Yann Tiersen, Tabarly

Friandise de Noël

Reçu hier sur ma messagerie:

Madame, Monsieur,

Parti concerné par tous les enjeux de la Santé, le Nouveau Centre organise le Lundi 13 Décembre à l’Assemblée Nationale une convention présidée par Hervé Morin avec la participation de Jean-Marie Cavada et Philippe Vigier. Nous tenons à ce que tous les acteurs du débat sur la Santé puissent être présents et participent aux discussions afin de garantir des propositions équitables, justes et pragmatiques. L’influence de votre blog est considérable et vos positions intéressantes et constructives. C’est pourquoi nous tenions particulièrement à vous inviter à cette convention.

Je vous transmets donc ci-dessous l’invitation et le programme de la convention, en espérant vous y voir.

Bien cordialement

Xavier MARTINEZ

Responsable du Projet

En général, je balance ce genre de message rapidement, ce que j’ai fait, d’ailleurs, mais là, je suis allé le rechercher dans la corbeille car j’ai subodoré qu’il allait me faire rire.

Et je ne regrette pas.

« Madame, Monsieur ». Bon, moi, c’est Monsieur. Cette entame signifie que le rédacteur n’a pas lu assez de ce blog pour dépister que j’étais un homme, ou que ce message est une circulaire. Dans les deux cas, c’est méconnaître l’égocentrisme qui pousse chaque blogueur à raconter sa vie ou ce qu’il pense à des inconnus, presque chaque jour sur la toile. Écrire publiquement, c’est être persuadé que ce que l’on raconte a un minimum d’importance, sinon, et bien, on joue avec ses enfants avec des playmobils et on n’écrit pas. Donc quand je reçois, en tant que blogueur, un message débutant par Monsieur, Madame, ça commence très mal. Cinquante euros que dans la suite, l’auteur va me dire que mon blog est formidable.

« Parti concerné par tous les enjeux de la Santé… ». Drôle de construction de phrase dont on se rend compte que le premier mot n’est pas un participe passé qu’un peu plus loin, et qui nécessite une seconde lecture pour être comprise. Cela crée un déséquilibre; fâcheux pour un parti qui se veut être au centre. Ma première réflexion a été « mais où diable est parti le Nouveau Centre ». Je n’étais toutefois pas inquiet, car j’avais quand même compris dans ma méprise qu’il était certes parti, mais toujours concerné par tous les enjeux de la Santé. Ouf! Enfin non, car finalement il reste.

« Propositions équitables, justes et pragmatiques ». J’y reviendrai

« L’influence de votre blog est considérable et vos positions intéressantes et constructives ». Bingo, j’avais raison, j’ai gagné! Formidable, considérable, c’est tout comme! Dans considérable, il y a con (comme dans constructives) et c’est bien pour ce que l’auteur semble me prendre. Car à ce que je me rappelle, je n’ai jamais fait de propositions constructives sur les enjeux de la Santé. J’assume pleinement le même rôle que celui  des vieux du Muppet Show qui critiquent de leur loge de façon acerbe un spectacle sans jamais y mettre la main à la pâte. Enfin l’adjectif considérable l’est tellement, qu’il en perd toute valeur. Tout ce qui est excessif est insignifiant, disait le grand Charles-Maurice, c’est bien vrai.

« C’est pourquoi nous tenions particulièrement à vous inviter à cette convention ». C’est gentil, mais je ne pourrai pas, le lundi 13 décembre, je serai bien sur Paris, mais pour tout autre chose. Étant donné que je suis tellement considérable et que vous semblez particulièrement tenir à ma présence, on ne pourrait pas reporter cette convention à une autre date? Le lundi d’après?

Mouhahahahahahahaha!

Mais ce n’est pas fini, la pièce jointe contient aussi une petite mignardise.

Parmi tout un tas de noms qui me sont parfaitement inconnus, probablement tous des professionnels de la profession, en surnage un qui me parle vaguement: Christian Saout.

Ça me revient! C’est le spécialiste français des playmobils! Pour le coup, je regrette vraiment de ne pas pouvoir y aller.

