirmation.

C’est ce que dit ma référence en statistiques

Les analyses en sous-groupes décidées après le recueil des données sont des analyses « post-hoc » dont la valeur est purement exploratoire : l’expérience servant au recueil des données a eu un autre objectif que celui de l’analyse en sous groupe ; aucune hypothèse préalable n’a été formulée; aucun calcul de nombre de sujets nécessaires n’a été réalisé pour garantir une puissance suffisante. Le problème méthodologique provient du fait que les analyses « post-hoc » génèrent à la fois l’hypothèse et la vérification de l’hypothèse. Cette situation tautologique ne peut pas être utilisée comme preuve mais seulement pour générer de nouvelles hypothèses. Les analyses exploratoires exposent ainsi au risque d’ériger un artefact en loi. Il convient ainsi de faire la distinction entre les hypothèses formulées a priori (« prior hypothesis » et les hypothèses dérivées des données (« data-derived hypothesis »). Il est souhaitable de ne pas calculer de valeur de p pour les hypothèses non définies a priori car en général ces valeurs de p ne sont pas retrouvées quand l’hypothèse est testée de façon indépendante dans une autre étude. La définition a priori, dans le protocole de l’essai, des analyses en sous-groupes pressenties ne suppriment que partiellement ces réserves méthodologiques. La multiplication des tests persiste.

La formulation I know it’s… montre bien que Cowie, qui est un garçon brillant, a parfaitement conscience de ces limitations.

Malgré tout cela, Servier a, comme toujours, réussi à faire qu’un résultat médiocre, voire même une étude négative (comme Beautiful), soit magnifiquement montés en épingle par les médias, qu’ils soient médicaux ou non.

Et là dessus, ils sont brillamment imbattables.

Encore une chose.

Quand j’ai écrit ma note précédente, je disais que cette histoire ne nous concernait pas tellement, car elle se déroulait en Grande-Bretagne.

Et bien depuis, elle a traversé la Manche, et vient susurrer suavement à nos oreilles combien l’ivabradine est un produit merveilleux.

Vous remarquerez les sigles NHS en haut de l’article et dans le titre.

Curieux…

Ça laisserait presque à penser que cette vénérable institution cautionne le texte dithyrambique de l’article.

Je doute néanmoins que le NHS relaye les gros titres de médiocres médias britannique annonçant la venue sur terre d’une nouvelle panacée.

D’ailleurs, une rapide recherche sur le site du NHS ramène un in progress

Je vous l’avais dit, Servier, c’est magique…

La dénervation arrive

Un communiqué de presse alarmiste a été diffusé récemment aux médias (merci à celui qui me l’a fait parvenir).

La crise économique, la pollution, la raréfaction des ressources naturelles, la surpopulation ne sont rien en comparaison de la nouvelle menace qui se profile sur nous autres, pauvres humains.

Rien n’est pire pour l’homme que l’hypertension artérielle résistante!

C’est pas moi qui le dit, c’est eux.

100 millions d’hypertendus résistants dans le Monde, 100 millions!

Heureusement, un grand monsieur de la cardiologie prend son bâton de pèlerin pour nous alerter, mais aussi nous rassurer, puisque la campagne « La tension sous pression » devrait pouvoir arranger les choses: 

J’ai le souhait que la campagne La tension sous pression participe à amener plus de patients à l’objectif thérapeutique.

J’ai moins peur, mais à peine moins.

L’enquête internationale, publiée dans… au fait, dans quelle grande revue c’est sorti? Ah, en fait, on me dit dans mon oreillette que c’est Harris Interactive qui a réalisé une enquête en ligne en interrogeant des hypertendus résistants de plusieurs pays. Et bien, les résultats sont proprement effrayants:

Près des deux tiers (66 %) des personnes ayant une ‘hypertension artérielle résistante aux traitements’ ont indiqué dans une nouvelle enquête que l’hypertension artérielle restait leur principale préoccupation malgré un traitement médical continu. Elles sont quatre sur cinq (81 %) à indiquer avoir besoin de nouvelles solutions thérapeutiques pour pouvoir contrôler leur tension dangereusement élevée.

