La dénervation rénale, c’est bien!

Enfin, c’est ce que disent les dernières recommandations ESC sur ce sujet:

Current evidence from the available clinical trials strongly support the notion that catheter-based radiofrequency ablation of renal nerves reduces blood pressure and improves blood pressure control in patients with drug-treated resistant hypertension, with data now extending out to 36 months.

Accordingly, renal denervation can be considered as a therapeutic option in patients with resistant hypertension, whose blood pressure cannot be controlled by a combination of lifestyle modification and pharmacological therapy according to current guidelines.

The fact that renal denervation also reduces whole-bodysympathetic nerve activity suggests that this therapy may also be beneficial in other clinical states characterized by sympathetic nervous system activation—this may ultimately lead to new indications.

Pour résumer le résumé, la dénervation est maintenant une option thérapeutique chez le patient présentant une HTA résistante, avec un recul de 36 mois, et cerise sur le gâteau, elle pourrait avoir des effets bénéfiques « pléiotropes » sur le diabète, l’insuffisance rénale, des paramètres d’échographie cardiaque et même sur la survenue d’arythmies cardiaques.

Une merveille, donc.

Les auteurs s’obligent  néanmoins à refréner leur enthousiasme (sinon, ce ne serait pas poli):

However, as in trials of antihypertensive drugs, SBP at baseline has been identified as one predictor of the magnitude of the BP-lowering response, which might be at least in part explained by the statistical phenomenon of ‘regression to the mean’.

Pour l’explication de ce phénomène, je vous suggère de lire le paragraphe 1.2 de ce texte.

Whether the effects of renal denervation will be sustained beyond the time span currently documented (36 months) is uncertain.

In contrast to some antihypertensive drug regimen, renal denervation has not been shown to affect cardiovascular morbidity and mortality.

Par ailleurs, vous qui adressez votre patient pour une dénervation rénale, abandonnez toute espérance de désescalade thérapeutique: il n’en a même jamais été question (faut tout vous expliquer, benêts!):

Furthermore, it is important to communicate to patients and referring physicians that renal denervation as currently deployed is designed to improve blood pressure control in patients whose blood pressure is resistant to control with conventional drug therapy. In this regard, renal denervation is unlikely to significantly reduce pill burden in most patients and is not a cure for hypertension. Neither in the Symplicity HTN-1 nor in the HTN-2 a reduction in antihypertensive background medication has been investigated as an endpoint.

Les auteurs vont assez loin pour jeter un peu d’ombre sur un texte somme toute très positif, bourré de données non publiées, d’effets incroyables sur des paramètres intermédiaires, et de perspectives physiologiquo-cliniques alléchantes.

NE dénervation(Wahoo, je veux être rénalement dénervé, ça ne peut être que bon pour ma santé!)

Ils vont même jusqu’à remarquer que certains des essais en faveur de cette technique sont financés par l’industrie:

Of note, both studies have been sponsored by the manufactures of the renal denervation device (Ardian/Medtronic).

Non! Vous plaisantez?!

Tellement contestataire et tellement dans la zeitgeist!

So chic!

Les auteurs donnent la liste des heureux bénéficiaires de ces recommandations:

Up to now, five Conformité Européenne-marked renal denervation systems using different treatment strategies are available: Medtronic’s Symplicity system, St. Jude’s EnligHTN system, Vessix’s V2 system, Covidien’s One Shot system, and Recor’s Paradise system

En gras, je vous ai fait ressortir les noms, souvent pas très connus des fabricants de matériel.

Vous les retrouverez dans la représentation graphique que j’ai faite des déclarations d’intérêts des 21 auteurs de ces recommandations.

DOI dénervation(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Je note que le pourcentage d’auteurs ayant des conflits d’intérêt (48%) est supérieur à celui observé pour des recommandations ESC 2012 sur la prise en charge de l’insuffisance cardiaque (38%) mais inférieur à celui des recommandations ESC 2012 sur la fibrillation atriale (90%).

38, 48, 90% des auteurs de recommandations européennes récentes qui mettent en avant une technique/une thérapeutique ont des liens financiers avec les fabricants qui la commercialisent.

Merci l’ESC!

Elle est pas belle la vie?

Et qu’on aille pas me ressortir l’éternel argument que les meilleurs experts sont ceux qui bossent avec l’industrie.

Ou sont les statisticiens/méthodologistes qui sont en général assez calés pour lire une étude et l’estimer à sa juste valeur?

Je ne suis pas certain qu’un investigateur de cette étude, ou que quelqu’un qui reçoit de l’argent du promoteur soit le plus « expert » pour le faire.

