Apostille de la Bataille pour le Lovenox

Ce matin, j’ai parcouru la toile pour savoir ce qui se disait sur les déboires de Sanofi aux États-Unis (cf note précédente).

En fait, rien de bien nouveau.

Je me suis alors demandé ce que pouvait bien en dire LA référence française de l’information médicale de qualité, Le Quotidien du Médecin.

D’autant plus que ce vénérable média suit comme son ombre, depuis des années, l’actualité de Sanofi et qu’il a donc développé une expérience tout à fait inégalée.

Pensez-donc que dans un entrefilet du 14/11/2006, Le Quotidien nous annonçait que l’Acomplia® (feu médicament anti obésité, commercialisé par Sanofi®) venait d’obtenir une AMM au Mexique!

Pointu, on ne peut plus pointu, je vous avais prévenu…

Et bien, de façon fort surprenante, Le Quotidien, n’a, à ce jour, malgré sa publication quotidienne (comme son nom l’indique), pas encore mentionné, ni même fait allusion à l’enquête sénatoriale américaine sur les stratégies troubles que notre champion national a déployées afin d’influer sur une décision de la FDA. (sous réserve que le moteur de recherche de leur site soit exhaustif).

Pourtant, même Le Figaro en a parlé!

Étonnant, non?

Peut-être que la rédaction du Quotidien concentre tous ses efforts sur la rédaction d’ un article d’investigation sur l’influence exercée par les firmes pharmaceutiques sur l’ensemble des acteurs de la santé, notamment la presse médicale, et de ce fait est obligée de négliger temporairement l’actualité…

Presse médicale et support promotionnel (2)

J’l’écris, j’l’écris pas…

J’avais déjà écrit une note sur ce sujet en septembre dernier, mais la lecture des comptes-rendus de la Commission de Contrôle de la publicité et de la diffusion des recommandations sur le bon usage des médicaments de l’Afssaps est toujours aussi excellentissime et informative.

En plus, vous allez voir, on retrouve les ingrédients typiques des sitcoms: mêmes protagonistes, comique de situation, comique de répétition, réparties qui fusent et qui font mouche.

On retrouve donc notre commission aux dates du 19 mai 2010 et 23 juin 2010, avec sur la sellette, un supplément de….de….. Impact Médecine!

Décidément, quelle popularité!

Je vous avais dit, les mêmes, avec de nouveaux gags.

Petit changement de casting, à la place de Novartis, dont l’éthique est notoire, on retrouve nos amis de Sanofi Pasteur MSD.

Même problème que la dernière fois, donc. Doit-on qualifier le supplément spécial congrès Papillomavirus et vaccination HPV : les nouvelles données de publicité vantant le Gardasil®?

L’Afssaps pense que oui:

Par conséquent, de par sa présentation axée sur le seul vaccin GARDASIL, non représentative de l’ordre du jour de ce congrès qui couvrait de nombreux domaines de recherche sur les Papillomavirus (vaccins prophylactiques, vaccins thérapeutiques, données épidémiologiques liées aux infections à HPV, thérapeutiques expérimentales, biologie moléculaire…), le développement d’informations uniquement favorables à ce vaccin et le soutien financier du laboratoire exploitant cette spécialité, ce document vise bien à promouvoir le vaccin GARDASIL. En ce sens, ce document répond à la définition de la publicité telle que mentionnée à l’article L.5122-1 du code de la santé publique « On entend par publicité pour les médicaments à usage humain toute forme d’information, y compris le démarchage, de prospection ou d’incitation qui vise à promouvoir la prescription, la délivrance, la vente ou la consommation de ces médicaments ». Or, ce document n’a pas été déposé auprès de l’Afssaps, ce qui ne respecte pas les dispositions de l’article L.5122-9 du code de la santé publique qui stipule « la publicité pour les médicaments auprès des professionnels de santé habilités à prescrire ou à dispenser des médicaments ou à les utiliser dans l’exercice de leur art doit faire l’objet dans les huit jours suivants leur diffusion d’un dépôt auprès de l’Afssaps ». De plus, les mentions légales sont absentes, ce qui n’est pas conforme à l’article R.5122-8 du code de la santé relatif aux mentions obligatoires.

Par ailleurs, l’agence reproche à ce supplément de contenir plein d’allégations scientifiquement tendancieuses  ou hors AMM.

Petit florilège:

Le premier paragraphe, intitulé « une efficacité qui se maintient sur le long terme », met en exergue un maintien de l’efficacité à long terme, sur la base d’une étude réalisée avec un vaccin monovalent HPV 16 au cours du temps après 8,5 ans de suivi en moyenne. Or, d’une part, ces données concernent un autre vaccin que GARDASIL et ne peuvent être étendues à celui-ci, contrairement à ce qu’affirme le double titre de la page et d’autre part, les seules données d’efficacité validées dans l’autorisation de mise sur le marché de GARDASIL se limitent à une durée maximale d’évaluation de l’efficacité de 4,5 ans. Des études de suivi à long terme sont en cours. Aussi, cette présentation n’est pas objective.


