Angor Pectoris

L’angine de poitrine était encore au XIXième une vaste terra incognita. Si la clinique était brillamment exposée, ses étiologies étaient âprement débattues. Je présume qu’à l’époque, l’insuffisance aortique (rhumatismale ou syphilitique) venait largement troubler notre dilemme actuel devant une précordialgie d’allure angineuse: origine coronaire, ou pas?

Téléchargez le convecteur temporel (en fait, c’est trop tard, mais nous ne sommes pas à un paradoxe temporel près…), et cap vers le XIXième, le siècle triomphant de la médecine française…

Heureusement, Gallica, le portail de la BNF remplace avantageusement cette défunte App…

Honneur au géant de l’époque, Armand Trousseau et sa célébrissime Clinique médicale de l’Hôtel Dieu de Paris.

Dans cette édition de 1861-1862, Armand le grand fait une description saisissante, j’oserais dire poignante de l’angor pectoris. Par contre, il ne croit pas à une cause anatomique, notamment coronaire. Pour lui, c’est le plus souvent une névralgie, parfois mortelle, mais une névralgie quand même.

Les savants, scindés en deux clans, les partisans de la névralgie et ceux qui croient à une cause anatomique, s’affrontent à coup de traités parfois uniquement dédiés à l’angine de poitrine.

A chaque fois, les descriptions des cas cliniques valent leur pesant de pop-corn.

Actuellement, on s’écharpe sur les p et les seuils de non-infériorité. A l’époque, c’était celui qui avait le plus beau cas clinique (au mieux accompagné d’une autopsie, normale ou non) qui gagnait.

Voici quelques autres ouvrages so XIXième qui s’intéressent à l’angor pectoris:

Dans ce dernier ouvrage, j’aime bien cette description de l’angine de poitrine grave:

Lorsque cette affection a duré quelques mois, les attaques ne cessent plus aussi vite par le repos et l’immobilité; elles reparoissent non-seulement quand les malades se promènent, mais encore quand ils sont couchés, ce qui les oblige pendant plusieurs mois de suite à sortir chaque nuit de leur lit. Dans ces cas invétérés, le paroxysme revient par le mouvement du cheval ou du carrosse, même en avalant, en toussant, en parlant, en allant à la selle, ou par quelque inquiétude d’esprit.

Maintenant, on dirait qu’il/elle a eu une angine de poitrine en regardant un match de l’OM (j’ai vécu la situation)/si le Mac plante, ou devant les Feux de l’Amour

Le lapin

Ça fait longtemps que je n’avais pas parlé d’un livre sur ce blog.

Pour renouer avec le genre, je vais innover, je vais vous parler d’un bouquin que je n’ai pas vraiment aimé.

Je viens juste de terminer Les tribulations d’un lapin en Laponie de Tuomas Kyrö. Il s’agit d’un road movie (road book?) scandinave assez semblable au (Le) vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson.

Je ne dois pas aimer le genre, car si j’ai peiné pour finir le lapin, je n’ai jamais réussi à terminer le vieux.

Pour  le lapin, il s’agit de la fuite d’un SDF roumain dans la Finlande profonde et les aventures extraordinaires qui lui arrivent au hasard de rencontres loufoques. L’écriture est légère, et l’auteur met à profit les petites scénettes fofolles qui parsèment le livre pour critiquer avec humour et ironie le mode de vie Finlandais, plus largement occidental. Mais des scénettes successives ne font pas un récit, et l’ironie détachée de l’auteur devient rapidement répétitive.

Le destin extraordinaire de ce pauvre SDF à la fin du livre l’est tellement que j’ai parcouru les 50 (75?) dernières pages d’un œil distrait.

Pourquoi le Lorgeril sur la photo? Pour montrer à celui qui me l’a envoyé que je ne l’ai ni donné, ni jeté, et qu’il est le suivant sur la liste.

(enfin presque, il faudrait que je relise Clara et la pénombre de Somoza…)  

Contrepoint

Le numéro d’octobre 2012 de Consensus Cardio est un chef-d’œuvre à mettre entre toutes les mains de ceux qui s’intéressent aux relations entre l’industrie pharmaceutique et les médecins.

Je pense même qu’on pourrait y consacrer un cours entier dans le cadre d’un enseignement supérieur d’éthique.

J’aurais pu y consacrer une note acerbe, mais ce numéro se suffit à lui-même pour véhiculer mes convictions.

En plus, c’est toujours mieux de vous faire votre propre opinion.

Il comporte deux textes fondateurs qui resteront dans les annales, les éditoriaux du rédacteur en chef et du directeur de la publication, qui sont en début de numéro:

  • Image d’Épinal
  • La qualité finit toujours par payer

L’ensemble de ce numéro, expurgé de ses nombreuses publicités « impartiales » est disponible au téléchargement ici.

Lisez attentivement ces éditoriaux, chaque mot est pesé et réfléchi. Lisez le reste plus rapidement, vous en aurez rapidement intégré le concept.

Pour vous le restituer dans le jus dans lequel chaque abonné (par l’industrie pharmaceutique) le reçoit, je me suis permis de faire quelques clichés de ce considérable monument d’impartiale qualité:

Tu la sens bien, l’impartialité et la qualité?

L’article de Kesselheim et al., que j’ai lu moi aussi, mais très différemment est disponible en texte complet ici.

