Préviscan quadrisécable high-tech (2)

Hier, la préparatrice en pharmacie, connaissant ma coupable passion pour les AVK (ici et ici) m’a apporté une plaquette de la nouvelle forme galénique du Préviscan®.

Cette forme a été étudiée afin d’obtenir des quarts plus uniformes:


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Leur forme est en effet très étudiée puisqu’ils ont une face convexe et une face concave avec 4 petites pointes en forme de pointe de diamant.

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Bon, là, j’ai un pris une pose auguste que n’aurait pas reniée un César au balcon de sa loge devant un spectacle de gladiateurs:

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Vae Victis!

Même en ne faisant pas le clown, j’ai été un peu déçu par le résultat obtenu:

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J’ai craqué 50% de cette série (2/4), la préparatrice 25%, et mon épouse (qui est IDE, je vous le rappelle) 25%. Vous remarquerez la certaine hétérogénéité des quarts, et l’existence d’éclats de taille assez significative.

La préparatrice et moi avons été assez étonné de l’importance de la force à déployer pour casser le comprimé, au contraire de mon épouse.

(probablement sa longue expérience des comprimés à casser)

Je suis assez inquiet pour les patients âgés et arthritiques.

J’ai quand même remarqué un phénomène assez intéressant.

Ces quatre comprimés ont été cassés dès leur sortie du blister.

Après ma séance photo, c’est à dire environ 30 minutes, j’ai craqué les deux derniers comprimés qui me restaient, et que j’avais sortis en même temps que les quatre autres.

(c’est bien plus addictif que d’éclater les bulles des emballages de protection, si, si, je vous le jure)

Et bien, il se sont cassés sans aucun effort et en quatre quarts très homogènes.

(pas de photo, je commençais à saigner du nez)

Je présume qu’ils ont un peu pris l’humidité ambiante, ce qui les a amollis et a surtout diminué la propagation des traits de refend.

En conclusion, l’idée est géniale et la technicité d’une simple pilule est assez étonnante.

L’utilité pratique est moins évidente, avec la restriction qu’il faut peut-être les casser quelques minutes après les avoir sortis de leur emballage.

J’ai quand même deux remarques un peu plus générales à faire.

J’ai adoré la remarque de doudou sur « le chant du cygne! » que représente cette innovation avant le ras-de-marée attendu du dabigatran. Mais c’est justement chez les personnes âgées que ce dernier sera le plus délicat à manier  (je prédis de nombreux « bloody sunday ») et que cette innovation pourrait être potentiellement utile.

Ensuite, les labos ont beaucoup innové sur certaines formes galéniques ou modes de délivrance (je pense aux inhalateurs), mais ce comprimé est à ma connaissance le premier qui semble avoir été l’objet d’une recherche aussi poussée.

J’espère que ce n’est qu’un début prometteur.

Ça peut faire rire, mais le médicament est in fine pris par le patient (truisme). Et tout le blabla déjà inepte sur « l’éducation thérapeutique », « mettre le patient au centre de son projet », « améliorer l’observance » serait encore plus caduque qu’il n’est si, in fine, la pilule est insécable ou in-ingérable.


Plaidoyer pour l’examen clinique (2)

J’ai eu des nouvelles récentes du confrère d’une cinquantaine d’années qui avait fait un accident ischémique transitoire.

Le bilan avait retrouvé un foramen ovale perméable et les neurologues du CHU s’étaient empressés de demander un doppler veineux, bien que le patient n’ait ni risque ni symptômes, afin de dépister une rare embolie paradoxale.

Par contre, ils avaient négligé de programmer rapidement un holter ECG afin de traquer une fibrillation auriculaire, très banale mais probablement trop ordinaire et avaient laissé sortir le patient sous aspirine en attendant les résultats de ce holter qui devait être pratiqué en ville.

Le holter sur 48 heures est parfaitement normal.

Par contre, un peu plus tard, au cours d’une nuit, le confrère s’est senti bizarre et il s’est tiré un ECG qui montrait…une fibrillation auriculaire.