Les recommandations qui pourraient inspirer confiance devraient être écrites par 100% d’auteurs/relecteurs n’ayant pas de conflits d’intérêts, dont des méthodologistes. Après, on pourrait tout à fait imaginer un échange entre ce collège et des experts reconnus, ayant des liens avec l’industrie, ayant notamment participé aux études afin de clarifier un point, de lever une ambiguïté…

L’ESC a largement les épaules pour mener à bien une telle réforme afin de poursuivre en confiance son rôle d’éducation et d’amélioration de la prise en charge des pathologies cardio-vasculaires. Il ne manque plus que l’envie de la mener (je présume que son financement n’a rien à voir dans son manque d’entrain….).

 

Merci à mon néphrologue préféré de m’avoir fait découvrir ce texte.

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Muriel Gevrey. Enfin, des recommandations européennes sur la dénervation rénale. theheart.org. [International Editions > Édition française > Sections > Actualités > Risque CV/Prévention]; 3 mai 2013. Consulté à http://www.theheart.org/article/1535355.do le 7 mai 2013

En y regardant d’un peu plus près…

Le 25 avril, le NEJM a publié un article s’intéressant au mode de stimulation cardiaque des défibrillateurs ventriculaires implantables (ICD) ou des stimulateurs cardiaques (PM) implantés chez des patients insuffisants cardiaques.

Je n’avais pas trop porté cas à cet article jusqu’à ce tweet:

L’étude montre un intérêt de la stimulation biventriculaire (biV) en comparaison avec la stimulation monoventriculaire droite (RV) classique. L’étude est financée par le fabricant Medtronic.

Rien de bien extraordinaire pour l’instant.

Les auteurs observent une diminution de 26% du critère primaire dans le groupe biV.

Medtronic et de nombreux analystes s’en réjouissent:

Biventricular (BiV) pacing with Medtronic, Inc. (NYSE: MDT) cardiac resynchronization therapy (CRT) devices may offer a significant clinical advantage and improved patient outcomes over conventional right ventricular (RV) pacing among patients with left ventricular (LV) systolic dysfunction and atrioventricular (AV) block who are indicated for a pacemaker.

Évidemment, cette étude devrait augmenter les ventes des appareils permettant une double stimulation, pas étonnant, étant donné cet impressionnant 26% d’amélioration:

Potentially, « this will increase the demand for CRT-P devices, » she said, referring to biventricular pacemakers that do not offer defibrillation—now far less commonly used than defibrillating CRT devices (CRT-D).

Cette étude a été qualifiée de game changer, ce qui est un tout petit peu moins cliché que landmark study.

D’accord.

Maintenant, regardons d’un peu plus près ce fameux critère principal qui comporte trois composantes (« critère composite »):

  • mortalité totale
  • poussée d’insuffisance cardiaque nécessitant l’administration d’un traitement intra-veineux.
  • augmentation du volume télé-diastolique ventriculaire gauche de 15% ou plus

La mortalité totale, c’est un critère dur, le meilleur.

La nécessité d’un traitement IV est un critère clinique, c’est donc bien.

Le troisième est un critère échographique, qu’on pourrait qualifier d’intermédiaire. C’est clairement le moins pertinent des trois. Pourquoi 15% et pas 17, ou 13, ou 20…

Chacune des composantes de ce critère composite sont « égales ».

Donc mort=traitement IV= 15% de volume ventriculaire gauche en plus.

Bien entendu, cela n’est pas du tout la même chose, surtout pour le patient.

Michel Cucherat aborde ce problème dans le DU d’interprétation des essais cliniques:

critjug

Les trois composantes du critère principal de cette étude n’ont clairement pas la même pertinence clinique. Maintenant, regardons en détail comment la stimulation biV agit sur chacune d’entre elles:

resultblockhf(cliquez l’image pour agrandir)

On remarque que l’essentiel du bénéfice de la stimulation biV est lié à l’amélioration du critère le moins pertinent, l’échographique, l’intermédiaire.

Il y a plus de décès dans le groupe biV pour les groupes PM (12/10) et ICD (5/4). Il y a plus de recours à un traitement IV dans le groupe biV dans le groupe PM (40/38). ll y en a moins dans le groupe ICD (16/23).

En diagramme, cela donne:

resultblockhfgraph

Tout cela n’est pas statistiquement significatif, mais doit faire relativiser les chatoyants 26% clamés Urbi et Orbi.

J’ai hâte de voir ce que vont en dire theheart.org en version française, et la presse de corbeille à papiers.

Enfin, je vous propose cette excellente analyse du Dr Ves.

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Curtis AB, Worley SJ, Adamson PB, Chung ES, Niazi I, Sherfesee L, Shinn T, Sutton MS; Biventricular versus Right Ventricular Pacing in Heart Failure Patients with Atrioventricular Block (BLOCK HF) Trial Investigators. Biventricular pacing for atrioventricular block and systolic dysfunction. N Engl J Med. 2013 Apr 25;368(17):1585-93. doi: 10.1056/NEJMoa1210356.

