IMPROVE-IT, les résultats

Les résultats d’IMPROVE-IT ont été révélés le 17/11, avec une levée d’embargo et ils sont…positifs! Le bénéfice est néanmoins modeste:

Primary endpoint events occurred in 34.7% of the control group versus 32.7% of the treatment group, representing a 6.4% reduction in risk (HR 0.936, CI 0.887-0.988, p=0.016). The investigators calculated that 50 patients would need to be treated for seven years to prevent one event. There was no difference between the groups in overall deaths, coronary deaths, or cardiovascular deaths, but there were significant reductions in MI (13%, p =0.002), stroke (14%, p=0.052), and ischemic stroke (21%, p=0.008). The effect was significant across subgroups, except for diabetics, who had a larger benefit than nondiabetics.

(Source de la citation: je vous conseille l’excellent article de synthèse de Larry Husten qui suit cette histoire depuis le début sur CardioExchange, une plateforme maintenue par le NEJM. Il faut s’inscrire, mais c’est gratuit et ça vaut le coup).

Les auteurs ont observé en moyenne une diminution du critère primaire de 6,4% dans le groupe sous ezetimibe+simvastatine contre simvastatine seule. Cette amélioration est au pire de 1,2%, au mieux de 11,3%. Si on regarde les critères secondaires, il n’y a pas d’amélioration de la mortalité, qu’elle soit totale ou cardiovasculaire.

Certains commentateurs ont ironisé sur le coût de ce petit bénéfice en extrapolant le NNT annuel qui est de 350:

J’ai calculé qu’avec un NNT  à 350, le surcoût moyen annuel du traitement ezetimibe+simvastatine 10/40 pour éviter un événement cardio-vasculaire non létal est de 214620€ par rapport à un traitement par simvastatine 40 générique seule ((2,37−0,69)×365×350).

Sachant que les patients inclus étaient à très haut risque (moins de 10 jours après un SCA), les bénéfices devraient être bien moindres dans les autres populations.

Ces résultats vont aussi relancer le débat chez les anti/pro « théorie du cholestérol ».

Diminuer le LDL (en moyenne) de 69,9 mg/dL à 53,2 mg/dL vaut-il le coût? Est-ce que cet essai positif (l’est-il vraiment?) est une validation de la théorie du cholestérol? Est-ce que cet essai a réellement eu lieu? Est-ce que le cholestérol existe?

Michel de Lorgeril n’a pas encore réagit à l’heure ou j’écris. Avec stupeur et tremblements, l‘Univers et son fan numéro 1 retiennent leur souffle.

Enfin, pour rigoler un peu sur l’indépendance de la presse médicale qui nous informe si bien et si objectivement, je livre à votre réflexion cette différence de traitement de l’information:

The heart

Improve(Un grand merci au lecteur qui se reconnaîtra)

Mais que devient theheart.org?

theheart.org est resté longtemps mon site de référence pour me tenir au courant des dernières nouveautés en cardiologie.

La version anglaise était un peu au dessus de la française pour l’analyse qu’elle faisait des essais. En général dans cette version, un même article comprenait deux points de vue différents, et permettait ainsi au lecteur de se faire une opinion. La version française, elle, était un peu moins équilibrée.

Ce service était gratuit (il l’est toujours), ce qui suppose un sens critique raisonnablement émoussé vis à vis des annonceurs. Mais dans l’ensemble, j’aimais bien leur très relative neutralité. Et quand l’article était franchement déséquilibré, je me faisais un plaisir de le remarquer.

Puis theheart.org s’est fait croquer et englober par Medscape. Il existe toujours une version anglaise et une version française, mais j’ai l’impression que le contenu de la version française s’est drastiquement raréfié (vous en pensez quoi?).

On y trouve quelques articles, notamment celui-ci qui a retenu mon attention: HTA : Après SIMPLICITY, les arguments des « pro-dénervation ».

Pourquoi SYMPLICITY HTN-3 (si l’auteure de l’article passe par là, c’est un Y en premier) fut négatif?

Trois excellentes raisons sont données:

  • le choix de la méthodologie. On n’en saura pas plus, le pourquoi du comment n’est pas explicité.
  • la population: il y avait plus de femmes, d’afro-américains, de gros, de dyslipidémiques et de diabétiques que dans les deux études positives précédentes. Et les hypertendus, il n’y en avait pas un peu plus aussi? Ça peut jouer, ça aussi, les hypertendus. Enfin, trop de patients ont changé de traitement au cours de l’essai.
  • Enfin, les opérateurs étaient mauvais.

