Le marché de l’occasion se porte bien (2)

Le LEEM vient d’annoncer sur Twitter la parution de son « Bilan annuel des avancées thérapeutiques » pour  2010.

Pour ceux qui ne savent pas, « Ce bilan fait l’inventaire des avancées thérapeutiques de l’année écoulée à partir des produits ayant obtenu une ASMR allant de I à IV, attribué par la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de Santé ».

Christian Lajoux, le président du LEEM est satisfait de ce bilan:

«Ce bilan 2009 montre que l’innovation thérapeutique n’est pas tarie. Il paraît même supérieur à celui de l’année précédente, surtout si l’on prend en compte la diversité des aires thérapeutiques concernées. Mais il n’explose pas à la hauteur de la somme des connaissances aujourd’hui à notre disposition. Ce décalage montre bien la nécessité d’une véritable transformation de notre modèle de recherche et de développement, la pluridisciplinarité et les multi partenariats en étant des éléments clés»

Et en effet, selon les chiffres du LEEM, on observe une amélioration de l’innovation thérapeutique puisque 42 innovations ont été recensées en 2009 contre 31 en 2008, année noire:

Photobucket

(Source LEEM)

Je me suis permis de faire une petite infographie:

Photobucket

En ordonnée le nombre d’innovations thérapeutiques par an, en abscisse le temps.

On remarque qu’en 2009 près de 32 innovations sur 42, soit 76% n’apportent qu’une amélioration modeste (ASMR III) ou mineure (ASMR IV) par rapport aux molécules de référence, pardon, aux « médicaments d’occasion » selon la terminologie de Christian Lajoux.

J’ai jeté un coup d’œil sur ces 42 innovations et j’ai eu quelques surprises.

Le GLIVEC®, page 5 est un « médicament d’occasion » puisque sa première AMM date du 7 novembre 2001.

Est-ce qu’une extension d’AMM peut être considérée comme une innovation thérapeutique?

Question difficile, j’ai du mal à trancher.

L’ACTILYSE®, page 31 est aussi un médicament d’occasion car son AMM date de janvier 2003.

Le REMICADE®, page 37 aussi. Première AMM le 13 août 1999, sacrée innovation!

Plus problématique, page 17,  trois dosages différents du PREZISTA® ( 300 mg adulte, 400 mg adulte et les trois formes pédiatriques) sont comptées comme 3 innovations distinctes. Enfin, last but not least, le PREZISTA® 300 a obtenu sa première AMM en février 2007

Le LEEM a appliqué la règle simple « 1 AMM (ou 1 extension)= 1 innovation ».

Mais là, c’est un peu abuser, non?

Page 25, on trouve une « procédure diagnostique », qui n’a rien de thérapeutique en elle-même.

Mon inculture m’en fait probablement oublier d’autres

Bref, si on considère la définition restrictive selon laquelle une innovation thérapeutique est un nouveau médicament, on peut considérer qu’il y a bien moins que 42 innovations en 2009.

Si l’on considère qu’une innovation thérapeutique est un nouveau médicament, une dosage différent d’une même molécule avec la même galénique, ou une extension d’AMM d’un « médicament d’occasion », alors oui, il y en a bien eu 42 en 2009.

Dans 76%, ces innovations sont modestes ou mineures.

Le marché de l’occasion se porte en effet très bien…

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°


Bilan annuel des avancées thérapeutiques 2009 des entreprises du Médicament. Dossier de presse. 26/01/2010




Le JAMA, hier et aujourd’hui.

Le JAMA a pris la bonne habitude de re-publier des articles de fond datant d’il y a 100 ans.

Celui de cette semaine est assez intéressant puisqu’il traite du délicat problème de l’éponymie lorsqu’il fallait renommer une maladie parfois immémoriale.

« Fallait », car maintenant, sauf exception, la nomenclature descriptive avec des acronymes plus ou moins bizarres est la règle (exceptions notables en cardio, le « syndrome de Brugada » et le « tako-tsubo« ).

Mais à l’époque, était-on certain d’attribuer une maladie pour la postérité à son véritable découvreur?