Des chiffres non référencés faisant état de nombres de jeunes filles à vacciner pour éviter 1 cas de cancer invasif, de CIN2/3 et de condylome génital sont présentés dans cette rubrique. Or, en l’état actuel des données, il n’y a pas d’étude démontrant un effet préventif de la vaccination sur la survenue des cancers, le délai entre l’infection et l’apparition d’un cancer invasif étant estimé à 15 à 25 ans. L’AMM de GARDASIL précise à cet égard que les néoplasies intra-épithéliales (CIN) de grade 2/3 (dysplasies modérées à sévères) et les adénocarcinomes in situ (AIS) ont été utilisés comme marqueurs de substitution du cancer du col de l’utérus. L’avis de la commission de la transparence en date du 18 avril 2007 précise d’ailleurs dans la rubrique ASMR que l’effet préventif de GARDASIL sur la survenue des cancers du col de l’utérus n’est pas démontré actuellement. De même, l’avis du Comité technique des vaccinations (CTV) et du Haut conseil de santé publique (HCSP) du 9 mars 2007 relatif à ce vaccin, mentionne que « l’impact du vaccin sur l’incidence et la mortalité du cancer du col utérin ne deviendra apparent qu’à long terme, dans 15 à 25 ans ». S’agissant des chiffres concernant les cas évités de CIN2/3 et de condylomes, ils ne sont pas associés à une durée de suivi et ne sont pas validés par l’AMM de GARDASIL. Ainsi, ce document présente des données non validées par l’AMM de GARDASIL.

La ligne de défense d’Impact Médecine et de la firme laisse un peu de côté la justification de ces allégations (pouvaient-ils faire autrement?) pour se focaliser sur la qualification de ce document:

Le laboratoire Sanofi Pasteur MSD (SPMSD) explique ses pratiques et procédures quand il est sollicité pour soutenir financièrement des numéros spéciaux congrès édités par des revues médicales et estime que ses pratiques sont conformes aux recommandations de l’Afssaps en vigueur. Selon SPMSD, ces documents n’entrent pas dans le champ de la publicité, et dès lors, ils ne sont pas soumis à la validation du pharmacien responsable, ne font pas l’objet d’un dépôt a posteriori à l’Afssaps au titre de la publicité et leur utilisation est proscrite en promotion. Après avoir rappelé les recommandations de l’Afssaps « réunions et congrès », SPMSD considère que le numéro spécial congrès d’Impact médecine est conforme en tous points aux recommandations qui encadrent la réalisation de comptes rendus de congrès, soulignant entre autres points, le fait que le document n’a jamais été utilisé en promotion et n’a pas fait l’objet d’une diffusion répétée par le journal.

Le directeur de publication Impact médecine, convié par la firme, explique que les abonnés de cet hebdomadaire sont principalement des médecins généralistes, que ce journal couvre des congrès internationaux pour informer ses lecteurs de l’actualité de la médecine et des avancées de la recherche, dans le respect des recommandations de l’Afssaps. L’ « international Papillomavirus Conference » est le plus important congrès mondial sur le HPV. Il précise que les sources proviennent intégralement de présentations effectuées lors du congrès principal et non de manifestations annexes et que le numéro spécial congrès faisait partie intégrante de la publication qu’il accompagne dans un même envoi. Le directeur de publication explique qu’il a utilisé le nom de GARDASIL parce qu’il est connu et reconnu comme le nom du vaccin HPV. Il a d’ailleurs fait l’objet d’une recommandation préférentielle des autorités de santé. Enfin, le directeur conclut qu’il a sollicité le soutien financier du laboratoire Sanofi Pasteur MSD, et qu’il l’a signalé pour les lecteurs en 1ère page du compte rendu.

Ok, les gars, on résume les arguments pour voir si on a tout bon.

C’est un supplément financé par SPMSD, qui fait la synthèse d’un congrès scientifique international sur le HPV afin d’informer le corps médical, et c’est un hasard complet et incroyable si ce supplément parle exclusivement de manière dithyrambique et imaginative du Gardasil®, commercialisé par SPMSD, et pas du vaccin de la concurrence. Ce n’est donc pas un supplément à caractère promotionnel.

Ceci est un reportage sur les dernières avancées techniques issues des laboratoires de recherche en terme de sécurité passive automobile:

Le fait que Seat ait financé cette enquête journalistique est un hasard complet et incroyable. Ce n’est donc pas une publicité (même si on peut y voir un acteur qui tourne souvent des pubs).