Pour résumer l’article, ce n’est donc pas la faute de la technique si SYMPLICITY HTN-3 est négative mais des patients trop divers, des opérateurs trop nuls et de la méthodologie trop on ne sait pas trop quoi.

Medtronic devrait apprécier.

Je me suis demandé pourquoi l’auteure de cet article, forte de son impartialité de journaliste et consœur, s’est contentée de retranscrire tout cela sans apparemment émettre la moindre question, lever ne serait-ce qu’un demi sourcil, je ne parle même pas de doute. À un moment j’ai eu l’impression de lire le QDM ou Cardiologie Pratique ou un communiqué de presse de Medtronic.

J’ai bien cru que Medscape avait éteint toute velléité d’indépendance, d’impartialité, de réflexion, qualités qui honoraient les équipes de theheart.org.

C’est pourquoi j’ai reconsidéré la question et la vérité m’a sauté aux yeux.

La fusion avec Medscape n’a pas atténué l’indépendance d’esprit de theheart.org, bien au contraire, elle en a fait un bastion farouchement anti firmes pharmaceutiques, qui fait passer les gens du Formindep pour des communiquants zélés de Servier.

Cet article en est la preuve éclatante car ce brûlot assassin véhicule une violente critique vis à vis de Medtronic, de la dénervation et l’auteure se fiche très ouvertement de l’expert interrogé.

Cette critique est bien trop violente pour que je puisse l’approuver, la lecture de ce texte me gène vaguement car l’auteur d’un site d’information se doit d’être un minimum équilibré et impartial, certainement pas cassant et humiliant.

Certes, Il faut relire attentivement ce texte pour en discerner le caractère sulfureux, mais une fois qu’on l’a vu, on ne voit plus que ça.

Attention, ça va assez vite:

Après l’échec de SYMPLICITY HTN-3 on aurait pourtant pu croire que l’enthousiasme pour cette technique allait retomber. Il n’en n’est rien. Et les pionniers de la dénervation ont analysé les raisons de l’échec de cette étude qui allait à l’inverse des résultats obtenus en préclinique et lors des phases 1 et 2. Selon eux, l’échec est notamment lié au choix du traitement médicamenteux, à la population des patients et aux opérateurs. Ils ont proposé de nouvelles pistes d’études. Bref, la dénervation rénale serait tout sauf l’échec annoncé au moment de la publication des résultats de SYMPLICITY HTN-3….

Alors, vous avez vu?

Non???

Je le repasse plus lentement:

Après l’échec de SYMPLICITY HTN-3 on aurait pourtant pu croire que l’enthousiasme pour cette technique allait retomber. Il n’en n’est rien. Et les pionniers de la dénervation ont analysé les raisons de l’échec de cette étude qui allait à l’inverse des résultats obtenus en préclinique et lors des phases 1 et 2. Selon eux, l’échec est notamment lié au choix du traitement médicamenteux, à la population des patients et aux opérateurs. Ils ont proposé de nouvelles pistes d’études. Bref, la dénervation rénale serait tout sauf l’échec annoncé au moment de la publication des résultats de SYMPLICITY HTN-3….

L’emploi d’un conditionnel moqueur, l’ironie marquée de Il n’en est rien et du bref, sans même parler de l’humiliante moquerie des …, tout cela est bien trop violent pour moi.

Je suis surtout choqué par les … qui sont suivis par un . final pour marteler, s’il en était encore besoin, le sarcasme.

J’espère que Medscape ne va pas casser le bel outil qu’était theheart.org en poursuivant dans cette fuite en avant sectairement anti firmes qui ne peut que nuire à sa crédibilité.

Dans le cas contraire, je me verrais dans l’obligation de saisir le CODEEM.

Le CISS, Sanofi, la CPAM et l’ARS sont dans un bateau (la suite)

La Revue Prescrire (LRP) a publié dans son numéro de décembre un courrier du CISS et des autres intervenants de cette fameuse réunion qu’elle avait rapportée il y a quelques temps, et dont je vous avais parlé ici.