Parmi nous, bien peu ont ouvert les yeux. Je n’ai aucun espoir pour ceux qui ont profité du système depuis leurs premiers pas au CHU. Que ce soit par opportunisme ou par conviction, ils errent dans les flamboyants palais de l’industrie pharmaceutiques tels de petits Siddhārtha. Il faut voir comment certains sont désemparés pour organiser une simple réunion en ville alors que le laboratoire, pour des raisons réglementaires ou budgétaires, leur a fait faux bond.

Après cela, plus rien ne devrait m’étonner.

Même pas que personne ne trouve rien à redire à l’énormité suivante: les textes émis par les sociétés savantes recommandant l’usage de certaines molécules sont écrits par des experts qui émargent auprès de sociétés qui commercialisent ces mêmes molécules.

Je n’ai même pas tellement d’espoir pour les générations plus jeunes.

Is the dark side stronger?
No, no, no. Quicker, easier, more seductive.

Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire

Toutes mes félicitations au CODEEM, l’émanation déontovigilante du LEEM, qui a été mise en place il y a un an.

La déontovigilance était au bord du gouffre il y a un an, depuis, elle a fait un grand pas en avant.

Yves Medina, son président se félicite de son action dans cette vidéo, et Christian Lajoux, à cette date le président du LEEM, en devient presque lyrique dans ce discours.

Bizarrement, cette année faste n’a pas fait rêver la rédaction de l’Usine Nouvelle, un repère de crypto-communistes anti-capitalistes, je le présume. Je vous conseille quand même la lecture de cet article.

Le président du CODEEM y parle de « Brebis plus ou moins galeuses », et de comportements qui paraissent difficiles à faire évoluer:

« Il y a comme partout des brebis plus ou moins galeuses mais globalement la profession a l’air plutôt consciente de ses responsabilités », assure le président du Codeem, Yves Medina, un conseiller honoraire retraité de la Cour des Comptes, ex-associé en charge des questions d’éthique professionnelle chez PWC. « La majorité des laboratoires, peut-être pas tous, a compris la rapidité avec laquelle il faut évoluer sur ces sujets, car les attentes de la société sont désormais très fortes. »

Bizarre, car dans la Vidéo du LEEM, il ne parle pas de tout ça. Il y a deux présidents au CODEEM ou Christian l’avait pas affranchi avant de causer à la presse écrite?

Le discours de Christian Lajoux ne parle pas non plus de tout ça. À l’entendre, l’industrie pharmaceutique avait déjà anticipé la déontovigilance depuis des lustres:

Pour importante qu’elle fut, la création du Codeem ne correspondait pas à une révolution conceptuelle. Nos entreprises n’ont pas découvert soudainement l’intérêt – ou le profit médiatique – qu’elles pouvaient retirer d’une politique volontariste de responsabilisation de ses pratiques.

Pas grave, le CODEEM a donc nettoyé en un an des écuries d’Augias immaculées.

Pas certain, selon les trotskistes d’Usine Nouvelle:

Bilan au bout d’un an, quatre demandes de médiation – entre laboratoires ou association de patients -, dont deux encore en cours d’instruction. Le comité est aussi chargé de sanctionner les manquements aux Dispositions déontologiques professionnelles (DDP), un corpus de réglementations et bonnes pratiques adopté en janvier 2011 par le conseil d’administration du Leem. La section des litiges et des sanctions du Codeem doit pouvoir intervenir, de la mise en garde du laboratoire à la proposition au conseil d’administration de le radier du Leem. Rien de tel pour sa première année. Deux plaintes ont été reçues par le Codeem sans déboucher sur des sanctions, leur véracité n’ayant pu être démontrée.
En novembre 2011, le comité s’était malgré tout emparé du dossier Genopharm, un laboratoire accusé d’avoir commercialisé des médicaments anti-cancéreux périmés, dont l’activité a été suspendue par les autorités sanitaires. « Nous avons proposé de sanctionner Genopharm mais n’avons pas eu le temps de le faire, car il a pris les devants et démissionné du Leem », confie Yves Médina. Son comité en a quand même profité pour inciter le Leem à écarter provisoirement de ses membres un laboratoire suspendu pour des raisons de sécurité sanitaire.

Caramba, encore raté…

Peut-être faut-il encore un peu de temps pour que le CODEEM ouvre ses yeux et ses oreilles:

Le Codeem a encore beaucoup de travail devant lui. D’abord, il doit éduquer aux DDP, connues seulement des grands laboratoires (or les deux tiers des membres du Leem ont un chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros) et très peu relayées au sein des entreprises. Il veut également mettre en place un système d’alerte de « déontovigilance » en 2013, pour faire remonter du terrain – associations de patients, ordre des médecins…- des mauvaises pratiques. Et enfin produire une charte des grandes pratiques, pour éclairer les décisions des grands patrons de laboratoires.

Je vais un peu les aider, nous avons finalement le même objectif.

J’ai appris récemment sur Twitter (pas besoin de mettre en place un système d’alerte de « déontovigilance » bien sophistiqué pour suivre le compte Twitter de l’EMA…) que Roche avait des soucis avec l’agence de sécurité sanitaire européenne.

Une sombre histoire de non respect de son obligation de pharmacovigilance. C’est pas un souci éthique et déontologique, ça?

Si les faits sont avérés, sanctionner Roche, comme il en a été question pour Genopharm, sera certainement un geste fort de la part du CODEEM.

Au boulot!