Incroyable, une majorité de patients présentant un facteur de risque potentiellement sévère et non contrôlé se disent préoccupés et souhaitent qu’un nouvelle solution thérapeutique soit trouvée!

Les patients de l’enquête ayant une hypertension artérielle résistante aux traitements indiquent que cette affection représente leur souci de santé le plus sérieux et a un fort impact sur leur vie quotidienne. Six patients sur dix (57%) admettent être très préoccupés par l’idée d’avoir un AVC (Accident Vasculaire Cérébral) dû à leur hypertension artérielle. Huit patients sur dix ayant une hypertension résistante aux traitements ont déclaré que leur hypertension avait un impact négatif sur leur tranquillité d’esprit (82 %) et leur santé en général (83 %).

Tu parles, Germaine, avec tout ce qu’on dit à la TV depuis des années sur la tension! Et ce temps qui se détraque à cause des satellites!

Personnellement, je suis presque un peu plus étonné que 33% s’en fichent et que 19% ne souhaitent pas de trouver de solution à leur problème…

Quelle est donc cette nouvelle option thérapeutique que les patients réclament à corps et à cris, comme le dit bien grassement la phrase d’entame du communiqué:

Les patients français ont besoin de nouvelles solutions thérapeutiques.

L’aliskiren? Non, ça, c’était la nouvelle thérapeutique innovante de 2009.

Là, on parle de nouvelle nouvelle thérapeutique innovante.

Le communiqué nous laisse sur notre faim en ne donnant pas le nom de la nouvelle nouvelle thérapeutique innovante qui va de nouveau terrasser définitivement l’hypertension résistante.

Il y a néanmoins un indice dans le texte. Mon contact dans les médias, appelons-le Gorge Profonde, pour préserver son anonymat a demandé à l’agence de communication de quoi il retournait:

– S’agit il de la technique d’ablation par radio-fréquence sur la veine rénale?

– Il s’agit effectivement d’une technique d’ablation par radio fréquence mais via les ARTERES RENALES en passant bien entendu par l’artère fémorale.

L’indice à trouver était que ce sondage, de même que tout le programme « Tension sous Pression » est financé par Medtronic. Cette société de matériel ne fait pas d’anti-hypertenseur, mais depuis le rachat de Ardian, ils commercialisent des catheters d’ablation. On a commencé à parler de cette technique en 2010, par exemple ici.

On se trouve devant un truc assez banal en communication commerciale: montrer qu’il y a un problème, si possible le monter en épingle avec une étude/sondage plus ou moins bidon, puis laisser entendre qu’il y a une solution à ce problème majeur. Éventuellement, ménager le suspens.

L’étoile mystérieuse-Hergé

Je parie qu’on va reparler de cette technique d’ablation dans pas très longtemps dans les médias (on en parlera déjà le 16/12 prochain aux 31ièmes journées de l’hypertension artérielle).

L’HTA résistante est un problème effectivement grave, mais est-ce que l’ablation est une solution efficace et pérenne?

L’avenir le dira, pas la pub.

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Renal sympathetic denervation in patients with treatment-resistant hypertension (The Symplicity HTN-2 Trial): a randomised controlled trial Symplicity HTN-2 Investigators. The Lancet – 4 December 2010 ( Vol. 376, Issue 9756, Pages 1903-1909 ). DOI: 10.1016/S0140-6736(10)62039-9.

Schlaich MP, Sobotka PA , Krum H, Lambert E, Esler MD. Renal sympathetic-nerve ablation for uncontrolled hypertension. N Engl J Med.2009;361(9):932–934.

Le médicament qui réduit le volume du cœur

L’ivabradine (Procoralan®) réduit le volume du cœur chez l’insuffisant cardiaque.

Que c’est beau.

