La financiarisation de la Santé

Le NYT vient de publier deux articles passionnants sur HCA, une société américaine qui gère 273 établissements de santé, principalement aux États-Unis:

La société fut créé en 1968 par un médecin, puis a évolué avec des hauts et des bas jusqu’à l’arrivée dans son capital d’investisseurs privés, qui ont endetté HCA pour l’acquérir (un LBO, en terme technique).

Le NYT relate par petites touches le changement radical qui s’est opéré au sein du groupe afin de le rendre plus rentable, bien plus rentable. Optimisation de la facturation (mais les organismes payeurs tiquent un peu…), et de la prise en charge de certaines pathologies, notamment cardiovasculaires (the more is the better 😉 ), pressions sur le personnel médical et para-médical…, tout est bon pour soigner les investisseurs. Le NYT relate quelques histoires de soignants et de patients qui ont pâti de cette financiarisation de la santé.

Mais les indices fédéraux de qualité, eux, étaient dans les clous, ouf!

La communication institutionnelle de HCA la présente comme une société humaniste entièrement dédiée à l’amélioration du sort de l’espèce humaine souffrante (soignants et soignés compris), re-ouf!

L’article manque un peu de punch au niveau des histoires individuelles. Les conséquences de cette gestion sur les patients et les soignants ne me paraissent pas nettes, à l’exception de la statistique sur le taux d’escarres qui semble être élevé dans leurs centres de santé. Je suppose que HCA va dire que les patients qui y sont pris en charge y sont plus graves… La sur-utilisation d’endoprothèses coronaires est banalement quasi-épidémique.

Par contre, cette enquête est un formidable prisme qui permet d’analyser les mutations qui se produisent sous nos yeux dans le domaine de la santé.

Elle a tout d’une grande

Larry Husten raconte l’histoire d’une petite biotech qui a semble-t-il mis un peu trop de « spin » dans un communiqué de presse décrivant les résultats d’un essai clinique maison. Comme toujours, c’est bien écrit et je ne peux que vous conseiller de vous abonner à son blog, CardioBrief.

L’histoire, tellement caricaturale qu’elle en est marrante, illustre encore une fois le terrible destin des critères (notamment primaires) choisis a priori dans la construction d’une étude clinique, mais dont on ne parle plus du tout après analyse des résultats si ceux-ci sont défavorables. Alors, on sort d’autres résultats de son chapeau, et on les met en avant de la scène.

Et hop!

(un bel exemple ici)

Quand je dis « on », je pense aux communicants des firmes pharmaceutiques et aux journaux de la presse médicale qui amplifient leurs messages, mais aussi parfois, aux auteurs eux-même qui enjolivent volontiers les résultats dans leurs papiers.

J’ai hâte de lire les réactions de la biotech et des auteurs…   

Appel à candidatures

J’ai découvert ce soir grâce à Jean-Jacques Fraslin l’appel à candidatures de l’ANSM qui recherche des experts pour ses groupes de travail et ses commissions.

J’ai vu avec plaisir que mon groupe a survécu à la tempête. Je vais de nouveau y postuler, et si ils veulent encore de moi, j’en serais ravi.

En fait, ce que je voulais surtout dire ce soir, c’est de ne pas hésiter à franchir le pas.

Il ne faut pas se sentir intimidé, l’Agence a toujours recherché des cliniciens de base, dont je suis, afin d’apporter une connaissance de terrain. Les évaluateurs ne vont pas regarder votre candidature avec dédain, même si votre épreuve de titre est aussi rachitique que la mienne.

Être expert-titulaire peut dévorer les samedis-dimanches en recherches/rédaction, est chronophage si vous résidez loin de Paris, fort mal payé et induit un certain stress en fonction des dossiers qu’on vous demande de traiter/présenter.

Cette expérience personnelle est fabuleuse d’un point de vue humain et professionnel.

Humain car vous travaillez pour la collectivité, au sens noble du service public. Et professionnel car la rencontre avec d’autres professionnels de santé dont les domaines de compétences sont très éloignés du votre ne peut qu’être enrichissante.

J’y ai rencontré des gens fabuleux, qui m’ont beaucoup appris et permis d’améliorer ma pratique quotidienne. J’espère qu’en retour je leur ai apporté quelque chose. Chacun de nous a mis du sien dans une proportion plus ou moins importante dans chaque avis rendu. Nous avons tous façonné les décisions du groupe afin qu’elles soient les meilleures, dans le respect des autres et toujours pour le bien du patient. En trois ans, dans mon groupe de travail, je n’ai jamais vu d’autre préoccupation que d’assurer la sécurité du patient, jamais.

Tous nos avis ont été rendus pour tendre vers ce seul but.

Si vous êtes curieux et travailleur, je pense que vous avez l’essentiel.

Je crois aussi qu’il faut être modeste et à l’écoute des autres pour être un bon expert.

Voilà, je crois que j’ai dit l’essentiel…

Engagez-vous!

20120701-081537.jpg

Actualités en pharmacovigilance

La pharmacovigilance est un point critique de notre système de santé, je ne vais pas vous pondre un paragraphe justificatif.

Le problème principal des professionnels de santé est de se tenir au courant. Attendre les courriers des labos (les DDL, Dear Doctor Letters des anglo-saxons/lettres aux prescripteurs de l’ANSM) me semble tout à fait insuffisant.

Idéalement, il faut être tenu au courant.

Se tenir au courant/être tenu au courant, la nuance est importante. Dans le premier cas, il faut faire une démarche active, aller chercher l’information. C’est long, répétitif, fastidieux, bref, jamais fait. Dans le second cas, l’information arrive à vous, toute seule, comme une grande, sur ses petits pieds.

Voici quelques moyens pour être tenu au courant, n’hésitez pas à les compléter!

  • L’abonnement à la liste d’alertes de l’ANSM, configurable, pratique.
  • ANSM info. Là, comme ça, je ne me souviens plus de la différence avec l’abonnement à la liste de diffusion des alertes. Je suis abonné aux deux, de toute façon…
  • Le compte Twitter ANSM, quand Twitter aura disparu, coulé par un autre concurrent. Les informaticiens de l’ANSM planchent actuellement sur la notification d’alertes sur des systèmes de type Kobby
  • L’EMA a plusieurs flux RSS et un compte Twitter. Depuis quelques mois, ce compte est surchargé par des annonces institutionnelles qui ne m’intéressent pas forcément, c’est dommage. L’EMA devrait créer un compte spécifique pour les alertes sanitaires.
  • C’est d’ailleurs ce qu’a fait depuis longtemps la FDA. Je conseille ce compte Twitter, et celui-çi, notamment.

Hors sujet, car il faut aller chercher l’info et celle-ci est notifiée avec un délai plus ou moins long, quelques bulletins de centres de pharmaco-vigilance. Ce que l’on perd en immédiateté, on le gagne en analyse, c’est pour cela que j’en parle:

Il ne reste plus qu’à trouver le temps pour lire et analyser tout ça, en plus de toutes les autres choses que doit faire un médecin/mère/père/citoyen(ne) dans une petite journée de 24 heures…