Vas-y coco, les infections nosocomiales, c’est de la bombe!

Comment un journaliste spécialisé dans le domaine de la santé déniche en 2012 les sujets à traiter, l’angle à utiliser, les pistes à remonter pour mener son investigation?

Et bien, il prend son MacBook, son iPhone et une cafetière pleine, commence à faire des recherches sur internet, appeler les gens dont les noms ressortent, cherche à avoir les coordonnées d’autres contacts, à les joindre ou  les rencontrer, fait la synthèse de l’ensemble et rédige un article didactique et équilibré.

Il peut aussi se faire inviter à une table ronde Media comme celle qui sera organisée par Pfizer le 12 janvier prochain à l’Hôtel Murano Resort (surtout célèbre pour une de ses piscines, j’espère qu’elle est bien chlorée):

Agenda Matinée Pfizer 12 Janvier

Moins de transpiration, de temps perdu, et en plus le café est offert! J’avais déjà parlé du très difficile et exigeant métier de journaliste spécialisé dans le domaine de la santé ici et ici.

(Merci à celui qui se reconnaîtra)

Dans le Circulation du jour…

On va le faire un peu brut de décoffrage, sans analyse critique

(Je ne rougis pas, c’est du même niveau que dans les revues médicales sponsorisées gratuites que l’on reçoit chaque jour au cabinet)

J’ai trouvé 3 articles intéressants dans le numéro du jour de Circulation:

Murphy TP et al. Supervised Exercise Versus Primary Stenting for Claudication Resulting From Aortoiliac Peripheral Artery Disease: Six-Month Outcomes From the Claudication: Exercise Versus Endoluminal Revascularization (CLEVER) Study. Circulation. 2012;125:130-139, published online before print November 16 2011, doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.111.075770

Granger CB, Armaganijan LV. Should Newer Oral Anticoagulants Be Used as First-Line Agents to Prevent Thromboembolism in Patients With Atrial Fibrillation and Risk Factors for Stroke or Thromboembolism?: Newer Oral Anticoagulants Should Be Used as First-Line Agents to Prevent Thromboembolism in Patients With Atrial Fibrillation and Risk Factors for Stroke or Thromboembolism. Circulation. 2012;125:159-164, doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.111.031146

Ansell J. Should Newer Oral Anticoagulants Be Used as First-Line Agents to Prevent Thromboembolism in Patients With Atrial Fibrillation and Risk Factors for Stroke or Thromboembolism?: New Oral Anticoagulants Should Not Be Used as First-Line Agents to Prevent Thromboembolism in Patients With Atrial Fibrillation. Circulation. 2012;125:165-170, doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.111.031153

Vous avez reçu une lettre anonyme (2)

J’ai reçu en décembre un courrier anonyme de la CPAM de Plan-de-Cuques, et j’ai donc eu le plus grand mal à les joindre pour essayer de trouver une solution à un problème de remboursement.

L’esprit de Noël est passé par là, où la nouvelle année, où ils ont enfin retrouvé les papiers à en-tête, quoiqu’il en soit j’ai reçu ce courrier la semaine dernière:

Première bonne nouvelle, les choses vont dans le bon sens, et remarquablement vite. Deuxième bonne nouvelle, j’ai le nom d’une interlocutrice qui a même signé le courrier; je sais, c’est très impressionnant.

Bon, toujours pas de ligne directe, mais il ne faut pas rêver, il faut quand même que le professionnel de santé ait encore à surmonter des obstacles pour joindre quelqu’un à la CPAM, sinon, il ne se réjouirait pas tant quand il arrive à parler au standardiste stagiaire bègue.

Bon, petit piège, le 3646, c’est le numéro réservé au public et pas aux professionnels de santé. Encore une fois, il faut savoir mettre un peu de piment dans sa vie. Si tout était simple, tout serait barbant.

Je m’en fiche, j’ai un numéro direct, mais j’en ai bavé et je l’ai obtenu au prix de la vie de nombreux espions rebelles…

En fait, je l’ai obtenu « à la marseillaise », en faisant fonctionner mes réseaux: je connais la dame qui gardait la fille du monsieur qui a vendu un Chihuahua à la tante d’un collégien qui aurait fait un stage de 2 semaines dans la croissanterie juste en face de l’entrée de la CPAM. Et un jour, deux dames de la CPAM s’y sont donné le numéro du standard, à voix basse, tout en mâchant un croissant. Et cette information inouïe n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd…

Le risque zéro

La quête du risque est très paradoxale puisqu’elle majore très probablement ce fameux risque qu’elle se donne pourtant comme but d’annuler.

Jean-Daniel Flaysakier y a consacré un article dans le cadre de la gestion des prothèses PIP.

Mais on retrouve cette intolérance au risque à chaque coin de rue, notamment dans notre pratique quotidienne.

Pourtant, le risque fait même partie intégrante de notre métier. Le risque médical est mon métier, comme la mort.

C’est justement pour cela qu’existe la confiance, ce bien si rare et si ténu qui lie le médecin et le patient.

Pas de risque, pas de confiance.

Chercher à minimiser le risque pour nos patients est notre première préoccupation. Et il faut bien être un technocrate de la HAS, ou un administratif pour penser faire avancer les choses en nous faisant la leçon sur ce point et en nous proposant des solutions impraticables en pratique. Grille d’auto-évaluation 47a, compter jusqu’à 10 entre chaque inspiration pour ne pas oublier de respirer: critère présent/absent/non applicable.

La confiance doit être réciproque.

Faire signer des tas de formulaires montre déjà que l’on a pas confiance au patient. Comment pourrait-il de son côté faire confiance à un médecin ressemblant à un agent d’assurances, bardé de ses codicilles et de ses renvois en bas de page.

Une partie de ce mouvement de defensive medicine, comme disent les américains est néanmoins bénéfique pour le patient: la traçabilité des actes, l’information du patient, la prise en compte de la balance risques/bénéfices deviennent heureusement de plus en plus naturelles aux praticiens.

Néanmoins, la defensive medicine engendre aussi des examens +/- coûteux, +/- risqués, parfaitement inutiles mais prescrits « au cas où », en fait pour nous couvrir.

Mais en fait, sur le terrain, comme souvent, on tombe dans l’excès, et administratifs/technocrates/médecins et même associations de patients se potentialisent pour pratiquer l’ouverture systématique du parapluie qui vient polluer la relation médecin/malade, tuer la confiance, et dans une situation parfaitement ridicule qui m’est arrivée récemment, fouler aux pieds des besoins fondamentaux de patients.

Au nom de quoi, cette quête du risque zéro? Mieux protéger les patients? Mieux nous protéger nous, surtout.

Et ça, ce n’est plus de la médecine.

[Petit aparté, d’un point de vue plus général, la recherche du risque zéro qui est parfaitement illusoire (dès la conception, on commence à prendre des risques) conduit notre société à s’enkyster et en même temps à prendre des décisions aberrantes dans l’urgence. Vouloir ne plus prendre de risques, c’est donc sur-réagir, mais aussi ne plus investir (« risquer »), ne plus chercher à innover, et finalement aller plus rapidement vers l’effondrement. Nous ressemblons de plus en plus aux gras conseillers que fustige César au début de « Astérix Obélix et Compagnie »- J’aurais pu aussi citer Schopenhauer et Stéphane Hessel, mais je n’ai plus les références en tête 😉 – ]