L’article (de 1910) cite un exemple qui en dit beaucoup sur d’où venait le progrès médical à l’époque:

… « Now, three years after Hektoen and Perkins, and five years after Schenck described the disease and its organism, De Beurmann4 and his associates find the same organism in the same disease in France and appropriate the discovery for their own. There are no grounds for making any distinction between the organism described by De Beurmann and his colleagues and that described by Schenck, Hektoen and Perkins, and yet the disease is being described the world over, even in America, as “sporotrichosis beurmanii.” There is a well known halfjest that an American painter can sell his paintings to better advantage in America when he is living in Paris. Sometimes one feels that the same sort of advantage belongs to scientific work done in Europe. »

A l’époque, les péquenots, c’étaient les américains…

Même numéro, mais un bond de 100 ans, voire plus. Un autre article fait la synthèses des auditions de la FDA de novembre dernier sur le développement de la publicité faite par les firmes pharmaceutiques sur la toile. Je ne vais pas paraphraser l’article qui est assez touffu, mais vous pouvez parfaitement imaginer les deux camps opposés: d’un côté ceux qui veulent moins de régulation que la  publicité DTC classique, et de l’autre ceux qui en veulent autant, voire plus étant donné les caractéristiques propres à internet et la tendance assez naturelle de l’industrie à « abuser » (pour rester poli, malheureusement la page du Rozerem® a été supprimée ou déplacée). Le texte évoque un problème qui me paraît important, celui des notes « subventionnées » sur des spécialités pharmaceutiques, ou plus subtilement sur des maladies inventées (le disease mongering, ici et ici) pour correspondre à une molécule.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

The naming of Diseases. JAMA. 2010;303(4):372 (doi:10.1001/jama.2009.1897)

Bridget M. Kuehn. FDA Weighs Limits for Online Ads. JAMA. 2010;303(4):311-313 (doi:10.1001/jama.2009.1961)

The Gravy Train

J’ai appris cette expression en lisant la note que Daniel Carlat consacre à un médecin qui a quitté le Brigham and Women’s Hospital pour pouvoir continuer à percevoir les revenus (conséquents) versés par l’industrie pharmaceutique. Les nouvelles règles instaurées par Harvard rendent en effet incompatibles le fait d’enseigner dans cette Faculté et d’être rétribué par l’industrie.

Le Boston Globe y a consacré un article disponible ici.

La traque des conflits d’intérêts s’intensifient de l’autre côté de l’Atlantique, et c’est tant mieux.

Chez nous?

C’est comme le nuage de Tchernobyl, ils se sont arrêtés devant la guérite de nos douaniers.

Maintenant, si j’aime beaucoup Daniel Carlat et si sa note m’a fait rire, notamment quand il a tenté de contacter l’institut qui semble se limiter  au praticien et à son épouse, ne va-t-il pas un peu trop loin?

De même pour la remarque de Steve Nissen dans le Boston Globe qui trouve cette histoire « choquante ».

Que reprocher à ce médecin qui se gave de sauce gravy depuis des années dans le cadre fiscal d’une société à but non lucratif, et qui a preféré continuer à se gaver qu’enseigner dans une Faculté prestigieuse?

Jusqu’à il y a peu, il en avait parfaitement le droit, et c’est cela qui est profondémment choquant.

Ce qui est choquant, c’est la cécité plus ou moins volontaire d’un peu tout le monde qui a permis et permet de tels agissements.

Ce qui est choquant, c’est la stigmatisation d’un homme qui n’a fait que profiter d’un système permissif.

Je crois que ce praticien doit être cité en exemple pour montrer à quel point les conflits d’intérêts peuvent aller loin et pour accélérer l’assainissement du système, mais je ne pense pas qu’il faut en faire un bouc émissaire.

Je ne pense pas qu’il fallait déranger Hannah Arendt, même avec des restrictions,  pour un glouton cupide.

Dans le Circulation du jour…

Sommaire très riche que j’ai eu juste le temps de survoler:

Une étude australienne promise à un grand avenir médiatique, car elle constate une augmentation de 18% de la mortalité cardio-vasculaire (et 11% pour la mortalité toutes-causes) à chaque heure de plus passée par jour devant la TV.

Maintenant, remplacez « TV » par « Internet ».

Ça rigole moins, non ?!

Photobucket


Les Cardiomyopathies Hypertrophiques sont heureusement rares, mais posent toujours des problèmes difficiles. Et un article de synthèse de BJ Maron sur ce sujet, c’est un peu comme un papier de Rembrandt  sur le clair-obscur.

Un beau cas clinique sur une paralysie de l’hypoglosse à la suite d’une compression induite par une dissection spontanée de la carotide.

Photobucket

Henry Gray. 1918

Enfin, je ne mentionnerai pas le papier israélien sur l’influence du niveau socio-économique sur la survie après un infarctus, car je ne suis pas certain que l’on puisse le transposer facilement chez nous.