Ça passe à votre avis?

Pour le Gardasil®, ça n’a pas passé:

Un membre de la commission souligne que le manque d’objectivité de ce document sous bannière GARDASIL est l’élément clé conduisant à le qualifier de promotionnel. Il s’étonne par ailleurs que le process de validation par le laboratoire ne prévoie pas de travailler sur un document formaté. La représentante du directeur général de l’Afssaps souligne que la présentation de ce document, intitulé «« Efficacité de la vaccination quadrivalente par GARDASIL. De nouvelles données qui confirment l’efficacité et l’intérêt de la vaccination quadrivalente par GARDASIL », de même que son contenu uniquement consacré à GARDASIL, s’apparente plus à un publi-rédactionnel qu’à un compte-rendu de congrès dans la mesure où, par ailleurs, ce congrès se déroulait sur sept jours au cours desquels plus de 150 communications ont été réalisées, parmi lesquelles ont été extraites une dizaine de communications sur GARDASIL. De plus, elle souligne que l’argument selon lequel les études mises en avant sont celles de l’AMM, comme spécifié par le laboratoire n’est pas un argument opérant dans le contexte d’un compte-rendu de congrès. Un représentant de la presse ajoute que ce numéro, se limitant à trois pages, ne ressemble pas à un spécial congrès, de telles éditions spéciales étant en général plus étoffées. Un membre de la commission souligne que le titre consacré à GARDASIL s’étale sur deux pages. Suite à l’argumentaire de la firme, dont la commission a pris acte, il est procédé à un vote à main levée dont les résultats, sur 21 votants, sont les suivants :
– 18 voix en faveur d’une interdiction,
– 3 voix en faveur d’une mise en demeure,
– 0 abstention.

Quelle est la moralité de tout ça? Il n’y en a aucune. Comme souvent, il existe un hiatus énorme entre ce que voudraient nous faire croire certaines firmes et certains titres de la presse médicale française. Ils voudraient nous faire croire en leur professionnalisme, en leur honnêteté scientifique, en leur éthique, en la robustesse de leur processus de validation… Alors qu’ils se font gronder comme des chenapans attardés qui nient alors qu’ils ont les mains encore couvertes de confiture. Ce serait tellement drôle si cette presse ne représentait pas une partie non négligeable de l’information médicale.

Je vous rappelle que selon un texte tiré des Carnets de Santé:

Une étude publiée par les Cahiers de sociologie et de démographie médicale montre une nouvelle fois que la presse médicale est un élément essentiel de la formation continue des médecins (FMC) : elle est citée par 84 % d’entre eux comme moyen de FMC, devant la participation à un congrès médical (73 %), la lecture de manuels (72 %), l’internet (66 %) et les séances de FMC organisées par les associations professionnelles (51 %). On notera au passage que la formation par groupes de pairs, fortement encouragée par la HAS, n’est citée que par 19 % des généralistes et 25 % des spécialistes. En moyenne, les médecins consacrent 2,9 heures par semaine à la lecture d’une publication médicale (2,6 pour les généralistes, 3,2 pour les médecins exerçant en centres de santé). Ce temps de lecture a diminué durant les trente dernières années (4,3 heures en 1977).

Cependant, un sondage téléphonique réalisé pour la revue Pharmaceutiques (à destination des acteurs de l’industrie pharmaceutique) en janvier 2009 montre qu’en ce qui concerne l’information sur les médicaments, c’est la visite médicale qui est plébiscitée, la presse médicale venant loin derrière (elle n’est citée que par 20 % des 188 médecins interrogés). Les séances de FMC organisées par les laboratoires seraient plus appréciées que les séances associatives (79,2 % versus 73,3 %), ce qui est en complète dissonance avec les données de l’étude précédente (59-47 % versus 37-34 %). Autre curiosité : alors que les recommandations de la HAS (Haute autorité de santé) sont fréquemment accusées d’être difficiles à lire, 94 % des sondés les déclarent « très compréhensibles » ou « compréhensibles ».

 

Dans ce même compte-rendu (page 8), on trouve aussi une audition intéressante de Servier (qui pour le coup passerait presque pour une firme de calvinistes obsessionnels et rigoristes) pour une publicité sur un traitement de l’ostéoporose.