Il a donc arrêté l’aspirine pour un AVK qui est formellement indiqué dans son cas.

Moralité?

– Quand on entend un bruit de galop qui approche, il faut d’abord penser à un cheval avant de penser à un zèbre (vieil adage médical nord-américain). La fibrillation auriculaire est encore probablement une cause plus fréquente de l’accident ischémique cérébral que l’embolie paradoxale d’origine veineuse.

– Le holter ECG, même étendu à 48 heures, était normal. Il n’aurait donc pas apporté la solution, même pratiqué précocémment. Par contre, l’antécédent paternel de fibrillation, ainsi que les petits symptômes déjà présentés auparavant auraient pu orienter d’emblée sur une anticoagulation.

Être médecin en Gaule…

Internet, c’est quand même assez fabuleux…

En recherchant des informations sur l’épigraphie du musée d’Arles dont je parle dans la note précédente, j’ai trouvé un article de Gallia (connaissais pas…) traitant des inscriptions de médecins en Gaule.

L’article cite donc le texte d’Arles, et détaille un peu ce que pouvait être le statut social du médecin dans la partie occidentale de l’Empire Romain.

C’est pas très reluisant, au mieux nos confrères étaient des affranchis (d’anciens esclaves libérés par leur maître).

Il y avait aussi un médecin militaire qui n’était certainement pas un gradé.

Mais j’ai trouvé cette superbe épigraphie datant a priori de l’époque chrétienne et qui montre bien que nous étions déjà philosophes (avec un délicieux memento mori tellement chrétien):


Praeteriens hominum sortem miserare, viator,

deque meis, restent quae tibi fata, vide.

En mihi terra domus praebet cinisque sepulcrum,

vermis et exiguus membra caduca vorat.

Conditor omnipotens paradysi quem esse colonum

iusserat, hanc tribuit culpa nefanda vicem.

Nomine Felicem me olim dixere parentes,

vita dicata mihi hic medicina fuit.

Aegros multorum potui relevare dolores,

morbum non potui vincere ab arte meum.


Passant, prends pitié du sort des hommes et vois ce qui reste à tes yeux de mes destins funestes. Voici la demeure que la terre me fournit, le sépulcre que me prête la mort et le ver minuscule dévore mes membres périssables. Le créateur tout puissant qui avait ordonné que je fusse l’habitant du paradis m’a octroyé cette destinée pour une faute abominable. Mes parents autrefois m’avaient donné le nom de Félix. L’existence qui me fut dévolue en ce bas monde, fut l’exercice de la médecine : j’ai pu soulager les douleurs de bien des malades, mais je n’ai pu vaincre par mon art ma propre maladie.

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Remy Bernard. Les inscriptions de médecins en Gaulle. In: Gallia. Tome 42 fascicule 1, 1984. pp. 115-152. url : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/articl /galia_0016-4119_1984_num_42_1_1913
Consulté le 17 janvier 2010

Valves aortiques percutanées (2).

Un article de theheart.org, version française, reprend les résultats à 6 mois du registre français FRANCE, déjà présenté à l’AHA pour le suivi à 1 mois.

En résumé, l’implantabilité et le résultat fonctionnel à 6 mois sont excellents, au prix d’une morbi-mortalité élevée.

Ces résultats sont donc cohérents avec les papiers publiés, notamment celui de Webb et coll., que j’avais déjà évoqué.

La morbi-mortalité peut sembler élevée (23.5% de mortalité à 6 mois), mais il faut se rappeler que les patients bénéficiant de cette technique sont au delà de toute autre ressource thérapeutique (30 à 40% de mortalité à 3 mois sur la liste d’attente).

J’ai hâte de voir publiés les résultats de PARTNER-US, étude citée par l’article.

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Corinne Tutin. Le remplacement aortique percutané a gagné sa légitimité et son remboursement . theheart.org. [International Editions > Édition française > Sections > Actualités > Maladie coronaire/Interventionnel]; 16 janv. 2010. Consulté à http://www.theheart.org/article/1040483.do le 16 janv. 2010