Les blogueurs

Hier, j’ai rencontré une blogueuse médicale, et nous avons parlé pendant bien 2 heures, tout naturellement, comme si nous étions de vieux amis, alors qu’en fait nous ne nous connaissons qu’à peine.

A chaque fois que je rencontre un(e) blogueur(se) médical(e), et les occasions ne sont pourtant pas si fréquentes dans mon cas, je ressens la même impression.

« Dans la vraie vie », mais cette distinction vraie vie/vie numérique s’efface de plus en plus avec le temps, on ne se connait pas, parfois tellement pas qu’on ne sait pas à quoi ressemble l’autre, et pourtant, nous nous connaissons, reconnaissons très bien.

Nous nous livrons tous plus ou moins sur nos blogs, plus succinctement sur Twitter. Quelqu’un qui lit Grange Blanche depuis des années devrait avoir une image de moi pas très éloignée de celle qu’ont mes proches.

Et finalement, les gens que je lis depuis des années sont devenus des amis alors même que nous n’avons non seulement pas de contact physique, mais très souvent, même pas de conversation numérique.

L’osmose se fait naturellement en se lisant, en se liant mutuellement.

Je crois aussi que cette osmose est amplifiée par le sujet de nos blogs/tweets.

Nous parlons très souvent de médecine, de pratique médicale, de nos relations avec nos confrères et nos patients. Tout cela fait non seulement partie de nos vie, mais aussi et surtout de ce que nous sommes. Sinon, nous n’en parlerions pas tout le temps…

Nous savons, je sais qu’autour de moi des confrères me lisent et sont prêts à me soutenir ou à m’aider en cas de pépin, comme des amis le feraient. Et bien entendu, je ferais de même, sans aucune hésitation, pour eux. Quotidiennement, l’un de nous apporte quelque chose aux autres, à la communauté, et ce, même si il habite au fin fond d’une cambrousse paumée (je sais que vous savez exactement à qui je fais allusion). Cette communauté permet de rompre l’isolement du médecin de deux façons: elle lui permet non seulement d’intégrer ce que les autres lui apportent, mais aussi de s’exprimer, de participer, de bâtir quelque chose avec les autres.

Je pense que nous nous rendons meilleurs mutuellement.

Nous le faisons de façon tout à fait désintéressée, tout à fait naturellement. Je ne vois nulle part de hiérarchie, de ressentiments, d’ambitions, de critères d’admission…

Les autres communautés de blogueurs (les technos, les politiques…) sont très souvent secouées par des concours de ceux qui ont la plus grosse (audience ou influence), des échanges acerbes de commentaires… Chez nous, rien de tout cela (si j’ai loupé un truc, dites le moi!)

Une sorte de communauté de fraternité et de partage qui pourrait sembler parfaitement utopique voire cannabino-induite si finalement on ne la bâtissait pas jour après jour.

Chose étonnante aussi, qui était parfaitement imprévisible pour moi, les non-professionnels de santé, les patients pour faire simple, participent aussi à cette édification. Ce ne sont même pas « nos » patients (Dieu merci), ce sont « des » patients, pourtant, ils jouent le même rôle en nous rendant eux-aussi meilleurs grâce à leurs commentaires.

Voilà, c’était la 1000ième note de ce blog, la 2471ième depuis le début de Grange Blanche, et je voulais en profiter pour dire merci à tous ceux qui sont mes consœurs et confrères de Toile et qui m’apportent tant chaque jour.