Je vais vous raconter une histoire amusante sur cette commission. En 2008, je suis tombé par hasard sur un appel à candidature comme expert externe auprès de l’Afssaps. A l’époque, comme maintenant, je m’intéressais beaucoup à la communication des firmes pharmaceutiques. Je voulais donc postuler auprès de cette commission de contrôle de la publicité. Mais comme je suis d’un naturel timide et pas du tout sûr de moi (je sais, ça ne se voit pas dans ce blog, c’est une illusion totale), j’ai demandé conseil à un agrégé que j’apprécie énormément et qui travaille toujours pour l’Afssaps. Il m’a dit que c’était une bonne idée, et que je pouvais présenter ma candidature, car l’agence cherche en général des experts externes cliniciens, pas forcément agrégés, pas forcément auteurs d’articles pour le NEJM (je n’ai jamais rien publié). Mais il a rajouté que cette commission était très chiante, et m’a déconseillé de postuler, ce que j’ai fait.

Et bien, avec le recul, cette commission est tout sauf chiante. Les débats sont intéressants et elle sert de garde-fou afin de canaliser les débordements imaginatifs des commerciaux des firmes pharmaceutiques. Quand on voit les dossiers qui passent devant elle, imaginez si elle n’existait pas….

Malgré cela, je ne regrette pas de ne pas avoir postulé, car si par le plus grand des hasards j’avais été pris, je n’aurais pas pu vous relater ses chroniques.

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Commission de Contrôle de la publicité et de la diffusion des recommandations sur le bon usage des médicaments. Réunion du 23 juin 2010.

 

Edition du 31/10/10: rajout du paragraphe Quelle est la moralité?… et la référence aux Carnets de Santé. Quelques modifications ça et là.


Ctrl C/Ctrl V

Le 29 septembre dernier, s’est tenu un Atelier de Presse organisé par une agence de relations publiques (RP), Capital Image, et financé par deux laboratoires pharmaceutiques, Amgen et GSK.

Vous trouverez l’intégralité de ce dossier ici.

Le but de cet atelier était de faire connaître à la presse l’existence et les caractéristiques principales d’un nouveau traitement ciblé de l’ostéoporose qui n’est pas encore commercialisé en France (Prolia®, denosumab).

Bien entendu, l’enjeu ultime est que les journalistes invités parlent de ce traitement afin d’en soutenir la prescription quand il sera commercialisé.

Ce dossier ne présente donc qu’un point de vue très positif sur le traitement, ce qui est bien entendu pas trop surprenant.

Je remarque quand même qu’il est extrêmement bien fait et didactique. N’oublions pas qu’il est avant tout destiné à des journalistes qui ne sont pas forcément des professionnels de santé.

Comme j’avais ce dossier en mains, je me suis demandé de quelle façon et comment il allait être repris et diffusé par la presse sur internet. J’ai donc dès le 29/09 organisé une veille documentaire sur la toile en utilisant Google Alerts en combinant plusieurs mots-clés, comme le ferait une araignée dans un documentaire de David Attenborough. Entre deux patients, je faisais aussi parfois des recherches manuelles, en fonction de l’inspiration du moment.

Cette veille exclut donc de facto tout média non représenté sur la toile (ce qui est quand même de plus en plus rare), mais tend vers une certaine exhaustivité.

Toutefois, si vous avez eu connaissance d’un écho de cette réunion dans un média que je n’aurais pas cité, merci de m’en faire part.

Autre remarque importante, je ne connais rien à l’ostéoporose, bien plus, ce sujet ne m’intéresse pas plus que ne le ferait un vieil os rongé abandonné par un chien. Je ne vais donc pas vous parler du fond mais plutôt de la forme, et notamment comment une information médicale relayée par une agence de RP se diffuse sur la toile.

Au bout de 11 jours de veille, ma chasse a été assez décevante, puisque je m’attendais à voir un article dans un grand média, ce qui n’a pas été le cas. Mais je ne désespère pas, et j’attends notamment la date de commercialisation effective de ce médicament qui va probablement stimuler l’ardeur journalistique.

Les plus rapides à réagir, c’est à dire le lendemain, le 30/09, ont été les journalistes de Destination Santé avec cet article Quand l’os se dévoile.

L’article ne cite pas l’Atelier Presse, ni le dossier, ni l’agence de communication. Par contre, il laisse entendre que le texte relate une réunion qui s’est tenue au cours des prestigieux Entretiens de Bichat, puisqu’on trouve en fin d’article la mention suivante: Source: Entretiens de Bichat, 29 septembre 2010.

Cela n’est pas tout à fait exact, puisque le programme officiel ne mentionne aucunement cet Atelier Presse du 29 septembre (ni aucune présentation sur l’ostéoporose ce jour là).

Il aurait été plus vrai, mais aussi moins prestigieux d’indiquer qu’il s’agissait d’une réunion qui s’était déroulée en marge des Entretiens de Bichat.

Je sais, je pinaille, mais les mots sont importants, on le verra un peu plus tard.

