La loi de Benford

Je remonte donc doucement mais surement le cours des articles de Significance.

J’ai encore du travail, J’ai lu 2013-2012, il me reste encore 2011-2004…

En décembre 2011, Christopher Weir et Gordon Murray (que je ne connais ne d’Adam ni d’Ève) ont fait publier un excellent petit article: Fraud in clinical trials. Les deux auteurs jouent pour nous aux statisticiens Sherlock Holmes, afin de dépister les fraudes dans les essais cliniques.

L’analyse de la masse considérable de données issues d’un essai clinique (si il est de taille respectable) va permettre d’en déterminer la tendance centrale, la variance, et ainsi de repérer les données aberrantes. De même, des données trop normales doivent éveiller la suspicion. Les auteurs donnent ainsi l’exemple d’un suivi clinique qui aurait lieu tous les lundis de la semaine durant 6 mois. Les aléas de la vie, les vacances… rendent peu probable que chaque patient d’un centre puisse se rendre au jour dit donner leurs données 😉 de façon métronomique. Idem si les intervalles de visites sont invariants.

Les auteurs donnent une foule de petits indices permettant de repérer une fraude.

L’article est excellent, surtout si vous avez déjà participé à un gros essai multi-centrique avec une ARC tatillonne sur les talons (la mienne était biélorusse), et d’interminables séries de données aberrantes (pour le clinicien) à collecter (par exemple, la température d’un frigo neuf, régulier et exact comme une fréquence de quartz, où étaient entreposés les médicaments de l’essai).

Vous voyez ce que je veux dire…

L’article touche au sublime, pour un béotien comme moi, quand il me fait découvrir l’extraordinaire loi de Benford, qui peut permettre de suspecter que des données aient été inventées.

Un chercheur (non statisticien) qui souhaite inventer une donnée, quelle qu’elle soit, va inscrire des nombres « au hasard » dans les petites cases. Ce « hasard » signifie implicitement que chaque nombre de 1 à 9 à la même probabilité probabilité qu’un autre (1/9 ou 11.1.%) d’avoir sa place en première position, en seconde position… de la donnée.

Ben, en fait non!

Le 1 a 30.1% d’apparaître en premier, le 2 17.6%, le 3, 12.5%. Après le troisième chiffre, les probabilités ont tendance à s’égaliser…

Pour en savoir plus sur la loi de Benford:

Moi aussi, j’ai voulu jouer…

Mais je n’ai pas de données en grand nombre à la maison.

J’ai quand même deux bases de ma vraie vie pas trop petites: le nombre de visites sur 499 de mes billets les plus lus et le nombre de visiteurs amenés par mes 424 plus importants adresseurs.

(Merci WordPress pour ces statistiques…)

Si je prends chacun des premiers chiffres du nombre de visites de mes 499 billets les plus lus, j’obtiens la distribution suivante:

billetsbilletspcentPareil pour les adresseurs:

adradrpcentÇa colle pas trop mal à la loi de Benford, étant donné la petite taille de mes séries, non ?

Significance

@PotardDechaine m’a fait découvrir la revue Significance, qui est publiée sous l’égide de la Royal Statistical Society et l’American Statistical Association.

Vous allez dire, encore des statistiques…

Les MOOC, R, même dans mon travail, je suis un peu monothématique en ce moment.

Et bien, ça change de la cardio!

Et puis Significance est une revue tout à fait surprenante.

Les articles ne comportent quasiment pas de formules mathématiques ou de notions statistiques compliquées (en tout cas à mon tout petit niveau). Significance est une revue de statistiques appliquées, et c’est cela qui en fait son intérêt.  Chaque numéro explore du point de vue du statisticien (amateur ou professionnel) une foultitude de sujets: économie, médecine, écologie, archéologie, sport, actualités, sujet sociaux, cuisine…

Imaginez une revue de presse à la fois généraliste et spécialisée, écrite par des gens qui savent ce qu’est une statistique, et comment l’interpréter. Au début, je ne lisais que les articles qui pouvaient m’intéresser a priori. Puis j’ai découvert des choses intéressantes, même sur des sujets qui me paraissent totalement baroques, par exemple le lien entre les blaireaux britannique et la tuberculose bovine!

J’ai twitté quelques extraits d’articles, en voici trois pour vous illustrer la variété des sujets abordés:

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MISTTeaCe qui me plait beaucoup, aussi, est l’écriture très très britannique de ces articles, les sujets, donc, mais aussi dans la façon d’écrire qui est pleine d’humour pince sans rire.

Si je vous ai donné envie d’aller découvrir cette revue pas comme les autres, jusqu’au 31 décembre, sur simple inscription, tous les numéros de 2013 sont gratuits sur tablettes.

(J’oubliais, il y a aussi un blog avec des articles en accès libre.)

Astérix chez les Pictes

Depuis 1991 (au milieu de mes deux P1!), année de parution de La Rose et le Glaive, je n’avais pas lu de nouvel Astérix. J’avais trouvé cet album mauvais, et je ne voulais pas continuer de voir la lente dégradation d’une série que j’adore. En fait, il ne semble pas avoir loupé grand chose si j’en crois le sentiment général des lecteurs des 4 nouvelles histoires qui ont été publiées par la suite.

J’ai voulu lire la cinquième, Astérix chez les Pictes, premier album de l’après Goscinny+Uderzo en espérant voir une renaissance.

Ce n’est pas un chef d’œuvre, mais j’ai l’impression que les nouveaux auteurs ont redressé la barre d’un navire qui était en perdition. Il manquera toujours le génie d’un Goscinny+Uderzo, mais si le génie n’était pas exceptionnel, ce ne serait pas du génie…

Je regrette l’absence de références culturelles « classiques » qui truffaient les albums du passé. J’ai simplement repéré un timide clin d’œil au Radeau de la Méduse, page 19 (mais cette référence était déjà présente dans Astérix Légionnaire…).

PictesAstérix chez les Pictes (p19)

Cette vignette illustre aussi les nombreuses références plus contemporaines (Brassens, Johnny Hallyday…), voire geek (Buzz, Bug, Mac Mini et ici le Mac II) qui parsèment cet album, ce que j’ai trouvé tout à fait sympa.

J’espère qu’on va aller vers le mieux, j’ai de l’espoir.

Pour approfondir un peu, je vous ai mis quelques liens vers les commentaires des professionnels de la profession (et de quelques amateurs).

Je me demande dans quelle mesure certains ne confondent pas regret de l’époque où ils ont découvert Astérix avec émerveillement et nostalgie des « anciens Astérix ».

Pour terminer, j’ai trouvé une analyse sympa de cet album ici.

Nous sommes grognons, très grognons!

Nous, cardiologues libéraux, sommes grognons, très grognons!

Vous allez voir ce que vous allez voir, scrogneugneu! Liliane, Liliane, va me chercher mon bonnet en Pashmînâ écarlate!

Je vous laisse déguster ces quelques pages du numéro d’octobre de la revue du SNSMCV, « Le Cardiologue », qui sont dans leur genre un chef d’œuvre qui sera difficilement surpassable (en tout cas jusqu’au prochain numéro).

(Clic gauche sur les images pour les agrandir)

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