Pour un peu et ce matin, j’ai failli me faire une ordonnance d’ivabradine, même si je ne suis pas insuffisant cardiaque.

Même l’article du d’habitude sérieux theheart.org (édition française, toutefois) est quasiment un panégyrique.

D’où provient la nouvelle de ce nouveau miracle ivabradinien?

D’une sous étude de SHifT!

Mais bien souvent une étude ancillaire est à l’étude principale ce que les amours ancillaires sont à l’amour.

Ici, on ne déroge pas à la règle.

Le laboratoire a donc fait un bon coup commercial à l’ESC 2011 sur cette sous-étude qui ne montre objectivement pour le patient aucun bénéfice supplémentaire par rapport à SHifT (dont j’avais fait l’analyse ici).

Il paraîtrait que pour l’ESC 2012 sera dévoilée une autre sous-étude de SHifT qui montrera que l’ivabradine augmente la systole des glandes salivaires des patients insuffisants cardiaques.

Ivabradine, fais moi encore rêver…

Innovation et progrès

L’innovation en médecine n’est pas toujours synonyme de progrès thérapeutique.

Ce n’est pas une pensée révolutionnaire, mais j’ai trouvé un article intéressant dans le NYT. Le sujet en est une prothèse de hanche présentée comme révolutionnaire à sa sortie, mais qui s’avère poser des problèmes à l’usage.

J’ai noté les quelques passages suivants qui ont une portée bien plus générale:

IT is an American impulse to covet the new and improved — whether it’s a faster computer, a smarter cellphone or a more fuel-efficient car. And in medicine, too, new drugs, devices and procedures have advanced patient care. But the promise of innovation can also prove a trap, a situation now playing out with dire consequences for possibly tens of thousands of people who received artificial hips intended to let them remain active.

Je dirais plutôt que c’est un concept global et qu’à force de nous le répéter comme un mantra, les firmes ont fini par nous faire croire que l’équation innovation=progrès était une vérité universelle, que toute étude était une étude-pivot, que toute innovation était forcément décisive. C’est notre équivalent du Landmark study breakthrough des anglo-saxons.

Je l’ai déjà cité dix fois, mais ce passage du Quotidien du Médecin du 17/01/2008 me fait toujours autant rire, et illustre très bien le problème:

“Enfin, Christian Lajoux, président du Leem (Les Entreprises du médicament), interrogé par notre confrère « le Quotidien du Pharmacien », estime que l’attitude de « Que choisir » constitue «un rejet de l’innovation thérapeutique qui revient à considérer qu’il faut traiter les patients avec des médicaments d’occasion».”

Reprenons la lecture du NYT:

A review of the medical world’s embrace of the metal-on-metal hips over the past decade — including interviews with doctors, industry consultants, regulators, medical experts and patients — shows how innovation’s lure led almost everyone to seize on a product promoted as a breakthrough without convincing evidence that it was better or even as good as existing options.

“As a non-American, I don’t completely understand it, but there is a phenomenon in the U.S., the latest and the greatest,” said Dr. Henrik Malchau, who practiced as an orthopedic surgeon in Sweden before going to Massachusetts General Hospital in Boston. “There was a patient demand to get these implants on the misconception that the latest was the best.”

Several heavily promoted artificial spinal disks, claimed by their makers to be major innovations, proved no better than previous ones. After the blockbuster diabetes drug Avandia was linked to heart attacks, a federal study concluded that older drugs were safer and worked better for most patients. And a new heart device component from Medtronic started fracturing after it was implanted in more than 200,000 patients; at least 12 people died in connection with that product.

L’innovation est une condition nécessaire au progrès thérapeutique, pas une fin en soi. Toute innovation n’est pas un progrès.

Enfin, dans cet exemple, encore une fois, on retrouve un défaut d’évaluation initial de la balance risque/bénéfice.

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On s’associe?

Le marché de l’occasion se porte bien

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Les critères du progrès thérapeutique (Jean-Louis Montastruc)