En parlant de mots, l’article de Destination Santé sent le souffle de l’épopée et évoque irrésistiblement l’œuvre d’un Malraux, d’un Kessel, d’un Capote où l’immense talent de l’écrivain ne l’emporte que de haute lutte sur le travail d’investigation journalistique.

Attention, à la décharge de ces trois monstres sacrés, l’équipe de Destination Santé est particulièrement fournie, puisqu’elle ne comporte que des journalistes ayant leur carte professionnelle délivrée par la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes professionnels et que l’ensemble du contenu est élaboré en droite ligne des recommandations du Conseil scientifique. Il est validé par le Rédacteur en chef et Directeur de la publication avant sa diffusion.

Le Conseil scientifique, à lui tout seul, est assez impressionnant.

On ne peut donc qu’imaginer la qualité des écrits d’une telle armada de talents, chapeautés par comité scientifique énorme et validé in fine par le Rédacteur en chef et Directeur de la publication.

Pour s’en rendre un peu compte, comparons le texte du dossier de presse et celui de l’article de Destination Santé:

Aujourd’hui la moitié des médicaments qui reçoivent une autorisation de mise sur le marché sont issus des biotechnologies. (Destination Santé)

Aujourd’hui plus de 50% des médicaments qui reçoivent une Autorisation de Mise sur le Marché sont issus des biotechnologies. (Dossier de Presse)

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La biotech permet aujourd’hui de mieux comprendre comment fonctionnent nos cellules ainsi que les mécanismes biologiques des maladies. (Destination Santé)

La biotechnologie permet de mieux comprendre les mécanismes biologiques et physiopathologiques des maladies. (Dossier de Presse)

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« Les différents outils de la biotechnologie ont permis de pallier les limites de la chimie. Celle-ci en effet, est, incapable de reproduire les protéines naturellement présentes chez l’Homme. Leur structure particulière, leur poids et leur complexité les rendent inimitables », précise le Pr Jean-Hugues Trouvin, président du Groupe d’experts sur les médicaments biologiques et biotechnologiques à l’Agence européenne du Médicament. (Destination Santé)

« Les différents outils de la biotechnologie ont permis de pallier aux limites de la chimie qui ne peut reproduire les protéines naturellement présentes chez l’Homme du fait de leur structure moléculaire, de leur poids et de leur complexité » indique le Pr Jean-Hugues Trouvin, président du groupe d’experts sur les médicaments biologiques et biotechnologiques à l’EMA à Londres (European Medicines Agency). (Dossier de Presse)

Remarque ancillaire, je me demande comment un président du groupe d’experts de l’EMA qui a probablement statué sur cette molécule en 2009 peut ainsi apporter sa contribution et sa caution à une publication purement commerciale. Je trouve cela particulièrement dérangeant.

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En 1995, des chercheurs du laboratoire américain Amgen, travaillent au décodage du génome humain. Ils vont en fait découvrir une toute nouvelle voie de signalisation, qui régule le métabolisme osseux. Dans un premier temps, ils identifient le gène de l’ostéoprotégérine. (Destination Santé)

Au début des années 90, les équipes de recherche d’Amgen participent au programme mondial de séquençage du génome humain. Ils vont découvrir une nouvelle voie de signalisation régulant le métabolisme osseux. En travaillant sur la physiologie de l’os, ils observent une augmentation de la densité osseuse chez des souris ayant reçu un gène en cours d’identification, celui de l’ostéoprotégérine ou OPG. (Dossier de Presse)

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Dans un premier temps, ils identifient le gène de l’ostéoprotégérine. Cette protéine exprimée par les ostéoblastes – des cellules spécialisées dans la construction de l’os – inhibe la résorption osseuse. Poursuivant leurs recherches, ils montrent qu’une surexpression de ce gène augmente la densité osseuse des souris. A l’inverse, les rongeurs qui sont incapables d’exprimer le gène en question présentent une faible densité. (Destination Santé)

Dans un premier temps, les chercheurs vont identifier un gène, celui de l’ostéoprotégérine. En poursuivant leurs recherches, ils observent que les radiographies des souris chez qui ce gène est « surexprimé » montrent des os très denses et solides ; à l’inverse, les rongeurs chez qui l’on a supprimé le gène en question présentent des os très fragiles et poreux. (Dossier de Presse)

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Aujourd’hui moins de 50% des patients adhèrent à leur traitement pendant plus d’un an. Enfin 80% des femmes ne reçoivent pas le traitement dont elles auraient pourtant besoin, dans la première année suivant une fracture liée à l’ostéoporose. (Destination santé)

Si l’on considère l’ensemble des données, il en est une qui peut surprendre au regard des conséquences de la maladie : aujourd’hui, 80% des femmes ne reçoivent pas de traitement dans l’année qui suit une fracture liée à l’ostéoporose(6) et seules 50% des femmes continuent à suivre leur traitement un an après son instauration. (Dossier de Presse)

Si vous me permettez une image musicale, il y a même un peu de Rachmaninov dans cette réinterprétation pour laquelle la souplesse et la longueur des doigts sont primordiales car les touches C et V sont assez éloignées de celle de Ctrl.