BIP31.fr 2013, 20, (1), 1-14

Amis de la pharmacologie, bonjour!

Je viens de recevoir par messagerie électronique le dernier numéro du Bulletin d’Information de Pharmacologie (BIP) publié par le service de pharmacologie de Toulouse.

Comme il n’est pas encore disponible sur le site du BIP et que je l’ai trouvé intéressant, je vous propose de le télécharger ici.

Ce bulletin est gratuit (en version numérique), accessible à tous sur simple demande (adresse électronique page 13 de ce numéro)

Au programme:

  • un petit cas clinique sur une interaction médicamenteuse sympa (pas pour le patient).
  • Médicaments et Drogues à l’origine de dysfonctions érectiles. Problème souvent « aigu » en cardio: thiazidiques, bêta-bloquants… Doute sur les statines (Toutes les études avant l’affaire du Vioxx sont falsifiées. Après, si elles sont positives, elles ont une méthodologie douteuse ou elles sont falsifiées, si elles sont négatives elles sont correctes-tout au plus, mais moins que la Lyon Heart Study- #Michel 😉 )
  • Contraception : le risque de thrombose varie avec le progestatif mais c’est l’estrogène qui est thrombogène. Sujet d’actualité.
  • Ne pas confondre : hypolipémiants et hypolipémiants ! Encore une fois attention aux critères intermédiaires.
  • Attention aux interactions NACOs et amiodarone. Article très important, à mon sens étant donné le risque non nul de retrouver sur une même ordonnance NAC+amiodarone (+ double antiagrégation, pour rendre la situation saignante…).
  • Les données de l’essai RE-ALIGN obligent les Agences de régulation à communiquer successivement sur le risque du Dabigatran (Pradaxa®). Le poids des mots, analysé notamment par l’ami Orso.
  • Les complications cardiovasculaires du cannabis : un exemple d’étude menée à partir des Notifications spontanées. En bossant la biblio pour mon mémoire de DESC il y a quelques années, je me suis rendu compte que cannabis et artères font mauvais ménage.
  • Compléments alimentaires à base de levure de riz rouge. Attention aux interactions, à manier avec prudence, dans aucun cas l’acheter hors d’une pharmacie.
  • Et plein d’autres sujets intéressants…

Pharmacologie n’est pas un gros mot, ni un truc de pharmacologues. La pharmacologie est une des fondations méprisées de notre métier. Elle permet une analyse objective de ce que nous faisons tous les jours: (dé)prescrire des médicaments. Le regard des pharmacologues est pertinent, non déconnecté des réalités du terrain, et est très souvent indemne des influences de l’industrie. Vous trouverez quelques liens intéressants ici.

Encore un autre tour de manège: recos ESC 2012 sur l’insuffisance cardiaque

Un de mes lecteurs (il se reconnaîtra) m’a suggéré de regarder les déclarations publiques d’intérêt des auteurs/relecteurs des recommandations ESC 2012 concernant l’insuffisance cardiaque.

Ces recommandations ont été marquées notamment par l’arrivée de l’ivabradine dans l’arsenal thérapeutique:

ESC 2012 nouv

Je me suis alors demandé quelle était la proportion d’auteurs/relecteurs de ces recommandations qui:

  • primo sont liés financièrement aux laboratoires Servier
  • secundo sont liés financièrement aux laboratoires Servier pour un travail (essai clinique/représentation…) lié à l’ivabradine
  • tertio sont liés à aucun laboratoire

Sur 63 rédacteurs/relecteurs, 24 sont liés financièrement aux laboratoires Servier (38%), 31 sont liés à un laboratoire autre que Servier (49%), et 8 (13%) n’ont aucun lien d’intérêt.

Parmi les 24 auteurs/relecteurs ayant un lien d’intérêt avec Servier, 16 ont été rétribués pour un travail scientifique ou de représentation directement lié à l’ivabradine, ce qui représente 25% de la totalité des auteurs/relecteurs.

ESC 2012 2

Rigolo, non?

Comment peut-on avoir confiance en des recommandations rédigées et relues par des experts ayant de tels liens d’intérêt?

A ce niveau, l’argument (discutable) que les seuls bons experts sont ceux qui ont des liens avec l’industrie ne tient même plus.

Comment ne pas sourire et réfléchir en relisant le communiqué victorieux publié par les laboratoires Servier à la suite de la sortie de ces recommandations?

Qui recommande quoi?

On ne sait même plus.

esc2012munichCongrès ESC 2012

sfcCongrès SFC 2013

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Le fichier Excel 2007 utilisé pour colliger ces données est ici.

Je n’ai pas fait de distinction entre les types de liens d’intérêt (personnels/institutionnels). On pourrait aussi faire le même travail avec les fabricants de stimulateurs/défibrillateurs.