La muse m’habite

Parfois les contrepèteries sont moins drôles, voires dramatiques: 6 cas graves rapportés à cause d’une confusion entre Prévsican® et Préservision® au cours de la délivrance en officine.

Bilan:5 hospitalisations et une transfusion…

 

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Confusion entre PREVISCAN® (fluindione) et le complément alimentaire PRESERVISION® à l’origine de manifestations hémorragiques graves – Lettre aux professionnels de santé

Effets secondaires

Ce matin, j’ai pu lire tranquillement le reste du numéro de juillet de Prescrire, et j’ai trouvé quelques articles intéressants en plus de celui sur l’ivabradine.


Page 501, « Gels de kétoprofène: la triste saga continue ».

L’Afssaps doit boire le calice jusqu’à la lie sur le dossier du Ketum®.

Menarini, qui commercialise ce produit, avait obtenu une suspension par le Conseil d’État de la suspension d’AMM décidée par l’Afssaps en décembre 2009.

Cette dernière avait relaté cette rebuffade sur son site internet. Menarini a toutefois estimé que le texte était encore un peu trop défavorable à son produit et a obtenu une nouvelle ordonnance du Conseil d’État afin d’obliger l’Afssaps à préciser les raisons qui justifiaient légalement la suspension de la suspension.

Ces raisons sont les suivantes:

  • Tout d’abord, le juge a estimé qu’il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision de suspension d’AMM dans la mesure où « l’efficacité des propriétés antalgiques de ce gel n’est pas remise en cause » par les éléments issus de la réévaluation ; « l’effet indésirable sur lequel repose la mesure litigieuse ne concerne qu’une trentaine de cas sur plusieurs millions de gels de kétoprofène vendus chaque année » ; « cet effet, connu depuis l’origine, semble pour une large part imputables au non-respect des précautions d’emploi »; au vu des éléments disponibles au jour de l’audience, il apparaît que l’Etat membre de l’union européenne, désigné comme co-rapporteur du dossier dans le cadre de la procédure en cours à l’Agence européenne des médicaments, « estime le bénéfice/risque du gel de kétoprofène inchangé et aucun des vingt Etats consultés n’envisage le retrait de ce médicament ».
  • Ensuite, le juge a estimé que la décision de suspension d’AMM créait une atteinte grave et immédiate à la situation du laboratoire Menarini, dans la mesure où le médicament Ketum « représente son deuxième chiffre d’affaires et eu égard à l’ancienneté de sa mise sur le marché, lui procure une marge supérieure à celle des autres spécialités qu’il commercialise, de sorte que l’arrêt de commercialisation risquerait de compromettre la possibilité pour cette société de retrouver en 2010 un résultat positif ».

La seconde raison a de quoi faire sursauter puisqu’elle est purement économique et n’a strictement rien à faire avec des considérations sanitaires.

L’Agence s’est donc pliée à cette nouvelle injonction et a modifié sa page internet.

A quand une ordonnance demandant des excuses publiques avec autocritique sur le parvis de Saint-Denis?

Mais dans quel monde on vit?


Page 509 « Saquinavir: allongement des intervalles PR et QT »

Petit rappel de prudence sur l’utilisation de cet inhibiteur de protéases avec des antiarrythmiques, chez le patient à risque de torsade ou de trouble conductif ou prenant des médicaments allongeant l’intervalle QT.


Page 510 « Hémorragies digestives hautes et spironolactone »

Des études épidémiologiques pointent vers ce risque. Je n’en avais jamais entendu parler. Wait and See (et prudence).


Page 512 « Effets indésirables immunoallergiques de la fluindione (suite) »

Je connaissais les risques cutanés, même si je n’en ai jamais croisés. L’article parle aussi de risque hépatique et de néphropathies interstitielles aiguës. Ces troubles surviennent de 2 à 5 semaines après l’introduction de fluindione et régressent en général 2 semaines après son arrêt. Ils ne récidivent pas si on passe à un autre AVK, et surviennent plus rapidement en cas de réintroduction de la fluindione. Entre 1985 et mars 2009, 455 notifications d’effets indésirables ont été notifiés à la pharmacovigilance en France. Trois cent soixante cinq avec la fluindione, 63 avec l’acénocoumarol et 27 avec la warfarine.

 

Logique

Le numéro de Prescrire du mois de juillet s’intéresse à l’ivabradine (Procoralan®) et propose une synthèse parfaitement logique:

Rev Prescrire 2010;30(321):488

 

Cela rejoint tout ce que j’ai pu lire jusqu’à présent.

J’en profite aussi pour vous annoncer que le site web de la revue Prescrire (www.prescrire.org) a fait peau neuve. Cela me semblait nécessaire, car l’ancien site était à peu près aussi ergonomique qu’une machine agricole de l’époque soviétique.

Bon, il ne faut pas se voiler la face, il leur reste une énorme marge d’amélioration:

  • Pas de possibilité d’accéder à un article en partant du sommaire d’un numéro, même en étant identifié comme un abonné (ça, c’est énorme).
  • Si par malheur vous fermez l’onglet où vous vous êtes identifiés, et si vous voulez vous ré-identifier, ce n’est pas possible, il faut attendre 20 minutes avant de pouvoir le faire!

Mais que voulez-vous, Prescrire, ça se mérite…

(Lire un numéro entier de Prescrire demande déjà un gros effort d’abstraction par rapport aux illustrations à la Folon  sous Métamphétamines).

Le paradoxe de l’embolie paradoxale

Les neurologues fous sont de retour avec leurs demandes de doppler veineux pour dépister une thrombose veineuse profonde qui pourrait hypothétiquement être à l’origine d’une embolie paradoxale responsable d’une ischémie cérébrale chez tout patient porteur d’un FOP.

Ces demandes sont assez banales (ici et ici), mais assez récemment, j’ai eu droit à quelque chose de Tennessee en plus.

Le patient avait la soixantaine, et il est arrivé sur ses pieds, en spartiates et en bermuda dans le service d’explorations vasculaires.

Bien entendu, il n’avait aucune thrombose veineuse profonde.

L’interne l’a bien vu partir de son service sur ses jambes.

Quand je lui ai demandé comment expliquer une telle contradiction médicale, demander un examen « pour éliminer une phlébite », et en même temps permettre à un patient ayant une suspicion de thrombose veineuse profonde de déambuler librement, elle n’a été capable de dire qu’un lamentable:

« Je n’y croyais pas et si on avait attendu les brancardiers, ça aurait pris deux heures ».

Tout le drame de la formation médicale et de la déshérence des hôpitaux tient en cette simple phrase.

Je suis persuadé qu’elle n’a même pas pris la peine de lui palper les mollets.

Quand la protocolisation/la volonté de « se couvrir » et l’absence totale d’intelligence clinique (qui ne semble plus du tout être enseignée, déjà qu’à mon époque…) se rencontrent, on obtient ce genre de situations parfaitement ubuesques.