(Petit rappel des faits ici)

« propositions équitables, justes et pragmatiques »: super casting les gars, vous avez choisi un interlocuteur de choix!

Petit aparté, pour Noël, mes fils (et moi du même coup) auront des…playmobils! Youppiiii!

« Responsable du Projet ». Ouf, heureusement pour le Nouveau Centre, il ne s’agit pas du chargé de communication responsable des relations publiques.

Dallas, ton univers impitoyable…

D’abord, je voudrais m’excuser auprès de tous ceux à qui ce titre pourrait rappeler des souvenirs difficiles. Comme d’habitude, si une victime, ou un ayant droit des auteurs du générique français de la série Dallas me le demande, je consentirai à changer mon titre.

En fait, nous ne sommes pas à Dallas, mais au CHU.

Mais l’ambiance est la même.

La question aujourd’hui, c’est qui a tué le gentil Bobby?

J’ai adoré le petit extrait suivant tiré d’un article du toujours excellent theheart.org:

A en croire plusieurs passages du livre d’Irène Frachon, Mediator 150 mg, les choses ne se sont pas du tout passées comme cela:

Je repense alors aux recommandations de Geneviève Derumeaux et discute avec Yannick de l’opportunité d’associer le professeur Christophe Tribouilloy, cardiologue à l’hôpital d’Amiens, à nos préoccupations.Yannick sursaute, Christophe est un ami qu’il considère comme l’un de ses Maîtres et il a l’habitude de se tourner vers lui pour des avis et des collaborations. Il me promet de l’appeler. Christophe Tribouilloy trouve nos suspicions crédibles et promet de regarder de son côté car il n’a pas entendu parler de cette toxicité potentielle jusqu’ici. Nous échangeons quelques mails pour détailler un peu le type d’atteinte de valves que nous cherchons à sélectionner et je lui adresse en pièce jointe, la totalité de mes données sous forme de diaporama : observations cliniques, échographiques, photos des valves et des analyses microscopiques. Assez vite Yannick me conseille de l’appeler pour préciser notre collaboration car Christophe travaille vite et est un redoutable « publicateur » scientifique. Il se montre plutôt circonspect et réservé vis-à-vis de notre projet d’étude cas-témoins aussi je lui propose de colliger ensemble nos observations, si tant est qu’il fasse les mêmes « trouvailles » que nous. Je m’aperçois très vite qu’il prend ses distances et ne souhaite pas poursuivre plus loin une collaboration.Dommage, je reste avec mes questions sur « le gène breton » en suspens.

J’ai adressé la veille du 7 juillet un petit mail au cardiologue d’Amiens, Christophe Tribouilloy, pour savoir si la trace du Mediator apparait sur certains dossiers de valvulopathies non expliquées. Amiens ne répond plus.

Dans le hall de l’Afssaps j’aperçois Geneviève Derumeaux qui rejoint l’équipe Servier puis vient s’assoir à mes côtés, « Bonjour Irène, j’arrive de Lyon pour présenter des résultats de l’essai Servier, je ne sais pas du tout ce que vous avez à dire mais sachez que nous ne sommes pas des adversaires ». Elle s’enquiert de mes démarches auprès de Christophe Tribouilloy et se désole de mes déboires. « Décidément, ce n’est pas simple de faire travailler les gens ensemble… ».

Le pharmacologue d’Amiens demande à son tour d’intervenir : avec son collègue Christophe Tribouilloy, il a conduit une étude ressemblant à la nôtre.Ainsi, chez les patients ayant une insuffisance valvulaire incomprise, l’exposition antérieure au Mediator est très fréquemment retrouvée alors qu’elle est quasi inexistante lorsqu’existe une cause identifiée.Une publication est soumise depuis début septembre.Heureuse de l’apprendre, exit le gène breton !

