Fallait pas fumer 2 paquets par jour…

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C’est l’artère fémorale commune bien malade d’un patient ancien militaire et ancien fumeur massif. L’étroit chenal par lequel passe encore le sang est signalé par la flèche blanche, le trajet de l’artère par les pointillés rouges. La vitesse systolique en amont était à 23 cm/sec, avec un flux très démodulé, et la vitesse maximale un peu en aval de la sténose était à 450 cm/sec, soit un rapport systolique tout à fait impressionnant de 19.6.

La nature est remarquablement bien faite car bien que tout à fait actif, il est totalement asymptomatique.

Mouarff

J’ai un défaut, c’est de me moquer facilement.

Les gens qui m’aiment bien disent que je suis taquin.

C’est un euphémisme plutôt bon enfant.

Je suis tombé sur un courrier d’externe assez rigolo, pas par lui même, mais par l’énoncé d’une situation clinique un peu scabreuse que l’externe n’a de toute évidence pas comprise.

C’est l’histoire d’un patient hospitalisé dans le cadre d’une maladie chronique qui n’est pas cardio-vasculaire.

On constate des poussées hypertensives sévères, et on le montre à un confrère cardiologue. Ce dernier instaure un traitement.

Le service me demande de réévaluer ce patient en fonction d’un holter (tensionnel? ECG? Le courrier reste flou), que bien évidemment, on ne me fait pas descendre. Et comme l’interne n’est pas dans le service, personne ne peut me donner d’information par téléphone. Sa dernière tension est toutefois tout à fait acceptable.

Le courrier annonce que le patient a une bronchite chronique obstructive post tabagique (le patient me précise qu’il a l’oxygène à domicile) et que l’on suspecte un phéochromocytome pour lequel on attend le résultat d’une scintigraphie.

Quel traitement le confrère a bien pu instaurer?

Il est probablement très joueur, ou devait particulièrement s’ennuyer au cours de la consultation car sans hésitation, il a débuté un bêta-bloquant, dont voici la liste des contre-indications sur le Vidal:

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Donner une molécule avec deux contre-indications absolues potentielles, respect.

Certains confrères aiment mettre du piment dans leurs consultations!

 

 

IPP et clopidogrel (2)

Bien embêtant, cette histoire…

Je me répète, mais je ne vois pas d’autre commentaire synthétique à rajouter après la révélation des résultats de l’étude Clopidogrel Medco Outcomes au congrès de la SCAI à Las-Vegas.

Les auteurs ont extrait des bases de données de l’assureur Medco 16690 patients ayant pris durant 12 mois du clopidogrel après l’implantation d’un stent. Parmi cette population, 6828 patients (41%) ont pris des IPP durant cette période (pour une durée moyenne de traitement de 9 mois).

Les résultats montrent que le groupe traité par IPP a présenté sur cette période  25.1% d’événements cardio-vasculaires majeurs, contre 17.9% dans le groupe n’en prenant pas (hazard ratio 1.51 [95% CI 1.39-1.64]; p<0.0001).

Soit un sur-risque relatif moyen de 51%.

Cela fait donc une grande étude rétrospective de plus qui vient souligner l’éventuelle interaction entre les IPP et le clopidogrel.

Mais cette fois, contrairement à l’étude ontarienne, l’ensemble des IPP sont des facteurs de risque, le pantoprazole compris.

On parle maintenant d’un « effet-classe » de l’ensemble des IPP. Et on se met à espèrer que le pourtant pas extraordinaire prasugrel puisse nous sortir de ce mauvais pas.

La SCAI s’est donc fendue d’un communiqué que je vous livre en VO:

« SCAI believes more research is needed on this topic. However, given the thousands of patients who receive stents each year, coupled with the significant risks demonstrated in this study, SCAI recommends the use of alternative medications for GI symptoms in patients with stents when appropriate.  Other effective treatments for heartburn and ulcers include histaminergic (H2) blockers (Zantac [ranitidine, Boehringer Ingelheim], Tagamet [cimetidine, GlaxoSmithKline]) or antacids.  In some patients the use of PPIs may still be warranted, based on the patient’s medical problems, and should be taken at the direction of the patient’s cardiologist, gastroenterologist, or primary physician. »

Le CHU fait  actuellement sortir ses patients sous clopidogrel et pantoprazole, mais peut-être qu’il va falloir se remettre à prescrire de la ranitidine en attendant d’avoir plus de données pour juger. On attend notamment tous une étude randomisée qui effacerait tous les facteurs confondants inhérents à ces études rétrospectives, mais dont les résultats ne seront de toute façon pas disponibles avant 12-18 mois au mieux.

Donc pour l’instant, on navigue à vue…

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Comme très souvent, deux excellents articles de synthèse dans theheart.org:

 

Shelley Wood. Possible « class effect » for proton-pump inhibitors on top of clopidogrel therapy. theheart.org. [Clinical Conditions > Interventional/Surgery > Interventional/Surgery]; May 6, 2009. Accessed at http://www.theheart.org/article/967075.do on May 15, 2009.

Dr Catherine Desmoulins. Tous les IPP pourraient réduire l’efficacité du clopidogrel. theheart.org. [International Editions > Édition française > Sections > Actualités > Maladie coronaire/Interventionnel];14 mai 2009. Consulté à http://www.theheart.org/article/970035.do le 15 mai 2009.

 

Miroir, miroir…

Pas trop le temps de commenter, mais je vous conseille de lire cet article du NYT qui raconte le procès fleuve qui met à mal la firme Merck en Australie en ce moment.

Ce qui est passionnant dans ce genre de procès est la révélation de milliers de documents internes à la firme qui permettent de se rendre compte comment on vend des boites de médicaments.

C’est souvent édifiant, et bien éloigné de l’image humaniste que voudrait donner l’ensemble des firmes, du genre « main dans la main pour combattre la maladie… »

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Trial Puts Spotlight on Merck. By Natasha Singer. The New York Times. Published: May 14, 2009