Comme vous pouvez le constater, j’ai un piqué un peu limite sur la touche Ctrl, mais il est vrai que je n’ai pas ma carte de journaliste.

La qualité rédactionnelle et la rigueur journalistique de cet article sont donc en définitive tout à fait limitées, malgré les hautes ambitions rédactionnelles affichées, puisqu’il ne s’écarte pas d’un iota du dossier de presse financé par les laboratoires. L’exercice me rappelle en effet mes médiocres résumés de textes lorsque je préparais le bac de français. Pourtant, cela n’a pas empêché un certain succès dans les jours qui ont suivi sa publication.

Car ce texte a par la suite bénéficié d’une diffusion plus ou moins intégrale sur les pages suivantes:

Donc, que du copié/collé d’un texte déjà très largement inspiré par un dossier de presse…

Une page se différencie, celle de La République des Pyrénées qui est ma préférée car elle est vraisemblablement fortement inspirée du texte de Destination Santé. L’article reprend le même titre, la plupart des phrases, mais son auteur en modifie certaines. Par exemple la première devient De nombreux médicaments recevant une autorisation de mise sur le marché viennent des biotechnologies.

La première phrase du dossier de presse, Aujourd’hui plus de 50%… est donc devenue Aujourd’hui la moitié…., puis De nombreux médicaments…. J’aime aussi beaucoup les deux derniers paragraphes de l’article qui n’ont strictement rien à voir avec le sujet de l’article.

Ça doit être cela le jeu du téléphone arabe journalistique, avec une petite pointe de cadavre exquis.

Je vous passe quelques fils RSS sans intérêt…

Si j’étais Monsieur Amgen ou Monsieur GSK, je ne serais pas pour l’instant particulièrement heureux de l’impact qu’a eu cet atelier journalistique sur la toile.

L’ostéoporose n’est en effet probablement pas la priorité principale des haïtiens et des béninois, et la qualité globale des médias francophones qui ont relayé l’information est particulièrement médiocre, même à l’aune du publi-rédactionnel. Par ailleurs, je n’ai pour l’instant retrouvé qu’un seul article original (mouhahahahaha), celui de Destination Santé, inspiré par cet Atelier de Presse.

J’espère seulement qu’ils auront plus de chance dans les semaines qui viennent (je fonde beaucoup d’espoirs sur Rhumatologie Pratique, ou équivalents) ou qu’ils n’ont pas payé trop cher l’agence de RP.

Si l’on considère cet exemple d’un point de vue un peu plus éloigné, il pose le problème du contournement de la loi sur la publicité sur les produits de santé. En effet, toute publicité pour ce médicament est formellement interdite en France dans les médias destinés au grand public. Or, qu’est-ce qui, sur le fond, différencie cet article qui reprend presque mot pour mot un dossier de presse élaboré par les fabricants du médicament d’une publicité? Rien. Toutefois, le nom du médicament n’est pas cité. Mais on sait qu’il s’agit d’une thérapie ciblée, contre l’ostéoporose et que c’est Amgen qui l’a développée. A partir de là, il devient presque accessoire de nommer la molécule. Toute la différence se fait sur la forme, puisque ce texte est signé par des journalistes et qu’il est identifié fièrement comme tel. Et c’est seulement pour cela qu’il ne tombe pas sous le coup de la loi.

Pour information, et comparaison, voici la Charte des devoirs professionnels des journalistes français (Source):

Un journaliste, digne de ce nom,

– prend la responsabilité de tous ses écrits, même anonymes ;

– tient la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents, la déformation des faits, le mensonge pour les plus graves fautes professionnelles ;

– ne reconnaît que la juridiction de ses pairs, souveraine en matière d’honneur professionnel ;

– n’accepte que des missions compatibles avec la dignité professionnelle ;

– s’interdit d’invoquer un titre ou une qualité imaginaires, d’user de moyens déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de quiconque ;

– ne touche pas d’argent dans un service public ou une entreprise privée où sa qualité de journaliste, ses influences, ses relations seraient susceptibles d’être exploitées ;

– ne signe pas de son nom des articles de réclame commerciale ou financière ;

– ne commet aucun plagiat, cite les confrères dont il reproduit un texte quelconque ;

– ne sollicite pas la place d’un confrère, ni ne provoque son renvoi en offrant de travailler à des conditions inférieures ;

– garde le secret professionnel ;

– n’use pas de la liberté de la presse dans une intention intéressée ;

– revendique la liberté de publier honnêtement ses informations ;

– tient le scrupule et le souci de la justice pour des règles premières ;

– ne confond pas son rôle avec celui du policier.