Comme nous nous y attendions, Christophe Tribouilloy, d’Amiens, nous devance en publiant très vite son travail. Découvrant l’article, j’y retrouve nos idées, nos constatations, et heureusement aussi, nos conclusions.
Geneviève Derumeaux, présidente de la Société Française de Cardiologie met en ligne, sur le site web de cette dernière, une proposition de registre afin de colliger les cas dépistés après le retrait du médicament. Elle m’en fait part, d’un mot chaleureux, par mail.

[NDLR:il s’agit du fameux registre évoqué dans le passage de theheart.org.]

Qui a raison, qui a tort?

A la limite cela n’a pas d’importance.

Dommage qu’ils n’aient pas travaillé ensemble, on aurait peut-être gagné quelques semaines.

CHU, ton univers impitoyâââble…

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Mediator 150 mg, sous titre censuré

Irène Frachon

Editions-dialogues.fr

(Pages citées: 90, 94, 109, 111 et 127)

 

Du miracle monétaire chinois.

De la monnaie du Grand Khan.

La monnaie du Grand Khan n’est ni d’or, ni d’argent, ni d’autre métal. On se sert pour la faire de l’écorce intérieure (le liber) de l’arbre qu’on appelle mûrier, qui est celui dont les feuilles sont mangées par les vers qui font la soie. Cette écorce, fine comme papier, étant retirée, on la taille en morceaux de diverses grandeurs, sur lesquels on met la marque du prince, et qui ont diverses valeurs depuis la plus petite somme jusqu’à celle qui correspond à la plus grosse pièce d’or [1]. L’empereur fait battre cette monnaie dans la ville de Cambalu, d’où elle se répand dans tout l’empire : et il est défendu, sous peine de la vie, d’en faire ou d’en exposer d’autre dans le commerce, par tous les royaumes et terres de son obéissance, et même de refuser celle-là. Il n’est pas permis non plus à personne venant d’un autre royaume qui n’est pas sujet au Grand Khan d’apporter d’autre monnaie dans l’empire du Grand Khan. D’où il arrive que les marchands qui viennent souvent des pays éloignés à la ville de Cambalu apportent de l’or, de l’argent, des perles et des pierres précieuses, qu’ils troquent contre cette monnaie impériale ; mais, parce qu’elle n’a point cours en leurs pays, quand ils veulent s’en retourner, ils en achètent des marchandises qu’ils emportent en leurs pays. Le roi commande quelquefois à ceux qui restent à Cambalu qu’ils aient à porter leur or, leur argent et leurs pierres précieuses sans retardement entre les mains de ses officiers, et en recevoir la juste valeur en la monnaie susdite. De là il arrive que les marchands et les habitants n’y perdent rien ; et que par ce moyen le roi tire tout l’or et se fait de grands trésors. L’empereur paye aussi en cette monnaie ses officiers et ses troupes ; et enfin il en paye tout ce qu’il a besoin pour l’entretien de sa maison et de sa cour. De sorte qu’il a fait d’une chose de rien beaucoup d’argent et qu’on peut faire aussi beaucoup d’or et d’argent avec cette misérable monnaie. Ce qui fait qu’il n’y a point de roi au monde plus riche que le Grand Khan, car il amasse des trésors immenses d’or et d’argent, sans dépenser rien pour cela.

[1]Avons-nous besoin de faire remarquer qu’il s’agit d’un papier-monnaie fabriqué avec les fibres du mûrier, qui encore aujourd’hui sont particulièrement employées pour la confection du papier japonais, si recherché parmi nous ? Rubruquis (chap. XXXIX) parle aussi de ce papier-monnaie, qui avait déjà cours sous le prédécesseur de Koubilaï. M. Pauthier, qui a compulsé les anciens documents officiels, dit que sous le seul règne de Koubilaï il fut émis pour un milliard huit cent soixante-douze millions de papier-monnaie, sans que ces émissions correspondissent, bien entendu, à aucune réserve équivalente des sommes qu’elles représentaient. Système financier d’une commodité sans égale.

 

Polo M et coll. Le Devisement du Monde 1298; livre 2, chapitre 21.

Traduction et note tirées de l’édition Eugène Müller (1888)