Le CISS n’a pas aimé du tout, mais alors pas du tout du tout du tout le traitement de LRP, et les intervenants ont publié un communiqué commun… étrange:

CISSetsanofiLe CISS estime que LRP a publié:

[…] une allusion malhonnête, et même diffamatoire, qui pourrait laisser croire que notre Collectif est à la solde du laboratoire Sanofi. En effet, vous entourez au « Stabilo° » le fait que notre journée d’information est gratuite et que les frais sont pris en charge par notre Collectif.

Bigre, que d’expressivité diffamatoire dans un simple coup de Stabilo jaune!

Pour que vous puissiez constater le crime, voici (Ecce Homo) la page de LRP avec son désormais célèbre Stabilo jaune diffamatoire:

stupéfiantPersonnellement, je trouve la barre noire non seulement diffamatoire, mais bien pire, même offensante. Si cela avait été moi, j’aurais trainé LRP par les cheveux devant les tribunaux pour une telle barre noire descendante.

Cette barre noire infamante porte en elle toute l’ignominie dont sont capables les hommes. Elle attire l’Éther vers le Chaos, les cieux vers la fange, l’espoir vers le désespoir…

Alors que le Stabilo jaune, ben… je trouve ça plutôt joli!

(Et la flèche jaune, personne n’en parle de cette indicible flèche jaune?)

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Hasard total du calendrier (ceci étant dit pour éviter tout procès en diffamation), la HAS vient de publier les données sur les aides versées par l’industrie pharmaceutique aux associations de patients et d’usagers de la santé en 2012.

Quelques modifications de style et de présentation le 10/12/13.

Le monde merveilleux de Cardiologie Pratique

Le dernier numéro de Cardiologie Pratique fait le résumé du congrès ESC qui s’est déroulé dernièrement à Amsterdam.

Vous allez voir, il n’y a que du bon.

Les innovations thérapeutiques sont innovantes et représentent un progrès décisif pour nos patients.

Petite revue sélective.

IMG_4834D’abord les gliptines, qu’il faut prescrire car elles ne sont pas plus toxiques chez le diabétique, d’un point de vue cardio-vasculaire, qu’un placebo dans une étude de non-infériorité.

Par contre la pleine page de publicité, non loin, est particulièrement hideuse.

IMG_4836Surréaliste, c’est presque aussi hideux qu’une couverture de La Revue Prescrire (presque).

IMG_4845On parle encore et encore de SHifT et de l’ivabradine, comme à chaque congrès ESC depuis la publication de cet essai en 2010.

IMG_4837Dans la prochaine analyse post-hoc en sous-groupes, qui sera présentée à l’ESC 2014, l’ivabradine montrera qu’elle est encore incroyablement efficace pour éviter la survenue d’ESV pairées chez les habitants de Montauban de 45 à 57 ans, porteurs d’un psoriasis, dont la fréquence cardiaque est comprise entre 75 et 77, si ils possèdent un berger des Pyrénées femelle castrée.

Dans chaque congrès, il y a un buzz. Dans celui-ci, c’est l’edoxaban qui a réussi l’incroyable tour de force d’être non-inférieur à du poison à rats. (c’est ce que un autre labo dit et ce que les médias répètent).

Respect.

IMG_4838 L’edoxaban n’a pas été le seul NAC à être à l’honneur:

IMG_4835Les firmes qui commercialisent les NAC recommandent fermement leur utilisation, via l’ESC.

Et voici mon moment favori de ce numéro de Cardiologie Pratique.

La science y côtoie le rêve, la poésie, le surréaliste, l’inconscient.

Il s’agit d’un symposium Daiichi-Sankyo sur le contrôle de l’HTA.

tripesDaiichi est l’heureux laboratoire qui commercialise l’olmesartan, un anti-HTA.

On en a un peu parlé, et, vous pouvez l’imaginer, pas en mal:

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Pourtant, pourtant, on y a parlé de « tripes »!

Et ça, c’est totalement onirique, poétique, surréaliste dans un symposium de l’industrie pharmaceutique, en particulier celui-ci.

Car c’est justement pour ses effets secondaires sur les tripes, (cas sévères d’entéropathies), que l’EMA/ANSM et la FDA avaient publié un avertissement sur l’olmesartan en juillet 2013.

Étonnant, l’inconscient? Non?

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Sinon, pour rire, vous avez aussi Le Gorafi (Pratique).