Paris, Juillet 1918 – révisée en janvier 1938

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10/10/10: quelques modifications stylistiques et quelques rajouts.

J’ai aussi oublié de remercier chaleureusement celui qui m’a transmis ce dossier de presse et qui reste persuadé, malgré toutes ses années de métier, qu’un journaliste ne doit pas se contenter de faire Ctrl C/Ctrl V.

(Source indéterminée)

 

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Ajouts ultérieurs:

Presse médicale et support promotionnel

Parfois, il est difficile de faire la distinction entre l’information délivrée par la presse médicale française et du contenu purement promotionnel. Pour le lecteur lambda, la limite est floue, et personne n’a intérêt à clarifier les choses.

J’ai découvert grâce au numéro de Prescrire reçu hier une interdiction de publicité parue au JO du 25 mars 2010. Elle concerne un supplément publi-rédactionnel d’Impact Médecine sur le valsartan.

Je vous conseille de lire le compte rendu de la réunion du 28/09/09 de la commission de contrôle de la publicité de l’Afssaps qui a conduit à cette interdiction.

Les dialogues retranscrits permettent d’apprendre pas mal de choses sur ce qui définit une publicité d’un contenu éditorial, et ce qui doit donc être visé par l’Afssaps et ce qui ne doit pas l’être.

Impact Médecine a estimé initialement que ce supplément n’était pas de la publicité, et qu’il ne devait donc pas être visé. Novartis a fait de même, et n’a donc pas soumis son contenu à l’approbation de son pharmacien responsable.

En l’absence de ces deux garde-fous, le supplément est généreux en allégations non validées par les autorités sanitaires, avec de savoureux morceaux de leaders d’opinion dedans:

Les propos du Pr Gay mentionnent notamment « plusieurs études illustrent les propriétés complémentaires des ARAII, en particulier le valsartan : réduction de la morbi-mortalité cardiovasculaire chez les patients hypertendus à haut risque (JIKEI) ; […] ; diminution des nouveaux cas de diabète (VALUE) » correspondant à des propriétés du valsartan non validées par l’AMM de ce médicament, ce qui ne constitue pas une présentation objective.

Les propos du Pr Galinier tendent, de même, à étendre le champ des indications validées par l’AMM de ce médicament et ne présente pas le médicament de manière objective :
– « le valsartan est le seul des ARA2 à posséder l’ensemble des indications permettant de lutter efficacement contre les différentes étapes de ce continuum [cardiovasculaire] »,« Les ARA2 sont la classe thérapeutique la plus puissante pour obtenir une régression de l’hypertrophie ventriculaire gauche »,
– « Le diabète de type II est efficacement prévenu par les ARA2 tant au cours de l’HTA que de l’insuffisance cardiaque »,
– « L’obtention par le valsartan de ces différentes AMM permet ainsi aux praticiens de pouvoir suivre les recommandations ».
L’étude VALUE fait état d’un bénéfice du valsartan sur la morbimortalité cardiovasculaire équivalent à celui de l’amlodipine (critère principal composite délai d’apparition du premier évènement cardiaque non significatif) et d’une diminution de l’incidence des nouveaux cas de diabète chez les patients à haut risque cardiovasculaire (critère subsidiaire).
La présentation des résultats de cette étude, le titre « pour bien traiter, mieux vaut traiter tôt et fort » et l’encart « à retenir » qui mentionne notamment : « Il ne reste pas moins que le traitement agressif de l’HTA chez le patient à risque cardiovasculaire élevé doit être précoce. De ce fait, pour que le patient bénéficie de tous les avantages, tensionnel, anti-ischémique et métabolique, une association valsartan-amlodipine semble optimale » mettent en exergue ces résultats favorables au valsartan en terme de réduction de la morbidité cardiovasculaire.
Or, l’AMM du valsartan (TAREG) n’a validé aucune indication dans la réduction du risque de morbimortalité. De plus, EXFORGE (valsartan – amlodipine) n’est indiqué qu’en seconde intention après échec d’une monothérapie (par valsartan ou amlodipine). Cette communication n’est donc pas conforme à l’autorisation de mise sur le marché des spécialités à base de valsartan, seul ou en association, commercialisées dans l’HTA par le laboratoire Novartis.

L’ensemble du document exploite des résultats d’études cliniques non conformes aux données validées par l’AMM du valsartan et les présente de manière non objective en cautionnant ces résultats par des interviews de Professionnels de santé. Ce document est donc contraire aux dispositions de l’article L5122-2 du code de la santé publique qui disposent notamment que la publicité doit respecter l’autorisation de mise sur le marché et présenter le médicament objectivement.

