Les soeurs

Elles étaient trois. Il y a aussi un frère, mais je ne le connais pas.

Deux veillaient sur la troisième, handicapée motrice lourde depuis des décennies.

J’ai connu la première au décours d’un accès de fibrillation auriculaire sur cœur sain. Cette dame m’a tout de suite plu. Parce que c’était elle, parce que c’était moi. Puis elle est morte balayée par une tumeur cérébrale en quelques semaines en début d’année.

La seconde, je l’ai vu aussi au décours d’un accès de fibrillation auriculaire, mais cette fois sur une insuffisance mitrale massive. Son âge, au-delà des 80 ans et surtout la lourdeur de son handicap moteur ont fait que nous avons tous décidé (elle, famille, médecin traitant et moi) de ne pas la faire opérer. Elle est néanmoins pleine de vie et sait donc parfaitement se faire comprendre. C’est ce qui a rendu notre nouvelle rencontre si difficile. Son cœur « gros comme ça » se dilate, elle s’essouffle et sa poitrine se serre. Mais elle sourit et minimise d’un petit geste sec de sa main valide. J’ai augmenté le Lasilix, ça la soulagera temporairement.

La troisième est la seule à ne pas être ma patiente, par contre je suis son mari. Depuis qu’elle n’a plus sa sœur pour partager son fardeau, elle assume avec courage mais elle a du mal, le simple fait qu’elle le concède était déchirant. Elle lui ressemble terriblement, ça m’a serré le cœur de revoir la disparue. Nous en avons parlé. Son avenir va être difficile. Les pressions pulmonaires de sa sœur vont aussi la faire souffrir et l’étouffer. J’ai augmenté le Lasilix, ça la soulagera temporairement.