AD-joo-vants

Adjuvant ou pas?

Le NYT se pose la question: Benefit and Doubt in Vaccine Additive. The New York Times. By Andrew Pollack. Published: September 22, 2009.

Vaccin ou pas?

Le bon Dr. JD Flaysakier est ouiste, et il l’explique ici et ici.

L’excellent Toubib est clairement noniste et dubitatif quand aux assurances de notre ministre.

Une chose est certaine, c’est que je n’ai jamais assisté à une telle cacophonie (ici et ici).


(je le sais, cette note ne vaut pas mieux qu’un agrégateur de blogs, mais j’ai la flemme ce matin)


Spin Doctor

J’ai trouvé un article très intéressant dans theheart.org et un complément dans le BMJ au sujet des résultats préliminaires d’une étude menée notamment par une biostatisticienne française, le Dr Isabelle Boutron.

L’équipe s’est penchée sur la façon qu’ont les auteurs d’articles scientifiques médicaux de présenter leurs résultats en étudiant 72 essais randomisés négatifs, indexés dans PubMed en décembre 2006.

Malgré la négativité de ces essais, les auteurs ont mis en évidence un « spin » que je traduirais par l’expression « effet de manche » dans une bonne partie de ces papiers.

L' »effet de manche » est le fait de présenter et discuter les résultats de façon à convaincre le lecteur qu’un traitement expérimental est bénéfique, malgré une différence statistiquement non significative au niveau du critère principal de l’étude.

On retrouve un effet de manche dans le titre de l’article dans 18% des cas, 20% dans les résultats, 43% dans la discussion, 50% dans la conclusion. dans plus de 40% des cas, il y a un effet de manche dans au moins 2 des 3 sections du texte de l’article.

Pour les « abstracts », il semble que cela soit pire qualitativement.

J’ai hâte de lire la publication complète de cet article, j’ai donc créé un flux RSS sur le nom d’auteur « Isabelle Boutron » dans PubMed. Comme je suis gentil, vous pouvez le récupérer ici.

Bien entendu, le marketing fait des miracles ensuite pour positiver une étude négative.

L’exemple type de ce double effet de manche me semble être BEAUTIFUL avec l’ivabradine, dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises (ici, ici, ici, ici, ici, et ici -ouf!-).

Photobucket


°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Shelley Wood. Spin not uncommon in negative RCTs, study shows. theheart.org. [Clinical Conditions > Clinical cardiology > Clinical cardiology]; Sep 14, 2009. Accessed at http://www.theheart.org/article/1002389.do on Sep 21, 2009

Mabel Chew. Researchers, like politicians, use « spin » in presenting their results, conference hears. BMJ 2009;339:b3779

Transmission de l’information médicale

Vacation hospitalière de cardiologie, premier patient, une échographie cardiaque.

Un beau courrier demande l’examen afin de vérifier l’absence de greffe bactérienne sur les valves d’un patient immunodéprimé après une infection extra cardiaque assez sévère.

Puis je lis la demande faite sur un bon d’examen complémentaire, même histoire, mais un signe clinique important y figure en plus: « souffle systolique non connu ».

Diable, ça devient intéressant, je me frotte les mains!

Puis je tombe sur le compte-rendu d’une échographie que j’avais faite à ce patient en avril 2009: sténose aortique serrée.

C’était donc un « souffle systolique non connu par ceux qui l’ignoraient« .

Je n’ai pas trouvé d’endocardite, mais ce bon vieux rétrécissement aortique, puis j’ai médité sur la transmission de l’information médicale au sein d’un même établissement.

Les médecins de l’âme

Un article du NYT explore un exemple de coopération entre médecins chamanes et médecins traditionnels autour du lit d’un patient.

L’autre exemple que je connais d’une telle coopération est l’ONG Interplast-France où l’équipe chirurgicale occidentale opère après une consultation avec les guérisseurs locaux (cf. aussi ici).

Il doit y en avoir plein d’autres.

Mais dans ce cas très particulier, celui d’un patient de l’ethnie Hmong, cette relation est particulièrement marquante, car elle a son exact pendant au niveau physiopathologique, et même thérapeutique.

Les Hmongs présentent en effet la particularité de présenter une très forte prévalence de syndrome de mort subite inexpliquée (Sudden Death Unexplained Syndrome ou SUDS) qui semble être lié à une mutation du gène SCN5A codant pour des canaux sodiques. Cette pathologie est donc proche du syndrome de Brugada.

Cette Mutation entraine des arythmies mortelles qui emportent le plus souvent des hommes jeunes (dans leur trentaine), au milieu de leur sommeil.

Photobucket

Tracé tiré de l’étude DEBUT (Circulation 107 (17): 2221–6)


L’étude DEBUT, publiée dans Circulation en 2003 montre que seule l’implantation d’un défibrillateur ventriculaire permet de prévenir ces morts subites.

Les Hmongs qui connaissent cette malédiction qu’ils nomment dab tsog depuis des millénaires voient les choses autrement.

Ils pensent que des esprits de femmes jalouses, les dab tsuam viennent tuer les jeunes hommes endormis en s’asseyant sur leur visage pour les étouffer. Ils déguisent donc leurs hommes en femme pour la nuit afin de leurrer les esprits.

Le chamane et le médecin, le dab tsog et le SUDS, les dab tsuam et les mutations du SCN5A, les habits de femme et le défibrillateur, la boucle est bouclée et la dichotomie est parfaite.

Le dab tsog porte différents noms en fonction de la sphère géographique où il sévit: Lai Tai en Thailande, Bangungot aux Philippines, Pokkuri au Japon…


Photobucket

Kohada Koheiji, Hokusai.


Cette histoire m’a toujours fasciné.

Bon, bien sûr, c’est de la belle cardiologie, mais cela va au-delà, si j’ose dire.

Je viens de comprendre pourquoi aujourd’hui, en lisant l’article du NYT.

L’histoire des Hmongs résume tout ce pourquoi j’aime mon métier.

Elle raconte l’humain en proie à ses peurs depuis des temps immémoriaux, et les solutions techniques que le progrès médical apporte petit à petit. Mais l’homme continuera toujours à avoir peur, pour des tas de raisons, par ignorance, obscurantisme, petit retard des progrès par rapport à la maladie, et bien entendu l’issue finale qui nous attend tous.

C’est pourquoi, il nous faut respecter la culture de l’autre, ses croyances, à condition, bien entendu qu’elles n’entravent pas les soins.

Les mépriser, les repousser, c’est mutiler l’homme malade.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°


A Doctor for Disease, a Shaman for the Soul. The New York Times. By Patricia Leigh Brown. Published: September 20, 2009


Nademanee K, Veerakul G, Mower M, et al. Defibrillator Versus beta-Blockers for Unexplained Death in Thailand (DEBUT): a randomized clinical trial. Circulation 107 (17): 2221–6.


Connie Bezzina C et al. A Single Na+ Channel Mutation Causing Both Long-QT and Brugada Syndromes. Circ. Res., Dec 1999; 85: 1206 – 1213.