Le problème est que l’Afssaps a estimé que ce supplément était effectivement de la publicité, d’où son interdiction.

Parmi les pages un peu austères du compte-rendu de la commission, on retrouve quand même cette perle énoncée par la représentante du LEEM:

En outre, cette pratique de partenariat financier est tout à fait courante dans ce secteur. Par ailleurs, elle tient à appeler l’attention de la Commission sur la firme Novartis, dont l’éthique est notoire.

Éthique notoire? Cela sous-entend qu’elle ne le serait pas pour d’autres laboratoires?

Un peu plus loin, celle-là est énorme:

Un représentant de la presse médicale fait état d’un courrier du SNPM adressé à la présidente de la Commission et à l’Afssaps, au sujet de la mise en place d’un système d’autorégulation sur la base de la charte « information sur le médicament et publicité rédactionnelle ». Une commission d’autodiscipline dite du « suivi de l’application de la charte » a pour objet d’améliorer les pratiques de publicité rédactionnelle et tout particulièrement les éditions spéciales congrès et de formation médicale continue (FMC). Ce travail est en cours. Une sanction prise à l’encontre d’un supplément de presse et sanctionnant le laboratoire Novartis ne paraît pas de nature à développer une autodiscipline qui commence à porter ses fruits.

Attention, attention, si on sanctionne un écart, on risque de discréditer le travail de la commission d’autodiscipline qui de toute évidence est incapable d’empêcher de tels écarts. On devrait appliquer ce système de pensée au domaine pénal.

Encore un peu plus loin:

Un membre de la Commission demande si les visiteurs médicaux ont été destinataires de ce numéro. Si oui, la firme les a-t-elle informés qu’il n’était pas utilisable en visite médicale (VM), si non, la firme a-t-elle fait des démarches pour préciser qu’elle n’était pas solidaire de ce document hors AMM ?
Le pharmacien responsable confirme que les visiteurs médicaux n’ont pas exploité ce document, qu’ils sont formés sur tous les aspects du produit, en accord avec la charte de la VM, y compris sur les données hors AMM disponibles parce qu’ils peuvent être amenés à répondre aux médecins qui poseraient des questions et qu’ils sont mis en situation pour vérifier leur discours et l’adéquation du discours restitué avec la formation. Le visiteur connaît parfaitement les limites de la communication en accord avec la charte de la VM. En ce qui concerne ce document en particulier, les visiteurs médicaux n’ont pas été destinataires de ce supplément mais n’ont pas reçu d’information spécifique à ce sujet, comme pour tout ce qui concerne la presse.

Mais en fin de document, un petit encart précise:

Mise à disposition par l’Afssaps d’informations complémentaires disponibles au moment de la publication de ce compte-rendu :

Le pharmacien responsable du laboratoire Novartis a informé l’Afssaps qu’à la suite de l’audition devant la commission, il a fait diligenter un audit interne dont les résultats l’amènent à modifier certains propos tenus lors de cette séance. Ainsi, il a souhaité préciser que les visiteurs médicaux avaient été destinataires de ce supplément, mais n’avaient pas reçu d’information spécifique à ce sujet, comme pour tout ce qui concerne la presse.

Donc, contrairement à ce que le pharmacien responsable du laboratoire avait d’abord confirmé, ce supplément qui a été interdit par la suite a bien été mis à disposition des visiteurs médicaux.

Bon, maintenant, une interdiction publiée au JO, ça doit quand même faire peur et devrait avoir un effet dissuasif.

Cependant, je ne suis pas trop inquiet pour les ventes du valsartan et d’Impact Médecine, car la chronologie des faits est la suivante:

  • Publication du supplément « Valsartan – Une efficacité prouvée tout au long du continuum cardiovasculaire » le 18/06/2009
  • Réunion de la Commission du contrôle de la publicité demandant l’interdiction: 28/09/2009
  • Publication de la décision au JO: 25/03/2010

Je ne sais pas si une interdiction de publicité s’accompagne de sanctions pour l’éditeur/publicitaire/labo, mais dans le cas contraire, je ne pense pas qu’en septembre 2009, il restait beaucoup d’exemplaires du supplément du mois de juin à écouler…

Impressionnant, non?

Et encore, heureusement qu’il s’agit d’un laboratoire dont l’éthique est notoire…

La solution pour ne pas se retrouver devant ce problème cornélien, information ou publicité, me semble simple, ne plus sortir de leurs emballages les journaux médicaux que nous recevons chaque jour gratuitement et de les glisser directement dans la poubelle.

Et s’abonner à Prescrire.

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05/09/10: Ajout de quelques lignes (encore une perle) et quelques modifications stylistiques.